du 01 au 02 mai

Publié le par Cuzon Pierre


Dimanche 01 mai 2005

Embarquement à Valparaiso (2)

Réveil matinal à « La Bicyclette », je dois faire mon sac. C’est aujourd’hui l’embarquement. A vrai dire, je n’ai aucune raison de me presser. J’ai un rendez-vous à 12 h 00 avec l’agent maritime, je le connais déjà, je connais son bureau qui est à un quart d’heure de marche de l’auberge. Mais bon ! je tiens à ne pas rater le bateau que j’attends depuis quelques jours. Mon pote toulousain qui loge un peu plus haut dans la colline vient à 09 h 00 pour prendre le déjeuner dans le petit jardin afin de me dire au revoir. Nous ne sommes pas longtemps seuls au déjeuner. Deux anglaises, puis deux allemands partagent le « breakfast ». Chacun raconte un peu sa route, son voyage. Quand il s’agit d’arrivants à Valparaiso, on transmet les tuyaux pour faire, selon le temps disponible, la découverte de la ville. Ces échanges du matin sont très agréables généralement. Il y a une petite gymnastique linguistique entre l’espagnol, l’anglais, parfois l’allemand et le français. Généralement dès qu’il y a plus de trois personnes, c’est l’anglais qui s’impose.

Je descends en ville écrire un mail pour confirmer mon départ, et me voilà en partance vers le cargo allemand. Je dois dire avec plaisir que je rencontre pratiquement toujours de gens qui veulent vous aider malgré les différences de langues. C’est vrai du bureau de la Compagnie maritime, de son correspondant qui me conduit en voiture à la coupée du bateau, des policiers qui contrôlent l’entrée du port.

Je grimpe la coupée. Immédiatement, un marin philippin m’accueille et va me présenter au commandant en second. Mon arrivée avait été annoncée au commandant par l’agent de la Compagnie. Je suis conduit à ma cabine, au quatrième étage au-dessus du pont principal. La cabine est parfaite, très claire, il y a deux hublots dont un ouvrant. C’est agréable car par temps très calme, une aération directe c’est appréciable.  C’est un bateau allemand, la literie c’est une bonne couette, plus confortable que le drap et la couverture. Il y a plein de rangements, armoires, penderies, tiroirs, mais aussi de l’électronique, radio, lecteur CD ? TV, magnétoscope, réfrigérateur. Je dispose d’un bon bureau et d’un fauteuil de bureau très confortable pour écrire. Bien sûr, la salle de bains et une douche particulière à la cabine sont à ma disposition. Le top c’est un canapé et une table de salon…

Voilà de quoi passer un mois comme un coq en pâte…

Je rencontre rapidement le commandant, un grand bonhomme, chauve, barbu, la caricature d’un capitaine de bateau allemand ou scandinave. Il est très jovial, m’accueille chaleureusement et tout de suite me dit que je suis chez moi pour un mois sur ce bateau, que je peux accéder à tous les endroits que je veux y compris à la passerelle de navigation. C’est une heureuse surprise, car sur le bateau italien les passagers avaient des zones infranchissables. L’ambiance, en tout cas dès l’accueil est ici tout à fait satisfaisant.

L’équipage est de 22 personnes : officiers et marins. Ils représentent 5 nationalités : le commandant est allemand. Il y a deux allemands, un lithuanien, deux polonais, un ukrainien et 16 birmans plus un passager français. En effet, je suis le seul passager. Le voyage sera différent car il n’y aura pas la vie à part d’un petit groupe de passagers dont un parlait le français.

Ce sera nouveau pour moi de ne parler que l’anglais pendant un mois. Je ne sais pas bien sûr quelles seront mes relations avec l’équipage. Ils n’ont guère beaucoup de temps, ils travaillent et apprécient sans doute d’être tranquilles quand ils terminent leur service. On verra…

J’aurais sans doute plus de temps de lecture qu’à l’aller. J’ai appris qu’il y aura moins d’escales également : le bateau s’arrêtera au PEROU à Callao, en EQUATEUR à Manta, passera PANAMA sans escale. Ensuite se sera la traversée directe vers l’Espagne à Vigo puis Bilbao.

Le bateau transporte des containers dont je ne connais pas le contenu. Il peut en contenir 1.850 ce qui est énorme, un container c’est la taille des caisses qui sont transportées sur les gros camions (environ 12 m de long).

Un aller-retour Hambourg/Valparaiso, c’est la ligne régulière de ce bateau, dure environ deux mois et demi. Chaque marin fait deux voyages (5 mois) avant d’avoir des vacances pour rentrer chez lui. Ils ne comprennent pas immédiatement le choix des passagers de passer librement un mois en mer. J’en ai parlé aux officiers ce matin au petit déjeuner. Après une explication sur mon choix du bateau pour y trouver le temps pour lire, rêver, casser la spirale de la vitesse de la vie actuelle, il me semble qu’ils ont compris cette démarche à priori étrange à leurs yeux.

La Compagnie allemande à laquelle appartient ce cargo « ANGOL » fait partie de la Compagnie RICKMERS de HAMBOURG. Cette compagnie dessert les ports du monde entier.

Si vous ne savez pas où je suis pendant un mois, vous pouvez imaginer le décor dans lequel je passerai tout ce mois de mai.

Ce voyage sera très différent du premier. Le fait d être seul passager change la relation avec l’équipage. La langue anglaise unique pendant un mois sera une nouveauté également. L’ambiance beaucoup plus cool que sur le bateau italien modifiera aussi la vie a bord. Je pars avec grand plaisir, sachant que dès le départ, je vais replonger dans la lecture pendant de longues heures.

Restent les conditions « météo ». Je n’ai toujours vu que des mers calmes. Même si je dois en payer le prix, cela ne me déplairait pas de voir un peu la mer s’agiter. Voila une phrase que je regretterai peut-être...

Bon mois de mai a tous.


Dimanche 1er Mai 2005

Le retour en Europe

Depuis hier, je me suis installé dans la cabine n°408, pour un mois de mer. Ce matin, je suis redescendu à terre pour y faire un dernier tour en ville. Le départ n’est prévu qu’en soirée, cela me donne largement le temps d’aller poster une lettre qui sera publiée sur le blog donnant les dernières informations sur mon installation à bord.

Je suis passé à l’auberge « La Bicyclette » saluer Gilles qui a fait une drôle de tête quand il m’a aperçu montant dans le jardin. Il me croyait parti depuis hier samedi et il a immédiatement pensé que j’avais un problème. Je l’ai rassuré par un large sourire. Nous avons partagé un café tandis que je lui racontais l’accueil et mon installation sur le cargo. Je ne suis par resté longtemps en ville de Valparaiso qui était vide, c’était un dimanche matin et le férié du 1er mai par-dessus le marché. Dès le début de l’après-midi, je regagne ma « niche » au 4ème étage ( sans ascenseur ) de l’ »Angol ».

Quelques précisions sur le bateau, son équipage, sa fonction.

Un seul des marins, un Birman parle un peu le français, il a vécu en France pendant huit ans.

Le bateau peut contenir 1.850 containers. Pour donner une idée de ce que cela représente, j’ai fait le calcul suivant : Imaginons que l’on forme un convoi de camions qui transporte toute la cargaison, cela ferai un convoi de 36 kilomètres de long.

·         1 « contenair » = 12 mètres

·         1 cabine de camion = 3 mètres

·         Espace entre les camions sur la route = 5 mètres

·         Total = 20 mètres x 1.850 = 37 kilomètres.

Le temps nécessaire pour vider ( ou remplir ) le cargo avec une seule grue :

1.850 x 2 minutes = 3.750 minutes ou 61 heures.

En réalité, deux minutes ; c’est plutôt rapide. Mais, il y a souvent dans les ports deux énormes grues en action. Pendant, tout le temps de l’escale, c’est un défilé continu de camions qui apportent ou évacuent les containers.

Sur ce voyage Valparaiso / Hambourg, une grosse partie de la cargaison est du cuivre chilien. Cela se présente en lingots de cuivre, comme les lingots d’or, chargés par palettes déposées au fond de la cale. J’ai du mal à imaginer le poids de ce cuivre, mais cela fait en tout cas un bon lestage du bateau. Nous transportons également des fruits dans des containers réfrigérés. Chaque container dispose de son propre système de refroidissement maintenant la température à –20°c, même à l’équateur lorsque la température extérieure avoisine les 35°c.


Lundi 02 mai 2005

Sur le pacifique

Le bateau a quitté le port de Valparaiso vers minuit. Par le hublot, j’ai regardé la ville, puis la baie s’éloigner avec un peu de nostalgie. Vu de la mer, de nuit, Valparaiso est comme un grand arbre de Noël. Toutes les collines qui entourent la baie sont « enguirlandées ». C’est superbe.

Maintenant commence le rythme de la vie maritime. Nous avons cinq à six jours de mer avant la première escale à Callao au Pérou.

Ce lundi matin, la mer est belle, mais le ciel est bien gris. Je suis un peu étonné de l’ampleur du roulis par cette mer calme. Un officier que j’interroge à ce sujet m’explique que cela est fréquent dans le Pacifique. Par temps calme, lorsque l’on fait route vers le nord en longeant la côte, le bateau prend par le côté les très longues vagues de fond, la houle venue du cœur de l’océan. Cette ondulation de la mer à peine visible génère ce roulis presque permanent.

Ce roulis n’est pas très gênant, on s’y habitue assez vite, je le perçois comme un agréable bercement. Il faut cependant bien fermer les portes, les placards. Quand tout est bien calé, la vie continue…

Maintenant que l’on s’éloigne de la côte, il n’y a plus de nouvelles, ni télévision, ni radio. La vie du passager, c’est le sommeil, la lecture, les repas, le lavage du linge et la rêverie….

Seuls les horaires des repas sont précis : 07 h 30 / 11 h 30 / 18 h 00.

Les heures de lecture et de sommeil s’entrecoupent et se confondent un peu…

Je commence à découvrir le bateau, le « Bridge » ( la passerelle ). Cela me permets de situer notre position sur les cartes et de parler avec l’officier de « quart ». Chaque officier prend son quart trois fois par jour ( 3 x 4 heures = 12 heures par jour). En haute mer, dans une zone avec très peu de trafic, sans bateau autour de soi, c’est un travail de surveillance à vue et avec le radar. C’est aussi la maintenance des divers documents de navigation : enregistrement de la position du bateau sur la carte et sur un registre, à intervalles très réguliers, soit  à chaque heure ou toutes les deux heures selon les lieux de navigation. Ces documents seront la mémoire de trajet en cas de besoin, de contrôles par diverses autorités.

Les heures de repas sont les moments de rencontres avec l’ensemble des officiers, bien que sur ce bateau le repas ne soit pas cérémonial comme sur le bateau italien. La durée du repas est courte, pas plus de trente minutes. C’est très fonctionnel et sobre ( jamais d’alcool – Thé, café, jus de fruits et eau sont les seules boissons disponibles ). Les officiers ne portent pas l’uniforme en mer ( chemise blanche, pantalons bleu marine, galons et casquette). Cette tenue officielle n’est portée que pendant les escales, dans les ports. En mer chacun s’habille à sa guise, en T-shirt, en short et en sandales.

La restauration est assurée par un cuisinier et un maître d’hôtel. Le repas est pris dans deux salles à manger, celle des officiers et celle du reste de l’équipage. Le maître d’hôtel, birman est très agréable et très discret.

En dehors des heures de repas, du café ou du thé sont à la disposition de tous 24 heures sur 24. C’est un petit confort très agréable.

Publié dans tysaozon

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