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Mardi 5 avril 2005


Vendredi 11 mars 2005

La Croix du Sud

Ce matin, nous retardons notre montre d’une heure. Nous voilà à 2 heures par rapport à la Bretagne. Journée de mer sans événement particulier. Mer calme, très bleue, aucun navire à l’horizon. Nous n’avons même pas d’oiseau de mer pour nous rendre visite, seuls quelques poissons volants brillent de temps en temps au long du navire.

Je quitte les paysans et pauvres du SERTAO brésiliens pour rejoindre le CONSUL anglais à QUSUHMAHUAE au Mexique (au-dessous du volcan de Malcom COURY)

Bien sûr, je retrouve note petite communauté sur le cargo. Paolo m’exploite honteusement. Il profite de ma présence pour parfaire son français, pas tellement au niveau des mots, mais surtout sur la prononciation. Je dois à sa demande le reprendre dès qu’il se trompe. Il a beaucoup de mal avec le « u » il devient « ou ». Il devient fou avec les mots se terminant par une consonne : « poids » devient « poides » etc… c’est un jeu, et nous partageons une complicité et surtout nous rions comme des gamins.

Dans l’après-midi, j’ai expédié un email à Tiphaine pour son anniversaire. C’est assez compliqué car l’ordinateur est dans un bureau où travaillent les officiers du bateau. Il n’est pas possible en principe d’expédier de pièces jointes (photos, textes…). En réalité, la liaison internet par satellite n’est pas permanente. Quand nous écrivons l’email, nous ne savons pas à quel moment il est expédié. Il y a probablement 2 ou 3 connexions quotidiennes. Mais il n’est pas question d’accéder à Internet en direct.

Ce soir, avant de dormir, je suis allé faire mon petit tour solitaire sur le pont pour observer le ciel constellé d’étoiles. Je ne suis pas certain mais je crois avoir bien repéré la « Croix du Sud ».

Bonne nuit.


Samedi 12 mars 2005

La mer, bleu turquoise et la chaleur

Selon les calculs de notre « capitaine bis » JEAN, nous sommes environ à 300 ou 400 Kms de la côte brésilienne que nous allons longer ainsi jusqu’à VITORIA au nord de RIO DE JANEIRO. Depuis le début du voyage, JEAN calcule tout ce qui peut se calculer, la route, le temps nécessaire pour charger ou décharger les voitures. Ingénieur de profession, il a toujours travaillé pour les usines de voitures et était chargé de la rationalisation du travail. Passé les 80 ans, sa passion n’a pas faiblie. Chaque jour nous rapprochant de RIO, il rajeunit à vue d’œil. Il a vécu six ans au Brésil et il en est complètement amoureux.

Un jour comme un autre, comme hier, comme demain, la mer bleu turquoise, la chaleur (35°C), le vide, aucun bateau à l’horizon, les poissons volants nos seuls visiteurs, voilà notre monde…


Dimanche 13 mars 2005

A 300 km du Brésil

Première action du jour : retarder la montre d’une heure (- 3H avec la Bretagne). Nous adoptons l’heure brésilienne. Sur le bateau, nous ressentons la présence de ce grand pays assez proche depuis deux jours, mais nous ne le voyons pas. Nous sentons sa température chaude et humide. Nous écoutons à la radio les reporters sportifs commenter les matchs de foot avec une excitation incroyable. Mais, ce n’est pas pour aujourd’hui. L’accostage au premier port brésilien, à VITORIA, environ à 250/300 km au nord-est de RIO se fera dans l’après midi de demain. Je ne sais pas de combien de temps nous disposerons pour descendre à terre. Inch bouddha !

Cinq journées pleines de mer, sans voir ni terre ni même d’autres bateaux donne le temps de penser à tous les marins de tous les temps.

Vers 1400/1500, les découvreurs qui partaient plusieurs mois, sans carte bien précise, sur des bateaux fragiles devaient être de vrais fous ou de vrais esclaves.

Vers 1800/1900, j’imagine à peine les conditions de transport des émigrants fuyant la misère en Europe. Des milliers y ont laissé leurs vies.

Aujourd’hui, nos grands navigateurs à la voile (solitaires ou pas) ne manquent pas d’audace. Malgré la qualité des bateaux et les outils de communications, lorsque l’on se retrouve isolé à mi-route entre deux continents, on prend parfaitement la mesure de l’homme sur la planète. Aujourd’hui aussi ceux qui travaillent sur ces bateaux au long cours, comme celui-ci, ont une vie également difficile. L’absence de ses proches répétées année par année doit devenir très lourde. Je voyais les marins repeindre le pont du navire hier sous une chaleur lourde, sous un soleil de plomb, c’est un travail rude. Ce sont les mêmes qui travaillent jour et nuit aux escales pour charger ou décharger le bateau, pendant que les passagers sortent se dégourdir les jambes en visitant les ports successifs.

Pour fêter le dimanche, la journée début par un magnifique arc-en-ciel. Deux oiseaux de mer, superbes, très fins nous font pendant plus d’une heure une démonstration de pêche. Ils tournoient auprès du bateau et régulièrement ils plongent à la vitesse d’une pierre qui tombe du ciel et ressortent de l’eau après quelques secondes avec parfois un poisson serré dans le bec.

Sur l’horizon, sont apparus trois navires. Tous ces signes nous disent que la traversée de l’Atlantique touche à sa fin. Nous allons vers une chaude journée. Le pont est mouillé de la pluie nocturne. En matinée c’est délicieux de marcher pieds nus sur le pont encore gorgé d’eau. La température au lever du soleil après cette délicieuse pluie est de 25°C. c’est l’heure la plus confortable de la journée. Vers 11 h 00, l’eau s’est envolée et le pont métallique est brûlant. Il faut remettre des chaussures et déjà le thermomètre a repris son ascension (33°C).

J’aime beaucoup l’heure matinale où je monte sur le pont, c’est le meilleur endroit pour recevoir les nouvelles. Je m’isole à l’arrière du bateau et j’écoute RFI que je reçois toujours très bien. Ce matin, pendant que les oiseaux faisaient leur show, j’ai suivi un reportage concernant POL EMILE VICTOIRE – un petit paradis !

Jean, le second français à bord a quelques soucis. Une brûlure du soleil s’est infectée sur un doigt. Il avait déjà demandé hier de cisailler son alliance qui le faisait souffrir. Ce matin il a demandé le service des officiers pour protéger et nettoyer son doigt. Il est un peu inquiet et envisage de reprendre un avion de RIO pour rentrer se soigner à PARIS.

J’ai abandonné le « Dessous du Volcan ». Après la lecture de plus du tiers du livre, je n’arrivai pas à entrer dans l’histoire et je peinais avec le style d’écriture. Me voilà plongé dans un autre univers, celui des pauvres de Calcutta « La cité de la joie ». C’est paradoxal d’être dans cette ville très dense alors que j’ai devant les yeux l’immensité de la mer et des cieux.


Lundi 14 mars 2005

Vitoria - Brésil

Hier soir vers 20 h 00, nous mouillons devant le port tout illuminé de VITORIA au BRESIL.

Nous n’entrerons au port que ce lundi matin. Le bateau restera à quai jusqu’à mardi après-midi. Cela nous laissera le temps de sentir le BRESIL. A voir les réactions de tout l’équipage, du simple marin au capitaine, il doit y avoir ici quelque chose de magique. Je parlerai de cela dans un prochain courrier.


Mercredi 16 mars 2005

Rio de Janeiro - Brésil

Juste un signe de Rio. Le bateau doit quitter d ici quelques minutes.

Le bateau est entré dans la baie de Rio à l’aube. L’arrivée par la mer est réellement splendide.

Nous avons passe la journée a Rio. Copacabana n a plus de secret pour moi. C’est trop chaud, 39/40 °C mais c’est intéressant.

Avec Paolo nous avons visité la ville de 09 h 00 à 17 h 00. Journée très intéressante. L’image la plus forte, je l’ai retenue lors d’un transfert dans un bus d’ouvriers brésiliens à l’intérieur du port. Nous côtoyons ces hommes au travail. C’est l’image inversée du tourisme sur les plages brésiliennes.

Je n’ai pas pu encore lire mon courrier internet. Je crois qu il faudra être arrive à Buenos Aires dimanche ou lundi. Je n ai de nouvelle de personne depuis notre dernier contact téléphonique.

Soyez tranquilles, je vais très bien, je suis très heureux de découvrir tous ces mondes nouveaux


Vendredi 18 Mars 2005

Santos - Brésil

Si l’on veut mettre pied à terre à SANTOS, il faut se dépêcher pour sortir dès le petit déjeuner. L’escale est courte, les officiers nous demandent d’être retourné à bord à 09 h.00 pas question d’aller en centre ville, c’est loin et immense. Mais, tout de suite à quelques pas du quai se trouve une ville ouvrière au pied d’une « favelas ». A nouveau nous recevons des conseils de prudence. Le quartier serait dangereux. Mais là aussi il faut relativiser, tout dépend des heures de sorties, en soirée peut-être. Au contraire, vers 07 h  30, nous voyons les rideaux métalliques des boutiques s’ouvrir et la population qui se rend au travail ou qui fait ses courses. Curieusement, ici, on ne montre aucun papier à quiconque. La sortie du port vers la ville est totalement libre.

Les quelques rencontres dans un magasin ou dans un café sont très cordiales. Nous avons ri dans un café car la serveuse toute jeune, très naturellement sans complexe, nous exprime son étonnement d’avoir des clients aux yeux bleus. Le quartier très populaire ne doit pas recevoir souvent la visite des touristes. L’attitude de cette jeune fille est à souligner car elle marque bien la différence culturelle entre le BRESIL et l’AFRIQUE. Cela eut été inconcevable de voir une jeune femme à CASABLANCA, DAKAR ou CONAKRY, de nous dévisager et de nous montrer du doigt. Le tour en ville a été rapide, nous avons dépensé les restes d’argent brésilien dans une épicerie, avec des jus de fruits, des bananes et une bouteille de vin de table (qui s’est révélé presque imbuvable). Nous sommes arrivés avec une demi-heure de retard, mais avec l’expérience, nous savons que les officiers nous font rentrer à bord avec au moins deux heures d’avance.

Vers 11 h 00 nouvel appareillage. La sortie du port est bien longue, nous sommes vraiment en mer vers 12 h 30.

Très vite, nous reprenons le rythme de croisière, repas, lecture, sommeil, flânerie sur le pont. Pour la 1ère fois et la dernière sans doute au cours de ce voyage, nous faisons une petite soirée après le repas entre cinq passagers. Le sixième s’isole de plus en plus, on l’aperçoit seulement au repas du soir. Réunis autour du mauvais vin brésilien, le couple d’anglais, PAOLO et moi restons une bonne heure à bavarder. Paolo va chercher sa guitare et change quelques chansons en anglais qui séduisent Judith.

A bord, nous avons quelques passagers ou membres de l’équipage qui ont leurs sosies : Judith c’est la reine d’Angleterre, la même voix mais sans le sac à main. Le commandant je l’ai déjà dit c’est Mastroianni. Il y a un des jeunes officiers qui nous fait tous penser à Aldo Maccione, en particulier pour son allure chaloupée.
Par Pierre Cuzon - Publié dans : tysaozon
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Jeudi 31 mars 2005


Dimanche 06 mars

Dakar

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L’approche de Dakar tout au long de la journée est très agréable. Nous avons le loisir d’observer les pêcheurs en pleine activité. Ils sont téméraires. A deux ou trois par embarcation, ils pêchent à 20 ou 30 km de la côte sur de minuscules bateaux de 7 à 8 mètres de long et 1 à 2 mètres de large. Il n’y a pas de voile, seul un moteur de type « hors bord » permet le déplacement du bateau. En cas de mer houleuse, leur bateau est vraiment comme un bouchon sur l’eau. Pour les officiers du cargo, c’est un peu l’angoisse, car ces nombreux bateaux de pêches sont si petits qu’ils n’apparaissent pas sur les radars et ne sont visibles qu’à l’œil. Ils pêchent sur la route du bateau. Quand l’officier de quart, aperçoit un de ces bateaux comme trop proche de la route du cargo, il donne un grand coup de sirène pour les inviter à changer de place.

Avant d’entrer dans le port de Dakar, le bateau longe d’assez près, l’île de Tomé. Aujourd’hui, cette île est un lieu touristique. Pendant de longues années, ce fut une prison pour les esclaves avant leur embarquement pour les Amériques.

Nous accostons vers les 17 h 00 dans le port. La sortie en ville est assez courte. Il fait nuit très tôt et cette escale ne nous a pas vraiment permis de voir la ville. Nous avons seulement déambulé dans une ou deux avenues du centre ville, fait quelques courses dans un supermarché. Je n’avais, jamais mis le pied à terre en Afrique noire, mais ce fut trop bref pour avoir même une impression sur la ville.


Lundi 07 mars

En mer… - Escale à Banjul en Gambie

Rien à signaler, entre Dakar et Banjul.

A Banjul, l’escale est très courte. Le bateau entre au port de nuit, vers 20 h 00. L’accostage est assez difficile car le vent est assez puissant. Les véhicules d’occasions sont débarqués en deux ou trois heures et le bateau repart aussitôt avant le lever du soleil.

A signaler, la pauvreté de ce petit port :absence de matériel, pas de grues de levage suffisante. Les voitures débarquées ne démarrent pas toujours et une équipe de « docker » doivent les pousser à la main, pour que le débarquement puisse continuer. Les véhicules sont débarqués par les grues du cargo.

Au pied du cargo, nous retrouvons les pêcheurs qui passent la nuit sur leurs frêles embarcations. Ils étendent une bâche, pour protéger leur paillasse et dorment sur le pont de leur bateau. Avant de dormir, ils allument un brasero sur le plancher pour se réchauffer.


Mardi 08 mars 2005

Conakry - Guinée

Vers 11 h 00, nous nous préparons, Paolo et moi pour visiter la ville de CONAKRY. Mais, cela ne se fait pas simplement. Les Français ont bien appris aux Africains l’organisation administrative. Et aujourd’hui, 45 ans après le départ des Français de Guinée, l’administration locale est très puissante. Avant de sortir du bateau, nous devons récupérer nos passeports qui sont conservés pendant le voyage dans le bureau du commandant. Nous rencontrons les officiels guinéens, policiers, douaniers sur le bateau et demandons si nous pouvons visiter la ville. Un d’entre eux s’occupe de notre problème. Il téléphone sans succès à son administration pour connaître le prix du visa indispensable. Il nous donne rendez-vous à la porte de sortie du navire. Nous embarquons avec lui et « John », un jeune guinéen. « Pilot » ou « Guide », conseillé et choisi le fonctionnaire. Ils doivent se partager la « recette ».

A la porte de sortie du port, nous confions notre passeport en disant que nous ne sortirons pas si le visa est trop cher. Il nous demande sans détour : « Combien vous pouvez payer ? » Nous ne répondons pas et attendons son prix. Voilà le visa est apposé sur nos passeports pour 10 € chacun. Il nous assure qu’après, il n’y a plus rien à payer, ni pour entrer, ni pour sortir du port. La ville est toute proche et nous y allons à pieds, toujours en compagnie de notre « Pilot ». A partir de là, il n’y a plus de problème avec les gens. Bien sûr, ils nous proposent de changer de l’argent dans la rue mais sans insistance.

Les rues sont bondées de gens vaquant à leurs occupations. La plupart des femmes sont vêtues de robes traditionnelles très colorées, elles sont plutôt élégantes. Il y a beaucoup de circulation de voitures, les klaxons fonctionnent très bien. Il faut être très attentif car il n’y a ni feux de circulation, ni passages cloutés, mais les voitures ne roulent pas trop vite. A vrai dire, elles ne peuvent pas rouler bien vite car les piétons sont partout et traversent sans s’occuper de trop des véhicules. C’est dans une avenue importante que nous commençons notre visite, nous passons près de l’ambassade de France et d’un ou deux ministères. Mais à cet endroit devant les immeubles, sont installés d’innombrables échoppes en toile et en tôle. Ce sont celles de petites épiceries, du coiffeur ou d’un café directement installés sur le trottoir. Quand je dis trottoir, j’exagère car il est impossible de distinguer le trottoir de la rue tellement l’un et l’autre sont abîmés.

Nous allons changer un peu d’argent sur les « conseils » de notre PILOT, dans un bureau à l’étage d’une maison sans aucune indication. Ce n’est pas une banque, c’est probablement les membres du même « réseau » (fonctionnaire, guide, petits trafiquants d’argent). Ce n’est pas si grave. Nous n’échangerons que des petites sommes, assez pour se payer le taxi et un coca-cola.

Notre guide nous conduit dans un endroit étrange, comme dans un chantier. En réalité, il s’agit d’un atelier artisanal de sculpture sur bois. Les ouvriers, vingt environ, travaillent assis sur le sol. Nous rencontrons le maître des lieux, c’est un homme âge peut-être de 70 ans, fin, intelligent avec des yeux rieurs. Il est heureux de nous parler de ses voyages pour des expositions d’art africain dans de nombreux pays d’Europe. Il nous fait voir son album de photos où, il se trouve en compagnie de Jacques Chirac alors maire de Paris. Il nous dit avoir mangé avec lui. On le voit également sur une autre photo auprès de la sœur de John Kennedy, alors ambassadrice quelque part en Afrique.

Nous avions une question sans réponse sur l’origine du mot « GUINEE ». Paolo s’interrogeait sur ce mot car plusieurs pays se nomment ainsi (Guinée Française, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Nouvelle-Guinée, etc…). J’ai posé la question à notre sculpteur. Il nous a donné sa réponse. Quand Christophe Colomb a débarqué pour la première fois sur une plage africaine, il a rencontré un homme qui bien sûr ne parlait pas la même langue. Celui-ci a répété plusieurs fois le mot « Guinée » en présentant sa femme au marin. Voilà la version de notre sculpteur de Conakry : « Guinée » serait le même mot que « Femme » dans la langue locale. Pourquoi pas ? Cela reste à vérifier. Même si ce n’est pas vrai, c’est une jolie explication.

Reprenons notre promenade à Conakry. Il est midi. Il fait vraiment chaud, plus de 40°C. dur, dur pour un breton. Nous nous posons quelques minutes dans un bar dans la rue pour prendre un coca frais. Nous continuons à déambuler dans les rues, en essayant d’enregistrer toutes les images nouvelles pour nous : les mendiants souvent handicapés, tendant la main sans conviction, mais aussi en même temps des messieurs très bien habillés conduisant des 4/4 japonais hors de prix. L’image la plus touchante dont je garderai le souvenir, c’est celle d’une petite fille de 7 à 8 ans qui portait péniblement sur le dos son petit frère de 2 ans peut-être.

Vers 13 h 00, nous étions dans le quartier des résidences, ambassades et ministères. Un moment, notre guide nous montre du doigt une belle voiture, le chauffeur et surtout le Premier ministre qui sortait de sa résidence et montait dans sa voiture. Nous n’avions pas l’impression qu’il y avait plus de policiers dans cette rue car de toute manière, il y a des uniformes de toutes sortes dans la ville entière.

C’est après cela, nous longions le mur pour aller vers le port de pêche que j’ai senti qu’il serait prudent de retourner vers le bateau, car je craignais d’avoir un malaise en raison de la chaleur et du soleil écrasant à cette heure. J’aurais probablement pu continuer la balade mais j’imaginais les embrouilles dans cette ville si j’avais une insolation ou évanouissement. Paolo a appelé un taxi pour me rapprocher de l’entrée du port. Il envisageait de continuer sa visite de la ville. Il adore la chaleur et n’était pas du tout dérangé.

Mais le jeu s’est alors compliqué, à l’entrée du port, notre « Pilot » s’est engueulé avec des femmes policières qui voulaient me faire payer à nouveau pour sortir de la ville. La tension est montée très vite. Et manifestement, je n’étais pas prêt de passer par cette porte. Paolo qui avait attendu pour voir si tout se passait bien est arrivé quand il a réalisé qu’il y avait un problème. Notre «Pilot » nous explique que nous allons entrer par une autre porte, mais pour cela, il faut reprendre le taxi, faire deux à trois kilomètres, changer après de taxi pour emprunter dans un taxi « autorisé » à rentrer dans le port. C’est fait, nous voilà à nouveau devant une porte et des policiers. Petit coup de nerf entre le chauffeur de taxi et notre pilote. Les policiers prennent nos passeports et les examinent très longuement. Finalement ils nous rendent les passeports. Nous voilà en zone internationale. Il fait toujours 40°C ou plus. J’ai un peu hâte de trouver un endroit plus frais. Mais ce n’est pas fini. A quelques dizaines de mètres de l’entrée de notre bateau, voici un nouveau contrôle policier. Et là c’est non, on ne passe pas. Le Pilot nous demande notre argent guinéen et le donne au policier qui lève la barrière. Sans commentaire.

PS. Sur les échoppes de téléphone mobile on peut lire : « achat – réparation- décodage ».


Mercredi 9 et jeudi 10 Mars 2005

Passage de l'Equateur

Voilà, nous commençons la traversée de l’ATLANTIQUE. Notre route est à 222°, sud-ouest. Dans 5 à 6 jours, nous serons à VITORIA au BRESIL.

Après une grosse pluie équatoriale dans la matinée du mercredi, le soleil a réapparu. La mer est très calme. Le vent est insistant. La température est redevenue agréable (entre 27 et 30°C) je découvre le plaisir de deux douches journalières (incroyable).

Après avoir suivi le chemin d’Elie le prophète en Phénicie (la cinquième montagne de Paolo Coelho), je retrouve le Nord-est brésilien « La guerre de la fin du monde » de MARIO LHOSA nous entraîne dans une guerre sans merci entre les pauvres paysans, guidés par un mystique qui s’oppose à la nouvelle république brésilienne. Quand je terminerai ce livre, nous arriverons tout près de cette région.

Nous passerons probablement demain matin la ligne mythique de l’équateur. Peut-être aurons-nous la visite du Dieu des Mers, Neptune avec son trident ?

« Le passage de la ligne »

Hier soir avec Paolo nous avons préparé sur son ordinateur, un certificat de passage de la ligne. Nous avons fait cela avec soin en trois langues, italien, anglais, français. Une fois terminée notre maquette, nous avons demandé au Commandant s’il acceptait de signer le certificat pour les passagers. Une longue conversation entre Paolo et le Commandant s’est prolongée sur ce sujet. Ils rigolaient comme des enfants, mais bien sûr, je n’y comprenais rien. Même en regardant les bras s’agiter, cela ne traduit pas la langue italienne. Le résultat c’est que le commandant ne pouvait pas signer et mettre un cachet officiel sur notre document. Mais, cela faisait longtemps que les passagers n’avaient pas demandé de respecter cette tradition maritime. Paolo m’a expliqué que le commandant, amusé par notre démarche, lui a fait comprendre qu’il allait chercher dans les archives ce qui doit être fait lors du au passage de l’équateur.

Aujourd’hui, à midi pile, un coup de sirène retentit et en s’asseyant dans la salle à manger pour le repas, le commandant me demande si j’avais bien vu le fil rouge sur la mer qui signalait l’équateur. Pendant le repas, nous observions les officiers plus rieurs que d’habitude.

En début d’après-midi, tout le monde s’est retrouvé sur le pont sous un soleil de plomb. Les marins avaient branché les pompes à incendie. Une grande et joyeuse séance d’arrosage à l’eau de mer a mêlé les marins, officiers et passagers. Cela a duré une bonne demi-heure. L’eau était chaude (30°) et c’était vraiment agréable de voir tout le monde comme des gamins jouant avec l’eau. Personne n’a été épargné, ni Judith la doyenne de 75 ans, ni le commandant. Peu importe le certificat de passage de la ligne ou pas, mais l’événement a été bien fêté.

Naturellement en fin d’après-midi, la discussion au sujet du changement d’orientation de l’eau qui se vide dans un évier ou un lavabo s’est installée. Dans l’hémisphère nord, si l’on fait couler de l’eau dans un lavabo, un petit tourbillon se forme et il tourne dans le sens de l’aiguille d’une montre. Dans l’hémisphère sud, le tourbillon se forme dans le sens contraire. Nous avons sur-le-champ constaté le phénomène. Paolo, Jean et moi étions d’accord pour constater cette inversion. Jean s’est tout de suite exclamé « l’eau tourne dans l’autre sens ».J’ai tenté de lui expliquer que non. Que l’on soit au nord ou au sud de la terre, le tourbillon est impulsé par la force de gravitation qui ne peut qu’être identique dans les deux cas. Après hésitation, tous les trois nous en convenons. Mais alors, comment expliquer le changement de sens du tourbillon dans le lavabo. Je propose à mes compères une expérience. Dans un verre transparent rempli à moitié d’eau, on dépose sur l’eau un objet léger flottant (un bout de papier, de poussière…) on fait tourner l’eau avec l’objet que l’on veut (un doigt, un stylo, un bout de bois…). L’objet flottant tourne dans le verre emporté par le courant de l’eau. Si vous regardez en ayant les yeux au-dessus du verre, vous voyez le sens de rotation. Si vous levez le verre et regardez le phénomène par le dessous, l’eau tourne toujours dans le même sens et pourtant votre objet flottant vous paraît avoir lui changé de sens. Il s’agit seulement d’une question de point de vue. Jean nous regarde, Paolo et moi, et malgré l’expérience, il reste perplexe et pense tout de même qu’en dessous de l’équateur, il y a une inversion.
Par Pierre Cuzon - Publié dans : tysaozon
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Mercredi 30 mars 2005


Mardi 01 Mars 2005

Dans la Médina de Casablanca

Nous allons passer toute la journée en attente d’une place (vers 17 h 00) dans le port. Le temps n’est pas très bon, le vent est fort (80 km/heure). Le petit déjeuner vers 08 h 00 le matin s’allonge de plus en plus. PAOLO fait le lien entre les Anglais et nous et les conversations s’allongent chaque jour.

SALVATORE, le maître d’hôtel est délicieux, plein d’humour. Il nous apporte du café tant que nous restons autour de la table. JEAN, le parisien est très impatient. Il vit une journée d’attente comme une journée perdue. Paolo lui propose de l’aider à chercher où est passée sa journée perdue. Je n’imaginais pas à quel point ce mode de transport, le cargo, soit aussi efficace pour apprendre la patience et pour devenir le maître du temps et non son esclave.

L’entrée dans le port se fait plutôt que prévu. Nous sommes à quai vers 15 h 00. avec Paolo, nous décidons de visiter CASABLANCA. Pour sortir, nous rencontrons à bord du bateau dans une salle des officiels marocains (policiers, douaniers). Nous obtenons un laisser passer pour deux jours. Entre la sortie du bateau et la rue, nous présentons nos papiers à trois portes différentes aux policiers. Nous assistons ébahis à une scène qui est probablement quotidienne. Une trentaine de jeunes hommes marocains sont juchés sur le mur d’enceinte du port. Un policier, à dix mètres de Paolo et moi, prend quelques cailloux au sol et les jette sur les jeunes pour les faire déguerpir.

Nous voilà dans la ville à quelques minutes à pied. L’ambiance est tout à fait différente. Les gens sont très cordiaux avec nous et plusieurs personnes nous adressent un « bonjour monsieur » sans contre partie. Nous n’échappons pas bien sûr à l’entrée de la MEDINA aux colporteurs insistants mais en leur répondant fermement et avec le sourire, nous arrivons à les dissuader de nous vendre ce dont nous n’avons aucun besoin. Les « rabatteurs » sont également au travail, pour nous diriger dans les multiples ruelles vers les magasins pour lequel ils travaillent. Mais cela se passe dans la sérénité. En revanche, nous apprécions beaucoup le sourire et le bonjour d’une fillette à la porte de sa maison ou encore un grand « bonsoir » d’une jeune femme en djellaba, dans une ruelle minuscule, interrompant sa conversation par téléphone portable.

J’ai le sentiment que depuis ma dernière visite à CASABLANCA voici environ 15 ans, les choses sont immuables. J’ai même retrouvé le marché fermé qui était le marché fréquenté par la mère de JOSS dans les années 38/39. Avec Paolo nous avons déambulé et dégusté la MEDINA pendant près de trois heures. Nous avons goûté les crêpes (carrées) fabriquées sur la rue ; consommé par deux fois l’excellent thé à la menthe (bouillant) dans de minuscules cafés emplis d’hommes plutôt désoeuvrés.

Rentrés vers 20 h 00, notre intention était d’y faire une autre balade le lendemain, selon les heures de départ du bateau.


Mercredi 02 Mars 2005

Départ « mouvementé » de Casablanca

Après une nuit de sommeil assez courte (lecture presque intégrale du Monde + mon livre en cours), je retrouve mes camarades de voyage. Nous apprenons que le bateau appareillera dès que possible. Vers midi ou même avant si possible pour des raisons de sécurité. La nuit a été chaude autour du bateau. Vers minuit, à deux heures du matin, une bande de candidats à l’immigration a tenté de rentrer à bord par tous les moyens. L’équipage et la police ont eu quelques difficultés à faire déguerpir les « passagers clandestins ».

Déjà dès l’accostage du bateau dans l’après-midi, plusieurs jeunes gens tournaient sur les quais autour du bateau. Ils observaient le bâtiment très haut, difficile d’accès. J’ai vu un parmi eux qui commençait à grimper sur les haussières. Après une dizaine de mètres, sentant l’opération trop délicate, il a rebroussé chemin. Vers les dix heures du soir, j’avais bien observé dans la nuit deux petits groupes se réchauffant directement à quelques mètres du bateau, autour des grues autour d’un feu de planches récupérées ici et là. Autant je ne suis pas surpris des diverses tentatives individuelles pour accéder au bateau, autant je me suis étonné de cette expédition organisée, en grand nombre de jeunes armés de bâtons et même semble-t-il de couteaux.

Dans ces conditions le départ de CASABLANCA est plus rapide que prévu. La passerelle reliant le bateau au quai est levée vers 11 h 00. mais ce n’est pas pour autant le départ immédiat. L’ensemble de l’équipage inspecte méticuleusement tout le navire, les voitures, les chambres, les cales pour dénicher le clandestin qui peut demeurer caché et qui ne sortira de sa cachette qu’une fois le bateau en haute mer.

Cela arrive de temps en temps. La règle internationale appliquée dans ce cas, c’est la prise en charge de ce passager, comme un passager normal (nourriture, lit, soins…). Lors des escales suivantes, il  peut être débarqué si le pays visité accepte cette prise en charge. Sinon, le passager reste à bord et à l’arrivée dans le pays d’origine du navire, il est pris en charge par les autorités de ce pays. Tout cela coûte très cher en temps et en argent pour gérer la présence et payer le rapatriement d’un passager clandestin. Aussi, une grande attention est portée avant de quitter le port par le commandant et son équipage.

Vers midi, le navire quitte le port de CASABLANCA. Nous partons pour 2 à 3 jours de mer, avec comme prochaine escale DAKAR : les conditions météo sont bonnes. Le ciel est bleu, la mer est parfaitement plate et calme.

Chacun retourne dans son coin, sa cabine, organisant à sa guise les heures de la journée. Je vais terminer rapidement mon livre en cours et m’offrir une petite sieste pour rattraper quelques heures de sommeil.

C’est la soirée, plutôt le début de la nuit. Je viens de terminer le dernier chapitre de « La dernière tentation du Christ ». C’est tout simplement magnifique.

Après le repas du soir, le couple anglais, Paolo et moi sommes restés parler un long moment. Nous expliquions aux Anglais comment les navires marchands se comportaient en cas d’attaque des pirates, existant encore dans le monde (mer de Chine, Caraïbes et Golfe de Guinée). Les équipages ne sont pas armés, ce n’est pas leur métier. En cas d’attaque, le seul objectif est de sauver les vies des passagers et de l’équipage, en ne s’opposant pas activement aux pirates et en les laissant voler ce qu’ils désiraient. De fil en aiguille, nous avons commencé à délirer en imaginant Judith, notre anglaise septuagénaire, capturée par les pirates, revendue sur la côte aux TOUAREGS et transportée à dos de chameaux jusqu’en ARABIE SEOUDITE pour être cédée une nouvelle fois à quelque riche NABAB et vivre le reste de sa vie dans un harem. Avec un peu de chance après 10 années d’enfermement, elle pourrait s’échapper et retrouver son mari Grift en Angleterre. Elle écrirait un romain, un best-seller et deviendrait assez riche pour s’offrir un nouveau voyage en cargo avec le secret espoir d’être enlevée une seconde fois…

Je rentre d’une promenade sur le pont avant de dormir. Le temps s’est transformé. Après une belle journée de soleil, ce soir nous naviguons sous la pluie. A cette heure, le bateau se trouve probablement à la hauteur d’AGADIR. Mais nous sommes assez loin de la côte. Au lever du jour, demain, nous arriverons auprès des ILES CANARIES. Bonne nuit à tous. Même si vous ne l’imaginez pas, je vous ai embarqués avec moi à bord, non pas dans le sac à dos mais dans ma pensée. Vous dormirez bien ce soir, la mer est très calme, il n’y a ni roulis ni tangage.

Je dois parler de Salvatore, notre maître d’hôtel napolitain. Il est trop charmant pour risquer le l’oublier. Il a commencé sa carrière de marin vers 17 ans, aujourd’hui, il est âgé de 54 ans. Son travail lui prend tout son temps. Sa journée commence dès 07 h 00 le matin. Il prépare le petit déjeuner. Ensuite il fait le ménage dans toutes les cabines des passagers et des officiers. Il est déjà temps de préparer les tables pour le repas de midi. Peut-être a-t-il un peu de repos entre 14 h 00 et 17 h 00 il assure bien sur le service du soir à 18 h 00 qui se termine vers 21 h 00 quand les derniers officiers ont pris leur repas. Après, on le voit à la buanderie, lavant et repassant le linge de table et les vêtements des officiers. Malgré tout cela, il est d’une humeur égale, heureuse. Il chante dans son office comme un rossignol. Quand il sert à table, il a toujours une histoire à raconter. Ce midi, il propose un plat au capitaine qui dit « non » une fois, deux fois, trois fois. SALVATORE insiste « Mais c’est très bon, capitaine… ». Le capitaine dit à Paolo : « Salvatore est pire qu’une mère ». C’est un personnage attachant. Il donne l’impression d’être un acteur en scène perpétuellement. 


Jeudi 03 Mars 2005

Au large des Canaries

Ce matin, le bateau croise auprès des ILES CANARIES. Dès 11 h 00, nous apercevons les côtes de Lanzarote.

La visibilité n’est pas très bonne, nous n’apercevons que la ligne de crête de la montagne. A cette heure, en début d’après-midi, nous longeons la Gran Canaria que nous apercevons dans la brume.

Je suis passé ici, voici à peine 41 ans en janvier 1964. je me souviens essentiellement d’y avoir découvert pour la première fois la misère. Les enfants de 8 à 10 ans s’approchaient de notre bateau, le « SOMALI », pour quémander du pain. Ils étaient pieds nus, en haillons. Les gardes civils espagnols les faisaient fuir à coup de fouet. Quand je rapproche cet ancien souvenir de celui d’avant-hier à CASABLANCA, j’ai la triste impression que la situation de ces peuples pauvres n’a pas beaucoup évoluée.

Dans le voyage, je commence un nouveau voyage au GUATEMALA avec le livre « Le pape vert » d’Asturias. Le GUATEMALA est presque sur la même latitude que le bateau ce soir, sur le tropique du Cancer. Malgré un vent assez fort (force 5 environ), il fait presque doux sur le pont (18°C) mais curieusement, la mer reste assez calme, il y a quelques moutons mais le bateau est très stable.

L’arrivée à DAKAR sera probablement dans 36 heures, samedi matin peut-être. A peine le temps de terminer mon voyage « intérieur » au GUATEMALA.


Vendredi 04 Mars 2005

En attendant Dakar

Voilà la description de la « dure » vie d’un passager. La mer est calme, le vent adoucit les rayons du soleil qui brille depuis ce matin. La température sur le pont est de 25°C. Que faire de la journée ? Choisir un coin tranquille, s’asseoir sur le métal chauffé du pont, prendre un livre. De temps en temps, pour se reposer, pour se dégourdir le corps, il faut se lever et faire un tour du bateau, observer au loin un autre bateau qui traîne comme nous sur l’océan. Et puis à nouveau on se pose pour reprendre la lecture. Les repas ponctuels sont les moments de vie sociale. Chacun des passagers est attentif à ne pas envahir l’espace du voisin, ce qui n’empêche pas quelques conversations ou échanges de livres.

C’est aujourd’hui le premier jour de chaleur en mer. C’est un entraînement, car la semaine prochaine entre l’AFRIQUE et le BRESIL, nous vivrons ainsi six journées en continu sans voir une côte. Je goûte avec délice ces heures où le paysage est uniforme : la mer, l’horizon, et le ballet de nuages. Une ou deux fois par jour, je monte sur le pont où la réception est meilleure pour prendre les nouvelles du monde. La réception sur RFI est très correcte. J’apprends que la vague de froid continue à sévir en Europe. Il y a de la neige en Normandie, peut-être aussi en Bretagne. Ces nouvelles vues d’ici nous révèlent que nous prenons insensiblement de la distance avec l’Europe. Il est 21 h 00, je viens de sortir sur le pont pour observer le ciel débordant d’étoiles. La nuit est bien noire, mais l’air est encore très doux malgré le déplacement du bateau qui crée comme une sorte de petite brise.

Aux dernières nouvelles, toujours aussi discrètes, nous serons à DAKAR demain aux environs de midi. C’est amusant d’observer les comportements des uns et des autres. Les marins, nous ne les voyons jamais sur le pont, même pendant leurs heures de repos. Nous ne les voyons qu’aux heures de repas. Ils nous saluent quand ils sont à la passerelle (à l’intérieur) mais ne nous invitent jamais à y entrer. Cela doit être un choix de principe sur ce bateau. Selon l’expérience des autres passagers, les relations avec les équipages sont bien meilleure la plus part du temps sur les autres navires.

Le couple d’anglais qui passait beaucoup de temps à l’extérieur, quand le temps était plus gris et plus froid, sortent rarement. Je leur ai demandé pourquoi bien sur. Ils m’ont répondu qu’ils craignaient les brûlures du soleil. A l’inverse, Paolo est fréquemment sur le pont, en short, jouant de la guitare. Il commence à vivre à partir de 25°C. quant à moi, comme à ROSCOFF, je suis assez fréquemment dehors. Selon les heures de la journée, je cherche un espace ensoleillé et protégé des courants d’air. Je lis plusieurs heures par jour à l’extérieur sur le pont. Mais cela n’empêche pas une petite sieste en début d’après-midi. Le bercement très doux mais permanent du bateau ajoute à cette sieste une douceur supplémentaire.

En fin de soirée, je me lance dans une grande lessive. J’utilise la machine à laver du bord. Je ne suis pas très doué. Le linge semble propre mais l’essorage n’a pas fonctionné. Mais demain matin au soleil, le séchage sera rapide.


Samedi 05 Mars 2005

En mer…

Réveil tardif, vers 08 h 30. Cette nuit le sommeil n’était pas au rendez-vous. Est-ce la chaleur déjà ou peut être les cafés italiens très serrés ?

Pas de terre en vue, mais nous recevons bien les radios africaines en FM. Au-dehors, vers 09 h 00, il fait déjà bien chaud, la mer d’huile et le ciel pur.
Par Pierre Cuzon - Publié dans : tysaozon
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Mardi 29 mars 2005


Jeudi 24 Février 2005

Première nuit en mer

La première nuit en mer, je l’ai consacrée à la lecture jusqu’à 03 h 30 du matin. J’étais plongé dans « Le testament amoureux » de REZVANI. J’ai bien aimé ce livre qui me rappelait les noms de beaucoup d’écrivains, d’hommes de cinéma ou politique dont j’ai entendu parler depuis mon enfance. J’ai découvert avec surprise que le père de REZVANI soit décédé à ROSCOFF vers les années 1955/1960. J’aurai une petite enquête à faire à mon retour.

Avant de dormir, j’ai fait une ronde autour du bateau. Nous étions, je crois, face à CHERBOURG. Ce matin, nous filons vers le sud. Nous avons dépassé OUESSANT à l’aube. La mer est très calme, le bateau ne bouge pas plus que dans le port du HAVRE. Il n’y a aucun bruit de moteur ni de vibrations. Le bateau est très long, les cabines sont à l’avant et le moteur 200 mètres plus loin à l’arrière. Le seul bruit dans la cabine c’est l’aspiration au plafond que l’on ne peut pas arrêter, mais j’y suis déjà bien habitué depuis 3 à 4 jours.

Ce soir nous terminons notre première journée en mer. Le coucher de soleil est presque aussi beau qu’à ROSCOFF. A la place du phare de l’Ile de batz, il y a un ou deux cargos qui suivent la même route que nous. J’ai commencé cet après-midi la lecture d’un troisième livre « L’Amour d’Erika Ewald » de STEPHEN ZWEIG.


Vendredi 25 Février 2005

Escale à Bilbao

Par le hublot au lever du jour, j’aperçois les lignes d’une montagne enneigée. Le bateau est arrêté devant l’entrée du port de BILBAO. Il fait froid y compris dans la cabine plutôt surchauffée les jours précédents. Pendant le petit déjeuner, nous grappillons des informations auprès des marins. Nous avons bien compris que le commandant et les officiers ne souhaitent pas parler aux passagers. Le bateau va attendre devant le port jusqu’au soir pour y entrer. L’escale devrait être courte. Il n’est pas certain de pouvoir descendre à terre. Nous verrons. Nous voilà bien installé dans le rythme du voyage. Hier dans le golfe de Gascogne, ce fut une belle journée printanière, presque chaude au soleil. Ce matin, l’hiver est de retour. Du bateau nous avons une superbe vue sur la COSTA VERDE et quelques villes coincées entre la montagne et la mer.

Je m’installe sous les draps pour reprendre la lecture. Je suis transporté en l’an 2052 par BARJAVEL dans « RAVAGE ».

Le bateau entre au port de BILBAO vers 18 h 00 et comme nous l’avions entendu, il repartira demain en soirée.

Je viens de rencontrer le nouveau passager qui avait été annoncé. Un bel italien, PAOLO, très élégant, parlant bien français, avec un accent exotique. Dès demain, nous le connaîtrons mieux, car nous partageons les repas à la même table.

La journée s’est déroulée comme chaque jour, avec les temps de lecture et de repas. Une différence tout de même, cet après-midi, le soleil étant assez chaud pour lire sur le pont, face à la montagne enneigée.

Je me sens très bien dans ce rythme très ralenti. Je crains un peu de manquer de livres avant l’arrivée à BUENOS AIRES. J’ai adoré le livre du jour malgré son histoire terrifiante.

Il est prévu de descendre en ville à BILBAO demain après le petit déjeuner. Nous sommes environ à une demi-heure de marche du centre ville.

Heureusement que je n’avais pas trop rêvé sur les diverses escales, car il sera probablement difficile de mettre pied à terre à chaque fois. Pour deux raisons : la distance entre le port et la ville mais aussi le temps d’escale trop court. Inch Allah !


Samedi 26 Février 2005

Une journée à Bilbao

Aujourd’hui, dans le port de BILBAO, malgré les sommets enneigés, nous profitons d’une douceur printanière. Une petite équipe de trois, Gregg, Jean moi partons en ville à pied après le petit-déjeuner. Nous marchons pendant 40 minutes pour nous retrouver non pas à BILBAO (15 Kms) mais dans la petite ville près du port. Depuis l’embarquement lundi au HAVRE, c’est la première sortie. Mon intention est de poster une lettre à Joss, d’envoyer un email si possible. Avec Gregg, nous traînons un peu dans la ville qui se réveille doucement ce samedi matin. Nous sommes bien au PAYS BASQUE. Les hommes âgés assis sur les bancs dans la rue portent presque tous le célèbre « béret basque » très large. Gregg, qui a bon appétit fait des provisions au « Super Mercado ». Il ramène sur le bateau à boire et à manger. Je trouve un endroit pour lire le courrier électronique. Cela fonctionne bien. Je suis un peu perdu avec le clavier différent du nôtre (français). Tant pis pour les accents, les points-virgules. Je suis content d’avoir pu poster une lettre et d’envoyer un email pour annoncer la lettre.

Au retour, près du bateau, nous rentrons en taxi, invités de Jean, le parisien octogénaire, vers 12 h 30. nous avions l’information nous disant d’être à bord avant 13 h 00. Le bateau a quitté le port à 19 h 00. cela montre bien la difficulté pour sortir l’esprit tranquille. Il y a un très grand « flottement » dans l’information. Sur le quai, nous faisons plus grande connaissance de notre nouveau compagnon de voyage, un milanais, PAOLO.

C’est vraiment un personnage de roman. Beau comme un prince, quadragénaire, libre comme l’air. Il parle naturellement 3 ou 4 langues, exhibe un large sourire naturel, d’une politesse élégante. Il embarque sur le bateau un « Van », un 4X4 tout terrain pour un voyage d’une année en Amérique du Sud. Il dispose d’un véritable studio d’informatique, de caméra, d’appareil de photos. Son véhicule est équipé pour une large autonomie. (panneau solaire sur le toit, hélice pour faire fonctionner un générateur électrique (éolienne) si le soleil est insuffisant). C’est assez stupéfiant de voir l’équipement de son véhicule. Avec tous les atouts qu’il a dans son jeu, il serait surprenant qu’il reste longtemps solitaire dans son  4X4.

Après le capitaine qui ressemble à Mastroianni, nous voilà avec Tintin, un Tintin dans le vent, plus vrai que dans la bande dessinée. C’est très bien, son arrivée dans la petite équipe de passager va donner un coup de jeune, une arrivée d’énergie. Il sera également précieux pour améliorer la conversation avec le capitaine et les officiers car c’est un Italien (du Nord, certes). Il me dit qu’il comprend à peu près tout le monde en Europe mais qu’il ne comprend pas facilement les Italiens originaires des régions plus au Sud de Rome. Voilà pour la présentation de PAOLO / TINTIN / CASANOVA ?

En début de soirée, le « REPUBLICA DI ARGENTINA » sort du port. La mer est belle. Cette nuit nous longerons la côte nord espagnole et dès demain, nous replongeons plein sud vers CASABLANCA.

Côté lecture, j’ai fait une petite pose. J’ai tout de même lu un petit livre « ORGUEIL DE LA MAISON » de GILBERT GANNE, qui explique sa passion pour les chats. Pourquoi pas ? Mais cet amour pour les chats est une réponse à son dégoût pour les hommes. Je n’ai pas vraiment adhéré à ce discours.

Avant de dormir, je suis sorti sur le pont fumer une pipe. La nuit est bien noire et je vois sur une très longue distance la côte espagnole très éclairée. Nous naviguons à une distance assez proche, peut-être 20 km de la côte. Je n’y reste pas très longtemps car l’air est assez vif.

Ayant environ 2 à 3 jours de mer devant moi, j’entreprends la lecture d’un livre assez long, choisi par Tiphaine. « La dernière tentation du Christ » de NIKOS KAZANTZAKI. J’ai de quoi remplir plusieurs heures de navigation.


Dimanche 27 Février 2005

Au large du Portugal

Cette nuit nous avons été bercés, pas vraiment secoués, même si les tiroirs de la cabine s’ouvraient et se fermaient au gré des mouvements du bateau. Je suis sorti, comme je sors la nuit, faire un tour dans le jardin comme à la maison, deux fois sur le pont. La côte est toute proche. Vers 07 h 30, je m’habille pour aller au « carré » prendre le petit déjeuner. Le soleil n’est pas encore levé mais déjà derrière le bateau quelques lueurs apparaissent. Le bateau file toujours vers l’ouest. Vers 08 h 00, je m’offre le spectacle du lever du soleil sur le CAP FINISTERE espagnol, au large de LA COROGNE et de ST JACQUES DE COMPOSTELLE. Le bateau s’éloigne petit à petit de l’Espagne pour virer au sud d’ici peu de temps sans doute et descendre plein sud vers CASABLANCA.

Jean, à qui j’avais proposé d’emprunter mes livres, vient faire son choix dans ma bibliothèque. Il n’avait emporté que trois ou quatre petits « policiers » qu’il a avalé depuis longtemps. Hormis les temps de repas partagés, les quelques heures de rêveries sur le pont, il n’y a aucun dérivatif. Chaque passager se trouve seul dans sa cabine pendant de longues heures. Ce sont les conditions idéales pour la lecture. Je déguste les journées de mer si lente mais toujours remplies.

J’ai tenté ce matin, avec succès, d’écouter les nouvelles à la radio. Je grelotte pour vous. Le froid semble bien installé. Peut-être ai-je manqué le spectacle de Roscoff sous la neige ? Pour le reste, vu d’ici les nouvelles de ce jour semblent banales, le rugby, la démission d’un ministre, la visite annuelle de Chirac au salon de l’agriculture. RAS.

La présence de Paolo est très agréable. Il fait le lien entre les passagers pendant les repas. Nous sommes 6 passagers, sur deux tables : une table anglophone et une table francophone. Paolo fait le relais entre nous avec beaucoup de finesse et de bonne humeur.

Depuis la fin de la matinée, la terre s’est éloignée à nouveau. Nous filons plein sud. Ce soir, le bateau se trouve probablement au sud du Portugal. La journée a été splendide. Je peux rester sur le pont observer très confortablement  les bateaux qui nous entourent, souvent quatre ou cinq. Le soleil réchauffe suffisamment pour supporter l’air encore frais du printemps. Toute la journée, malgré une mer très calme, nous avons subit un roulis très souple mais permanent. Le bateau est très haut, la cabine est bien à 15 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le roulis nous relève de 3 ou 4 mètres à chaque mouvement. Mais ce mouvement assez lent est plutôt agréable, il doit ressembler au mouvement d’un berceau d’enfant. Je suis resté jusqu’au coucher du soleil sur le pont bavarder avec les compagnons de voyage. Notre petit groupe commence à se former au fil des jours, malgré nos différences de vies et d’histoires personnelles.

Cet après-midi, deux officiers du bord nous ont fait un petit exercice de sécurité : essai de la ceinture de sauvetage, repérage des lieux de regroupement en cas de danger. C’est vrai qu’il vaut mieux connaître tout cela, mais j’imagine que si loin de tout, les chances de survie sont bien minces.


Lundi 28 Février 2005

Arrivée à Casablanca

Ce matin, nous retardons notre montre d’une heure. Le temps a bien changé depuis la nuit. Le ciel est chargé de gros nuages et l’air est humide. Le vent est un peu plus fort, mais la mer reste assez calme.

Je suis plongé dans « La dernière tentation du Christ ». J’ai eu un peu de mal à m’y plonger complètement. Voilà, c’est fait. Même si je connais (ou je crois connaître la fin de l’histoire), je lis cela avec intérêt. Je trouve curieux car de très vieux souvenirs de ma formation religieuse me donnent l’impression de connaître déjà presque tous les noms des personnages et les lieux. En revanche, la présentation de l’histoire et des événements diffère fondamentalement de mes souvenirs d’enfance. Le livre est long et il me faudra bien autant d’heures pour le lire que pour rejoindre BILBAO à CASABLANCA. Nous serons devant CASABLANCA cette nuit.

Pour l’instant en ce début de soirée on ne voit encore aucune lumière sur la côte. Par la radio, il est assez facile de se situer. Toute la matinée, je pouvais écouter du fado, au long du Portugal, dont on ne voyait pas la côte. La visibilité n’est pas bonne. En début de soirée, deux minuscules oiseaux de terre s’amusaient autour du bateau. La terre n’est toujours pas visible mais elle doit être très proche. Je viens d’écouter en Français en FM les nouvelles par la Radio Nationale Marocaine.

De repas en repas, le temps de rencontre, nous apprenons à nous connaître. Paolo est venu sur ce cargo pour trouver le temps d’écrire. Il ne sait pas précisément ce qu’il fera de cette écriture. Il dit qu’il est en voyage pour accumuler des émotions et que petit à petit se dessinera son projet d’écriture. Il aime écrire de la poésie, mais pas seulement de la poésie. Vers 23 h 00, je sors sous la pluie et dans le vent découvrir CASABLANCA et les environs vus du bateau stationné pour la nuit à quelques encablures devant la ville. L’entrée dans le port ne se fera que demain matin quand une place sera disponible au long du quai.

Vu de la mer et de nuit, la grande mosquée illuminée construite par HASSAN II , domine toute la ville.
Par Yvon Cuzon - Publié dans : tysaozon
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Lundi 28 mars 2005


Dimanche 20 février 2005

C’est enfin le départ

Départ très serein de la maison tout est prêt, les esprits et le sac à dos. La première étape je la fais en voiture jusqu’à Rennes avec Tiphaine qui descend dans les Pyrénées. Nous rencontrons sur la route près de Guingamp une bizarrerie climatique. En effet, sur environ 10 km nous sommes brusquement plongés dans une tempête de neige. Les gros flocons ont déjà bien blanchi la route. Puis d’un seul coup, voilà à nouveau le soleil.

Un ami a fait le déplacement à Rennes pour agiter son mouchoir sur le quai de la gare. J’ai vraiment apprécié cette attention. Premier contretemps, le train ne part pas. Il stationne ½ heure en gare. J’apprends par un contrôleur qu’un homme, un ancien cheminot, déambule sur les rails. Il faut une demi-heure pour les services de secours pour récupérer  cet homme. Seul désagrément de cet incident, c’est une traversée en métro à la course pour reprendre à St Lazare le train du Havre. En fin d’après-midi, je pose le sac dans un petit hôtel face à la gare du Havre, un peu fatigué, car j’étais debout pendant tout le trajet, malgré la réservation. Le train était bondé et personne ne respectait vraiment les réservations. Il y a eu quelques « mots aigres-doux » entre passagers.

Le gérant de l’hôtel au Havre a l’habitude d’héberger les voyageurs en cargos. Il me raconte quelques histoires de voyageurs (une correctrice qui travaille à bord sur son ordinateur, deux jeunes architectes français qui partent tenter leur chance en Australie.)


Lundi 21 Février 2005

Embarquement au Havre

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Vers 10 h 00, j’appelle un taxi pour rejoindre le bateau. A pied ce n’est pas concevable, il y a près de 10 kms. Je découvre le port du Havre, immense. Nous arrivons sur le quai prévu : pas de bateau. Appelé par téléphone, le correspondant de la Cie  Maritime confirme le retard. Le bateau n’arrivera que vers 16 h 00 l’après midi. Retour obligatoire en ville, il fait froid, il n’y a aucun abri sur le port. Le retour en ville me permet d’acheter un couvre-chef pour la traversée en mer. Seconde tentative réussie vers 16 h 00 (à nouveau en taxi) Le « Repubblica di Argentina » est là. Je ne suis pas mécontent de découvrir la cabine, de vider mon sac et de me mettre à l’aise.

La cabine est très confortable (15 m2), chaude, et bien équipée : un bon lit, un coin WC - douche, des placards, une table et chaise et un hublot fixe. Je prends possession de mon espace pour 4 semaines environ.

La relation avec l’équipage (28 marins) est plutôt distante. Manifestement, les passagers ne les concernent pas. Sauf le maître d’hôtel qui est avenant. Il fait semblant de comprendre quelques mots de français mais les échanges se font en anglais.

J’apprends rapidement les heures de repas qu’il faut respecter : 08 h 00, 12 h 00, 18 h 00. Il n’y a aucun endroit pour prendre un café ou autre chose en dehors des heures de repas. Pas de fantaisie, ce n’est pas la croisière s’amuse. Tant mieux, j’y trouve ce que j’attendais. Un espace vierge où je dois organiser le temps.

Je ne suis pas le seul passager. Nous sommes cinq, un sixième doit embarquer à BILBAO. Un couple d’anglais s’offre un « tour » : ils font l’aller/retour sur le même bateau. Ils sont partis la semaine dernière d’Angleterre et on déjà fait escale en Allemagne et en Hollande. Le 3ème passager est anglais également. Il est sur un parcours assez compliqué qui durera 7 mois environ, avec des détours aux Etats-Unis, Tahiti, Australie et retour par l’Asie. Le dernier passager est français : c’est un parisien de 80 ans, veuf depuis une année, il fait régulièrement un voyage en cargo. Il fait le retour en avion car il est toujours dans les « affaires ».

Nous nous rencontrons à la salle à manger seulement. Cela sera peut-être un peu différent plus tard mais il fait vraiment froid, les séjours sur le pont ne durent pas longtemps.

Pour terminer la description de l’environnement, je dois parler de la mission du cargo : il transporte uniquement des véhicules, des milliers de véhicules. Sur le pont à l’extérieur sont déjà embarqués des centaines de voitures d’occasion, quelques-unes en piteux état, venant d’Angleterre ou d’Allemagne à destination de l’Afrique. A l’intérieur, dans les cales sont garées des milliers de voitures neuves. Depuis hier après-midi, puis durant toute la nuit, se déroule un ballet incessant de voitures, sur les quais immenses sont parquées des voitures neuves destinées à l’exportation. Plusieurs équipes de dockers font des va-et-vient permanents. Avec une voiture « navette » pour relier le bateau aux parkings, ils sont 4 ou 5 chauffeurs à rentrer une à une les milliers de voitures dans les cales du navire.


Mardi 22 Février 2005

Attente sur les quais du Havre

Voilà 24 h 00 que j’ai embarqué. Le départ du Havre apparaît comme un secret d’état. Cet après-midi, le bateau tiré par deux remorqueurs s’est déplacé de quelques centaines de mètres, il a changé de quai. Aucune information ne transpire. Pourquoi ce mouvement ?  Les anglophones essayent de décoder les morceaux de conversations échangées près de nous au « carré » (restaurant) entre le capitaine italien et un grand jeune homme hollandais responsable semble-t-il de l’embarquement des véhicules. Avec ces bribes d’informations volées, il semble que le départ ne se fasse que demain soir. Le bateau a trois jours de retard depuis le mois de décembre et il n’arrive pas à les rattraper. Le changement de quai est la conséquence de ce retard. Le quai où nous étions ce matin a dû être libéré pour laisser un autre bateau programmé à cet endroit. Nous lui avons fait de la place, ce qui augmente encore notre retard.

C’est une magnifique leçon de patience. Je suis venu sur ce cargo pour tordre le cou au défilement du temps. Dès le premier jour, la leçon est apprise. Non seulement il faut laisser faire, « laisser pisser » sans avoir de réelles informations.

Cela m’a permis de m’installer dans ma cabine. Dehors il fait froid, presque 0°C. il n’y a pour se réfugier que les 15 m2 de la cabine. J’ai entrepris une longue lecture. Entre les heures de repas, tout le temps est consacré aux livres. A part quelques instants pour ce cahier de notes, quelques sorties, bien emmitouflé pour sortir fumer une pipe sur le pont, je prends, pose et reprend le livre en cours.

Côté alimentaire, nous sommes en Italie. Nous avons des pâtes à tous les repas sous une forme ou sous une autre. J’arrive à me débrouiller. Le maître d’hôtel n’insiste plus quand je dis merci avant d’être servi. Par rapport au peu d’effort que nous faisons dans la journée, les repas sont largement suffisants. Le pain, le vin et le café sont excellents. Je survivrai sans problème.


Mercredi 23 Février 2005

Trois heures pour sortir du port

Ce matin, nous sommes toujours dans le port du Havre mais le paysage a bien changé. Tout est recouvert de neige et cette zone industrielle portuaire toute neuve est embellie par ce un joli ravalement  blanc. Cela n’arrête pas l’activité. Les navettes incessantes de tracteurs portant des conteneurs (les boîtes comme l’on dit ici)

Au petit déjeuner par une confidence d’un marin italien, nous apprenons que le bateau devrait quitter le Havre en début d’après-midi. Cela mettra fin à ce voyage immobile très particulier.

Je commence à connaître mes compagnons de voyage : Jean, le français de 80 ans est plutôt gentil, mais nous vivons très différemment le voyage. Il s’énerve un peu car il a réservé un hôtel à Rio de Janeiro et le retard l’agace. Ce qui me ravi avec lui c’est de trouver quelqu’un qui parle l’anglais plus mal que moi. Je lui sers d’interprète pour converser avec les autres passagers anglophones. Le couple d’anglais est très cool. Très souriants, ils sont contents de tout. Enfin, Gregg, le solitaire est celui avec qui je parle un peu plus. Pour lui le cargo est un refuge. Quand il travaille, c’est travail permanent qui ne lui laisse aucun temps personnel. Il faut de temps en temps quelques mois pour reprendre son souffle.

Le portrait du commandant est intéressant. C’est un petit homme de cinquante ans environ qui ressemble étrangement à Mastroianni. Il joue vraiment son rôle à merveille. Il est distant, il esquisse à peine un bonjour. A table, il mange souvent tout seul avec un menu différent (huîtres et vin blanc, quand les autres ont des pâtes). Au milieu du repas entre deux plats, il allume sa cigarette faisant signe au maître d’hôtel de lui apporter un cendrier. C’est très drôle car on se croit dans une bande dessinée de « Tintin et Milou ».

Vers 18 h 00 à l’heure du dîner, ce bateau endormi commence à se réveiller. C’est la fin de ce curieux voyage immobile. Ce grand bateau se déplace comme un éléphant, il lui faut près de trois heures pour sortir du port. Après une traversée lente du port, un passage dans une écluse (la plus grande d’Europe, selon le chauffeur de taxi ), nous sortons du port et vers 21 h 00 nous voyons s’éloigner le phare qui se situe à l’extrême ouest de la ville.
Par Pierre Cuzon - Publié dans : tysaozon
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