du 06 au 10 mars

Publié le par Pierre Cuzon


Dimanche 06 mars

Dakar

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L’approche de Dakar tout au long de la journée est très agréable. Nous avons le loisir d’observer les pêcheurs en pleine activité. Ils sont téméraires. A deux ou trois par embarcation, ils pêchent à 20 ou 30 km de la côte sur de minuscules bateaux de 7 à 8 mètres de long et 1 à 2 mètres de large. Il n’y a pas de voile, seul un moteur de type « hors bord » permet le déplacement du bateau. En cas de mer houleuse, leur bateau est vraiment comme un bouchon sur l’eau. Pour les officiers du cargo, c’est un peu l’angoisse, car ces nombreux bateaux de pêches sont si petits qu’ils n’apparaissent pas sur les radars et ne sont visibles qu’à l’œil. Ils pêchent sur la route du bateau. Quand l’officier de quart, aperçoit un de ces bateaux comme trop proche de la route du cargo, il donne un grand coup de sirène pour les inviter à changer de place.

Avant d’entrer dans le port de Dakar, le bateau longe d’assez près, l’île de Tomé. Aujourd’hui, cette île est un lieu touristique. Pendant de longues années, ce fut une prison pour les esclaves avant leur embarquement pour les Amériques.

Nous accostons vers les 17 h 00 dans le port. La sortie en ville est assez courte. Il fait nuit très tôt et cette escale ne nous a pas vraiment permis de voir la ville. Nous avons seulement déambulé dans une ou deux avenues du centre ville, fait quelques courses dans un supermarché. Je n’avais, jamais mis le pied à terre en Afrique noire, mais ce fut trop bref pour avoir même une impression sur la ville.


Lundi 07 mars

En mer… - Escale à Banjul en Gambie

Rien à signaler, entre Dakar et Banjul.

A Banjul, l’escale est très courte. Le bateau entre au port de nuit, vers 20 h 00. L’accostage est assez difficile car le vent est assez puissant. Les véhicules d’occasions sont débarqués en deux ou trois heures et le bateau repart aussitôt avant le lever du soleil.

A signaler, la pauvreté de ce petit port :absence de matériel, pas de grues de levage suffisante. Les voitures débarquées ne démarrent pas toujours et une équipe de « docker » doivent les pousser à la main, pour que le débarquement puisse continuer. Les véhicules sont débarqués par les grues du cargo.

Au pied du cargo, nous retrouvons les pêcheurs qui passent la nuit sur leurs frêles embarcations. Ils étendent une bâche, pour protéger leur paillasse et dorment sur le pont de leur bateau. Avant de dormir, ils allument un brasero sur le plancher pour se réchauffer.


Mardi 08 mars 2005

Conakry - Guinée

Vers 11 h 00, nous nous préparons, Paolo et moi pour visiter la ville de CONAKRY. Mais, cela ne se fait pas simplement. Les Français ont bien appris aux Africains l’organisation administrative. Et aujourd’hui, 45 ans après le départ des Français de Guinée, l’administration locale est très puissante. Avant de sortir du bateau, nous devons récupérer nos passeports qui sont conservés pendant le voyage dans le bureau du commandant. Nous rencontrons les officiels guinéens, policiers, douaniers sur le bateau et demandons si nous pouvons visiter la ville. Un d’entre eux s’occupe de notre problème. Il téléphone sans succès à son administration pour connaître le prix du visa indispensable. Il nous donne rendez-vous à la porte de sortie du navire. Nous embarquons avec lui et « John », un jeune guinéen. « Pilot » ou « Guide », conseillé et choisi le fonctionnaire. Ils doivent se partager la « recette ».

A la porte de sortie du port, nous confions notre passeport en disant que nous ne sortirons pas si le visa est trop cher. Il nous demande sans détour : « Combien vous pouvez payer ? » Nous ne répondons pas et attendons son prix. Voilà le visa est apposé sur nos passeports pour 10 € chacun. Il nous assure qu’après, il n’y a plus rien à payer, ni pour entrer, ni pour sortir du port. La ville est toute proche et nous y allons à pieds, toujours en compagnie de notre « Pilot ». A partir de là, il n’y a plus de problème avec les gens. Bien sûr, ils nous proposent de changer de l’argent dans la rue mais sans insistance.

Les rues sont bondées de gens vaquant à leurs occupations. La plupart des femmes sont vêtues de robes traditionnelles très colorées, elles sont plutôt élégantes. Il y a beaucoup de circulation de voitures, les klaxons fonctionnent très bien. Il faut être très attentif car il n’y a ni feux de circulation, ni passages cloutés, mais les voitures ne roulent pas trop vite. A vrai dire, elles ne peuvent pas rouler bien vite car les piétons sont partout et traversent sans s’occuper de trop des véhicules. C’est dans une avenue importante que nous commençons notre visite, nous passons près de l’ambassade de France et d’un ou deux ministères. Mais à cet endroit devant les immeubles, sont installés d’innombrables échoppes en toile et en tôle. Ce sont celles de petites épiceries, du coiffeur ou d’un café directement installés sur le trottoir. Quand je dis trottoir, j’exagère car il est impossible de distinguer le trottoir de la rue tellement l’un et l’autre sont abîmés.

Nous allons changer un peu d’argent sur les « conseils » de notre PILOT, dans un bureau à l’étage d’une maison sans aucune indication. Ce n’est pas une banque, c’est probablement les membres du même « réseau » (fonctionnaire, guide, petits trafiquants d’argent). Ce n’est pas si grave. Nous n’échangerons que des petites sommes, assez pour se payer le taxi et un coca-cola.

Notre guide nous conduit dans un endroit étrange, comme dans un chantier. En réalité, il s’agit d’un atelier artisanal de sculpture sur bois. Les ouvriers, vingt environ, travaillent assis sur le sol. Nous rencontrons le maître des lieux, c’est un homme âge peut-être de 70 ans, fin, intelligent avec des yeux rieurs. Il est heureux de nous parler de ses voyages pour des expositions d’art africain dans de nombreux pays d’Europe. Il nous fait voir son album de photos où, il se trouve en compagnie de Jacques Chirac alors maire de Paris. Il nous dit avoir mangé avec lui. On le voit également sur une autre photo auprès de la sœur de John Kennedy, alors ambassadrice quelque part en Afrique.

Nous avions une question sans réponse sur l’origine du mot « GUINEE ». Paolo s’interrogeait sur ce mot car plusieurs pays se nomment ainsi (Guinée Française, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Nouvelle-Guinée, etc…). J’ai posé la question à notre sculpteur. Il nous a donné sa réponse. Quand Christophe Colomb a débarqué pour la première fois sur une plage africaine, il a rencontré un homme qui bien sûr ne parlait pas la même langue. Celui-ci a répété plusieurs fois le mot « Guinée » en présentant sa femme au marin. Voilà la version de notre sculpteur de Conakry : « Guinée » serait le même mot que « Femme » dans la langue locale. Pourquoi pas ? Cela reste à vérifier. Même si ce n’est pas vrai, c’est une jolie explication.

Reprenons notre promenade à Conakry. Il est midi. Il fait vraiment chaud, plus de 40°C. dur, dur pour un breton. Nous nous posons quelques minutes dans un bar dans la rue pour prendre un coca frais. Nous continuons à déambuler dans les rues, en essayant d’enregistrer toutes les images nouvelles pour nous : les mendiants souvent handicapés, tendant la main sans conviction, mais aussi en même temps des messieurs très bien habillés conduisant des 4/4 japonais hors de prix. L’image la plus touchante dont je garderai le souvenir, c’est celle d’une petite fille de 7 à 8 ans qui portait péniblement sur le dos son petit frère de 2 ans peut-être.

Vers 13 h 00, nous étions dans le quartier des résidences, ambassades et ministères. Un moment, notre guide nous montre du doigt une belle voiture, le chauffeur et surtout le Premier ministre qui sortait de sa résidence et montait dans sa voiture. Nous n’avions pas l’impression qu’il y avait plus de policiers dans cette rue car de toute manière, il y a des uniformes de toutes sortes dans la ville entière.

C’est après cela, nous longions le mur pour aller vers le port de pêche que j’ai senti qu’il serait prudent de retourner vers le bateau, car je craignais d’avoir un malaise en raison de la chaleur et du soleil écrasant à cette heure. J’aurais probablement pu continuer la balade mais j’imaginais les embrouilles dans cette ville si j’avais une insolation ou évanouissement. Paolo a appelé un taxi pour me rapprocher de l’entrée du port. Il envisageait de continuer sa visite de la ville. Il adore la chaleur et n’était pas du tout dérangé.

Mais le jeu s’est alors compliqué, à l’entrée du port, notre « Pilot » s’est engueulé avec des femmes policières qui voulaient me faire payer à nouveau pour sortir de la ville. La tension est montée très vite. Et manifestement, je n’étais pas prêt de passer par cette porte. Paolo qui avait attendu pour voir si tout se passait bien est arrivé quand il a réalisé qu’il y avait un problème. Notre «Pilot » nous explique que nous allons entrer par une autre porte, mais pour cela, il faut reprendre le taxi, faire deux à trois kilomètres, changer après de taxi pour emprunter dans un taxi « autorisé » à rentrer dans le port. C’est fait, nous voilà à nouveau devant une porte et des policiers. Petit coup de nerf entre le chauffeur de taxi et notre pilote. Les policiers prennent nos passeports et les examinent très longuement. Finalement ils nous rendent les passeports. Nous voilà en zone internationale. Il fait toujours 40°C ou plus. J’ai un peu hâte de trouver un endroit plus frais. Mais ce n’est pas fini. A quelques dizaines de mètres de l’entrée de notre bateau, voici un nouveau contrôle policier. Et là c’est non, on ne passe pas. Le Pilot nous demande notre argent guinéen et le donne au policier qui lève la barrière. Sans commentaire.

PS. Sur les échoppes de téléphone mobile on peut lire : « achat – réparation- décodage ».


Mercredi 9 et jeudi 10 Mars 2005

Passage de l'Equateur

Voilà, nous commençons la traversée de l’ATLANTIQUE. Notre route est à 222°, sud-ouest. Dans 5 à 6 jours, nous serons à VITORIA au BRESIL.

Après une grosse pluie équatoriale dans la matinée du mercredi, le soleil a réapparu. La mer est très calme. Le vent est insistant. La température est redevenue agréable (entre 27 et 30°C) je découvre le plaisir de deux douches journalières (incroyable).

Après avoir suivi le chemin d’Elie le prophète en Phénicie (la cinquième montagne de Paolo Coelho), je retrouve le Nord-est brésilien « La guerre de la fin du monde » de MARIO LHOSA nous entraîne dans une guerre sans merci entre les pauvres paysans, guidés par un mystique qui s’oppose à la nouvelle république brésilienne. Quand je terminerai ce livre, nous arriverons tout près de cette région.

Nous passerons probablement demain matin la ligne mythique de l’équateur. Peut-être aurons-nous la visite du Dieu des Mers, Neptune avec son trident ?

« Le passage de la ligne »

Hier soir avec Paolo nous avons préparé sur son ordinateur, un certificat de passage de la ligne. Nous avons fait cela avec soin en trois langues, italien, anglais, français. Une fois terminée notre maquette, nous avons demandé au Commandant s’il acceptait de signer le certificat pour les passagers. Une longue conversation entre Paolo et le Commandant s’est prolongée sur ce sujet. Ils rigolaient comme des enfants, mais bien sûr, je n’y comprenais rien. Même en regardant les bras s’agiter, cela ne traduit pas la langue italienne. Le résultat c’est que le commandant ne pouvait pas signer et mettre un cachet officiel sur notre document. Mais, cela faisait longtemps que les passagers n’avaient pas demandé de respecter cette tradition maritime. Paolo m’a expliqué que le commandant, amusé par notre démarche, lui a fait comprendre qu’il allait chercher dans les archives ce qui doit être fait lors du au passage de l’équateur.

Aujourd’hui, à midi pile, un coup de sirène retentit et en s’asseyant dans la salle à manger pour le repas, le commandant me demande si j’avais bien vu le fil rouge sur la mer qui signalait l’équateur. Pendant le repas, nous observions les officiers plus rieurs que d’habitude.

En début d’après-midi, tout le monde s’est retrouvé sur le pont sous un soleil de plomb. Les marins avaient branché les pompes à incendie. Une grande et joyeuse séance d’arrosage à l’eau de mer a mêlé les marins, officiers et passagers. Cela a duré une bonne demi-heure. L’eau était chaude (30°) et c’était vraiment agréable de voir tout le monde comme des gamins jouant avec l’eau. Personne n’a été épargné, ni Judith la doyenne de 75 ans, ni le commandant. Peu importe le certificat de passage de la ligne ou pas, mais l’événement a été bien fêté.

Naturellement en fin d’après-midi, la discussion au sujet du changement d’orientation de l’eau qui se vide dans un évier ou un lavabo s’est installée. Dans l’hémisphère nord, si l’on fait couler de l’eau dans un lavabo, un petit tourbillon se forme et il tourne dans le sens de l’aiguille d’une montre. Dans l’hémisphère sud, le tourbillon se forme dans le sens contraire. Nous avons sur-le-champ constaté le phénomène. Paolo, Jean et moi étions d’accord pour constater cette inversion. Jean s’est tout de suite exclamé « l’eau tourne dans l’autre sens ».J’ai tenté de lui expliquer que non. Que l’on soit au nord ou au sud de la terre, le tourbillon est impulsé par la force de gravitation qui ne peut qu’être identique dans les deux cas. Après hésitation, tous les trois nous en convenons. Mais alors, comment expliquer le changement de sens du tourbillon dans le lavabo. Je propose à mes compères une expérience. Dans un verre transparent rempli à moitié d’eau, on dépose sur l’eau un objet léger flottant (un bout de papier, de poussière…) on fait tourner l’eau avec l’objet que l’on veut (un doigt, un stylo, un bout de bois…). L’objet flottant tourne dans le verre emporté par le courant de l’eau. Si vous regardez en ayant les yeux au-dessus du verre, vous voyez le sens de rotation. Si vous levez le verre et regardez le phénomène par le dessous, l’eau tourne toujours dans le même sens et pourtant votre objet flottant vous paraît avoir lui changé de sens. Il s’agit seulement d’une question de point de vue. Jean nous regarde, Paolo et moi, et malgré l’expérience, il reste perplexe et pense tout de même qu’en dessous de l’équateur, il y a une inversion.

Publié dans tysaozon

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