du 11 au 18 mars

Publié le par Pierre Cuzon


Vendredi 11 mars 2005

La Croix du Sud

Ce matin, nous retardons notre montre d’une heure. Nous voilà à 2 heures par rapport à la Bretagne. Journée de mer sans événement particulier. Mer calme, très bleue, aucun navire à l’horizon. Nous n’avons même pas d’oiseau de mer pour nous rendre visite, seuls quelques poissons volants brillent de temps en temps au long du navire.

Je quitte les paysans et pauvres du SERTAO brésiliens pour rejoindre le CONSUL anglais à QUSUHMAHUAE au Mexique (au-dessous du volcan de Malcom COURY)

Bien sûr, je retrouve note petite communauté sur le cargo. Paolo m’exploite honteusement. Il profite de ma présence pour parfaire son français, pas tellement au niveau des mots, mais surtout sur la prononciation. Je dois à sa demande le reprendre dès qu’il se trompe. Il a beaucoup de mal avec le « u » il devient « ou ». Il devient fou avec les mots se terminant par une consonne : « poids » devient « poides » etc… c’est un jeu, et nous partageons une complicité et surtout nous rions comme des gamins.

Dans l’après-midi, j’ai expédié un email à Tiphaine pour son anniversaire. C’est assez compliqué car l’ordinateur est dans un bureau où travaillent les officiers du bateau. Il n’est pas possible en principe d’expédier de pièces jointes (photos, textes…). En réalité, la liaison internet par satellite n’est pas permanente. Quand nous écrivons l’email, nous ne savons pas à quel moment il est expédié. Il y a probablement 2 ou 3 connexions quotidiennes. Mais il n’est pas question d’accéder à Internet en direct.

Ce soir, avant de dormir, je suis allé faire mon petit tour solitaire sur le pont pour observer le ciel constellé d’étoiles. Je ne suis pas certain mais je crois avoir bien repéré la « Croix du Sud ».

Bonne nuit.


Samedi 12 mars 2005

La mer, bleu turquoise et la chaleur

Selon les calculs de notre « capitaine bis » JEAN, nous sommes environ à 300 ou 400 Kms de la côte brésilienne que nous allons longer ainsi jusqu’à VITORIA au nord de RIO DE JANEIRO. Depuis le début du voyage, JEAN calcule tout ce qui peut se calculer, la route, le temps nécessaire pour charger ou décharger les voitures. Ingénieur de profession, il a toujours travaillé pour les usines de voitures et était chargé de la rationalisation du travail. Passé les 80 ans, sa passion n’a pas faiblie. Chaque jour nous rapprochant de RIO, il rajeunit à vue d’œil. Il a vécu six ans au Brésil et il en est complètement amoureux.

Un jour comme un autre, comme hier, comme demain, la mer bleu turquoise, la chaleur (35°C), le vide, aucun bateau à l’horizon, les poissons volants nos seuls visiteurs, voilà notre monde…


Dimanche 13 mars 2005

A 300 km du Brésil

Première action du jour : retarder la montre d’une heure (- 3H avec la Bretagne). Nous adoptons l’heure brésilienne. Sur le bateau, nous ressentons la présence de ce grand pays assez proche depuis deux jours, mais nous ne le voyons pas. Nous sentons sa température chaude et humide. Nous écoutons à la radio les reporters sportifs commenter les matchs de foot avec une excitation incroyable. Mais, ce n’est pas pour aujourd’hui. L’accostage au premier port brésilien, à VITORIA, environ à 250/300 km au nord-est de RIO se fera dans l’après midi de demain. Je ne sais pas de combien de temps nous disposerons pour descendre à terre. Inch bouddha !

Cinq journées pleines de mer, sans voir ni terre ni même d’autres bateaux donne le temps de penser à tous les marins de tous les temps.

Vers 1400/1500, les découvreurs qui partaient plusieurs mois, sans carte bien précise, sur des bateaux fragiles devaient être de vrais fous ou de vrais esclaves.

Vers 1800/1900, j’imagine à peine les conditions de transport des émigrants fuyant la misère en Europe. Des milliers y ont laissé leurs vies.

Aujourd’hui, nos grands navigateurs à la voile (solitaires ou pas) ne manquent pas d’audace. Malgré la qualité des bateaux et les outils de communications, lorsque l’on se retrouve isolé à mi-route entre deux continents, on prend parfaitement la mesure de l’homme sur la planète. Aujourd’hui aussi ceux qui travaillent sur ces bateaux au long cours, comme celui-ci, ont une vie également difficile. L’absence de ses proches répétées année par année doit devenir très lourde. Je voyais les marins repeindre le pont du navire hier sous une chaleur lourde, sous un soleil de plomb, c’est un travail rude. Ce sont les mêmes qui travaillent jour et nuit aux escales pour charger ou décharger le bateau, pendant que les passagers sortent se dégourdir les jambes en visitant les ports successifs.

Pour fêter le dimanche, la journée début par un magnifique arc-en-ciel. Deux oiseaux de mer, superbes, très fins nous font pendant plus d’une heure une démonstration de pêche. Ils tournoient auprès du bateau et régulièrement ils plongent à la vitesse d’une pierre qui tombe du ciel et ressortent de l’eau après quelques secondes avec parfois un poisson serré dans le bec.

Sur l’horizon, sont apparus trois navires. Tous ces signes nous disent que la traversée de l’Atlantique touche à sa fin. Nous allons vers une chaude journée. Le pont est mouillé de la pluie nocturne. En matinée c’est délicieux de marcher pieds nus sur le pont encore gorgé d’eau. La température au lever du soleil après cette délicieuse pluie est de 25°C. c’est l’heure la plus confortable de la journée. Vers 11 h 00, l’eau s’est envolée et le pont métallique est brûlant. Il faut remettre des chaussures et déjà le thermomètre a repris son ascension (33°C).

J’aime beaucoup l’heure matinale où je monte sur le pont, c’est le meilleur endroit pour recevoir les nouvelles. Je m’isole à l’arrière du bateau et j’écoute RFI que je reçois toujours très bien. Ce matin, pendant que les oiseaux faisaient leur show, j’ai suivi un reportage concernant POL EMILE VICTOIRE – un petit paradis !

Jean, le second français à bord a quelques soucis. Une brûlure du soleil s’est infectée sur un doigt. Il avait déjà demandé hier de cisailler son alliance qui le faisait souffrir. Ce matin il a demandé le service des officiers pour protéger et nettoyer son doigt. Il est un peu inquiet et envisage de reprendre un avion de RIO pour rentrer se soigner à PARIS.

J’ai abandonné le « Dessous du Volcan ». Après la lecture de plus du tiers du livre, je n’arrivai pas à entrer dans l’histoire et je peinais avec le style d’écriture. Me voilà plongé dans un autre univers, celui des pauvres de Calcutta « La cité de la joie ». C’est paradoxal d’être dans cette ville très dense alors que j’ai devant les yeux l’immensité de la mer et des cieux.


Lundi 14 mars 2005

Vitoria - Brésil

Hier soir vers 20 h 00, nous mouillons devant le port tout illuminé de VITORIA au BRESIL.

Nous n’entrerons au port que ce lundi matin. Le bateau restera à quai jusqu’à mardi après-midi. Cela nous laissera le temps de sentir le BRESIL. A voir les réactions de tout l’équipage, du simple marin au capitaine, il doit y avoir ici quelque chose de magique. Je parlerai de cela dans un prochain courrier.


Mercredi 16 mars 2005

Rio de Janeiro - Brésil

Juste un signe de Rio. Le bateau doit quitter d ici quelques minutes.

Le bateau est entré dans la baie de Rio à l’aube. L’arrivée par la mer est réellement splendide.

Nous avons passe la journée a Rio. Copacabana n a plus de secret pour moi. C’est trop chaud, 39/40 °C mais c’est intéressant.

Avec Paolo nous avons visité la ville de 09 h 00 à 17 h 00. Journée très intéressante. L’image la plus forte, je l’ai retenue lors d’un transfert dans un bus d’ouvriers brésiliens à l’intérieur du port. Nous côtoyons ces hommes au travail. C’est l’image inversée du tourisme sur les plages brésiliennes.

Je n’ai pas pu encore lire mon courrier internet. Je crois qu il faudra être arrive à Buenos Aires dimanche ou lundi. Je n ai de nouvelle de personne depuis notre dernier contact téléphonique.

Soyez tranquilles, je vais très bien, je suis très heureux de découvrir tous ces mondes nouveaux


Vendredi 18 Mars 2005

Santos - Brésil

Si l’on veut mettre pied à terre à SANTOS, il faut se dépêcher pour sortir dès le petit déjeuner. L’escale est courte, les officiers nous demandent d’être retourné à bord à 09 h.00 pas question d’aller en centre ville, c’est loin et immense. Mais, tout de suite à quelques pas du quai se trouve une ville ouvrière au pied d’une « favelas ». A nouveau nous recevons des conseils de prudence. Le quartier serait dangereux. Mais là aussi il faut relativiser, tout dépend des heures de sorties, en soirée peut-être. Au contraire, vers 07 h  30, nous voyons les rideaux métalliques des boutiques s’ouvrir et la population qui se rend au travail ou qui fait ses courses. Curieusement, ici, on ne montre aucun papier à quiconque. La sortie du port vers la ville est totalement libre.

Les quelques rencontres dans un magasin ou dans un café sont très cordiales. Nous avons ri dans un café car la serveuse toute jeune, très naturellement sans complexe, nous exprime son étonnement d’avoir des clients aux yeux bleus. Le quartier très populaire ne doit pas recevoir souvent la visite des touristes. L’attitude de cette jeune fille est à souligner car elle marque bien la différence culturelle entre le BRESIL et l’AFRIQUE. Cela eut été inconcevable de voir une jeune femme à CASABLANCA, DAKAR ou CONAKRY, de nous dévisager et de nous montrer du doigt. Le tour en ville a été rapide, nous avons dépensé les restes d’argent brésilien dans une épicerie, avec des jus de fruits, des bananes et une bouteille de vin de table (qui s’est révélé presque imbuvable). Nous sommes arrivés avec une demi-heure de retard, mais avec l’expérience, nous savons que les officiers nous font rentrer à bord avec au moins deux heures d’avance.

Vers 11 h 00 nouvel appareillage. La sortie du port est bien longue, nous sommes vraiment en mer vers 12 h 30.

Très vite, nous reprenons le rythme de croisière, repas, lecture, sommeil, flânerie sur le pont. Pour la 1ère fois et la dernière sans doute au cours de ce voyage, nous faisons une petite soirée après le repas entre cinq passagers. Le sixième s’isole de plus en plus, on l’aperçoit seulement au repas du soir. Réunis autour du mauvais vin brésilien, le couple d’anglais, PAOLO et moi restons une bonne heure à bavarder. Paolo va chercher sa guitare et change quelques chansons en anglais qui séduisent Judith.

A bord, nous avons quelques passagers ou membres de l’équipage qui ont leurs sosies : Judith c’est la reine d’Angleterre, la même voix mais sans le sac à main. Le commandant je l’ai déjà dit c’est Mastroianni. Il y a un des jeunes officiers qui nous fait tous penser à Aldo Maccione, en particulier pour son allure chaloupée.

Publié dans tysaozon

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