du 20 au 23 février

Publié le par Pierre Cuzon


Dimanche 20 février 2005

C’est enfin le départ

Départ très serein de la maison tout est prêt, les esprits et le sac à dos. La première étape je la fais en voiture jusqu’à Rennes avec Tiphaine qui descend dans les Pyrénées. Nous rencontrons sur la route près de Guingamp une bizarrerie climatique. En effet, sur environ 10 km nous sommes brusquement plongés dans une tempête de neige. Les gros flocons ont déjà bien blanchi la route. Puis d’un seul coup, voilà à nouveau le soleil.

Un ami a fait le déplacement à Rennes pour agiter son mouchoir sur le quai de la gare. J’ai vraiment apprécié cette attention. Premier contretemps, le train ne part pas. Il stationne ½ heure en gare. J’apprends par un contrôleur qu’un homme, un ancien cheminot, déambule sur les rails. Il faut une demi-heure pour les services de secours pour récupérer  cet homme. Seul désagrément de cet incident, c’est une traversée en métro à la course pour reprendre à St Lazare le train du Havre. En fin d’après-midi, je pose le sac dans un petit hôtel face à la gare du Havre, un peu fatigué, car j’étais debout pendant tout le trajet, malgré la réservation. Le train était bondé et personne ne respectait vraiment les réservations. Il y a eu quelques « mots aigres-doux » entre passagers.

Le gérant de l’hôtel au Havre a l’habitude d’héberger les voyageurs en cargos. Il me raconte quelques histoires de voyageurs (une correctrice qui travaille à bord sur son ordinateur, deux jeunes architectes français qui partent tenter leur chance en Australie.)


Lundi 21 Février 2005

Embarquement au Havre

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Vers 10 h 00, j’appelle un taxi pour rejoindre le bateau. A pied ce n’est pas concevable, il y a près de 10 kms. Je découvre le port du Havre, immense. Nous arrivons sur le quai prévu : pas de bateau. Appelé par téléphone, le correspondant de la Cie  Maritime confirme le retard. Le bateau n’arrivera que vers 16 h 00 l’après midi. Retour obligatoire en ville, il fait froid, il n’y a aucun abri sur le port. Le retour en ville me permet d’acheter un couvre-chef pour la traversée en mer. Seconde tentative réussie vers 16 h 00 (à nouveau en taxi) Le « Repubblica di Argentina » est là. Je ne suis pas mécontent de découvrir la cabine, de vider mon sac et de me mettre à l’aise.

La cabine est très confortable (15 m2), chaude, et bien équipée : un bon lit, un coin WC - douche, des placards, une table et chaise et un hublot fixe. Je prends possession de mon espace pour 4 semaines environ.

La relation avec l’équipage (28 marins) est plutôt distante. Manifestement, les passagers ne les concernent pas. Sauf le maître d’hôtel qui est avenant. Il fait semblant de comprendre quelques mots de français mais les échanges se font en anglais.

J’apprends rapidement les heures de repas qu’il faut respecter : 08 h 00, 12 h 00, 18 h 00. Il n’y a aucun endroit pour prendre un café ou autre chose en dehors des heures de repas. Pas de fantaisie, ce n’est pas la croisière s’amuse. Tant mieux, j’y trouve ce que j’attendais. Un espace vierge où je dois organiser le temps.

Je ne suis pas le seul passager. Nous sommes cinq, un sixième doit embarquer à BILBAO. Un couple d’anglais s’offre un « tour » : ils font l’aller/retour sur le même bateau. Ils sont partis la semaine dernière d’Angleterre et on déjà fait escale en Allemagne et en Hollande. Le 3ème passager est anglais également. Il est sur un parcours assez compliqué qui durera 7 mois environ, avec des détours aux Etats-Unis, Tahiti, Australie et retour par l’Asie. Le dernier passager est français : c’est un parisien de 80 ans, veuf depuis une année, il fait régulièrement un voyage en cargo. Il fait le retour en avion car il est toujours dans les « affaires ».

Nous nous rencontrons à la salle à manger seulement. Cela sera peut-être un peu différent plus tard mais il fait vraiment froid, les séjours sur le pont ne durent pas longtemps.

Pour terminer la description de l’environnement, je dois parler de la mission du cargo : il transporte uniquement des véhicules, des milliers de véhicules. Sur le pont à l’extérieur sont déjà embarqués des centaines de voitures d’occasion, quelques-unes en piteux état, venant d’Angleterre ou d’Allemagne à destination de l’Afrique. A l’intérieur, dans les cales sont garées des milliers de voitures neuves. Depuis hier après-midi, puis durant toute la nuit, se déroule un ballet incessant de voitures, sur les quais immenses sont parquées des voitures neuves destinées à l’exportation. Plusieurs équipes de dockers font des va-et-vient permanents. Avec une voiture « navette » pour relier le bateau aux parkings, ils sont 4 ou 5 chauffeurs à rentrer une à une les milliers de voitures dans les cales du navire.


Mardi 22 Février 2005

Attente sur les quais du Havre

Voilà 24 h 00 que j’ai embarqué. Le départ du Havre apparaît comme un secret d’état. Cet après-midi, le bateau tiré par deux remorqueurs s’est déplacé de quelques centaines de mètres, il a changé de quai. Aucune information ne transpire. Pourquoi ce mouvement ?  Les anglophones essayent de décoder les morceaux de conversations échangées près de nous au « carré » (restaurant) entre le capitaine italien et un grand jeune homme hollandais responsable semble-t-il de l’embarquement des véhicules. Avec ces bribes d’informations volées, il semble que le départ ne se fasse que demain soir. Le bateau a trois jours de retard depuis le mois de décembre et il n’arrive pas à les rattraper. Le changement de quai est la conséquence de ce retard. Le quai où nous étions ce matin a dû être libéré pour laisser un autre bateau programmé à cet endroit. Nous lui avons fait de la place, ce qui augmente encore notre retard.

C’est une magnifique leçon de patience. Je suis venu sur ce cargo pour tordre le cou au défilement du temps. Dès le premier jour, la leçon est apprise. Non seulement il faut laisser faire, « laisser pisser » sans avoir de réelles informations.

Cela m’a permis de m’installer dans ma cabine. Dehors il fait froid, presque 0°C. il n’y a pour se réfugier que les 15 m2 de la cabine. J’ai entrepris une longue lecture. Entre les heures de repas, tout le temps est consacré aux livres. A part quelques instants pour ce cahier de notes, quelques sorties, bien emmitouflé pour sortir fumer une pipe sur le pont, je prends, pose et reprend le livre en cours.

Côté alimentaire, nous sommes en Italie. Nous avons des pâtes à tous les repas sous une forme ou sous une autre. J’arrive à me débrouiller. Le maître d’hôtel n’insiste plus quand je dis merci avant d’être servi. Par rapport au peu d’effort que nous faisons dans la journée, les repas sont largement suffisants. Le pain, le vin et le café sont excellents. Je survivrai sans problème.


Mercredi 23 Février 2005

Trois heures pour sortir du port

Ce matin, nous sommes toujours dans le port du Havre mais le paysage a bien changé. Tout est recouvert de neige et cette zone industrielle portuaire toute neuve est embellie par ce un joli ravalement  blanc. Cela n’arrête pas l’activité. Les navettes incessantes de tracteurs portant des conteneurs (les boîtes comme l’on dit ici)

Au petit déjeuner par une confidence d’un marin italien, nous apprenons que le bateau devrait quitter le Havre en début d’après-midi. Cela mettra fin à ce voyage immobile très particulier.

Je commence à connaître mes compagnons de voyage : Jean, le français de 80 ans est plutôt gentil, mais nous vivons très différemment le voyage. Il s’énerve un peu car il a réservé un hôtel à Rio de Janeiro et le retard l’agace. Ce qui me ravi avec lui c’est de trouver quelqu’un qui parle l’anglais plus mal que moi. Je lui sers d’interprète pour converser avec les autres passagers anglophones. Le couple d’anglais est très cool. Très souriants, ils sont contents de tout. Enfin, Gregg, le solitaire est celui avec qui je parle un peu plus. Pour lui le cargo est un refuge. Quand il travaille, c’est travail permanent qui ne lui laisse aucun temps personnel. Il faut de temps en temps quelques mois pour reprendre son souffle.

Le portrait du commandant est intéressant. C’est un petit homme de cinquante ans environ qui ressemble étrangement à Mastroianni. Il joue vraiment son rôle à merveille. Il est distant, il esquisse à peine un bonjour. A table, il mange souvent tout seul avec un menu différent (huîtres et vin blanc, quand les autres ont des pâtes). Au milieu du repas entre deux plats, il allume sa cigarette faisant signe au maître d’hôtel de lui apporter un cendrier. C’est très drôle car on se croit dans une bande dessinée de « Tintin et Milou ».

Vers 18 h 00 à l’heure du dîner, ce bateau endormi commence à se réveiller. C’est la fin de ce curieux voyage immobile. Ce grand bateau se déplace comme un éléphant, il lui faut près de trois heures pour sortir du port. Après une traversée lente du port, un passage dans une écluse (la plus grande d’Europe, selon le chauffeur de taxi ), nous sortons du port et vers 21 h 00 nous voyons s’éloigner le phare qui se situe à l’extrême ouest de la ville.

Publié dans tysaozon

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