du 10 au 17 mai

Publié le par Cuzon Pierre


Mardi 10 mai 2005

Une nuit devant Panama City

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Une journée de mer ordinaire, sans escale. C’est une zone bien chaude où l’on ne pense qu’à se protéger du soleil. C’est encore la cabine, l’endroit le plus frais, malgré ses 28°C. J’ai fait une réserve d’eau dans le réfrigérateur, c’est le luxe par les temps qui courent.

Depuis hier, j’ai commencé à me baigner dans la piscine d’eau de mer du bateau. Une piscine d’environ 4 mètres sur 3 est à la disposition de tous les marins. Une bonne demi-heure dans la piscine, c’est très confortable.

J’ai reçu un email qui me confirme que le contact avec les miens sera possible pendant les deux ou trois semaines de mer en cas d‘urgence. C’est très rassurant

Vers 17/18 heures, nous arrivons dans la zone du canal de Panama. C’est assez étonnant, même de loin. Alors qu’en général en haute mer, on ne croise que très peu de navires. Ici, c’est un carrefour, un lieu de ralliement. Le bateau a jeté l’ancre vers 19 heures, de nuit, dans la baie devant les gratte-ciel de la ville. Nous nous engagerons dans le canal qu’aux premières heures du matin. C’est une organisation complexe cette traversée du canal. Chaque bateau, avant de s‘engager reçoit la visite de trois ou quatre contrôleurs qui inspectent le fonctionnement des systèmes de navigation et de sécurité. Ce n’est qu’après l’accord de ces inspecteurs que le pilote monte à bord, lorsque arrive notre tour pour commencer la traversée. Et cela se bouscule au portillon. C’est un endroit stratégique mondial et principalement américain. J’imagine que tout ce qui concerne la sécurité sous ses divers aspects doit être minutieusement épluché.

Un officier m’a expliqué la traversée à l’aide d’une carte marine. Si l’on rentre côté pacifique, on passe sous un pont qui relie les deux parties de Panama. Les premières écluses « Miraflores » sont très proches. Après une petite navigation dans la partie la plus resserrée du canal, une seconde série d’écluses se présente. Ensuite, nous arrivons sur le lac artificiel « Gatun ». Nous sommes en eau douce. Après quelques heures de navigation, nous sommes devant les dernières écluses, qui nous redescendent au niveau de la mer ( écart de niveau 26 mètres ). Toute l’opération dure environ douze heures.

J’ai hâte de suivre ce périple dès demain.

Dans la journée, une quinzaine de dauphins nous a offert un superbe spectacle autour du bateau. En soirée, c’est un vol groupé d’une bonne cinquantaine de pélicans qui a clos le spectacle animalier.


Mercredi 11 mai 2005

Le passage de « Panama canal »

Longue journée, je ne voulais rien manquer du passage de Panama. Je dormais d’un œil pendant la nuit, pour ne pas me réveiller au milieu du canal au petit matin. Vers 05 h 00, j’ai entendu quelques bruits, perçu un mouvement du bateau, je me suis levé immédiatement. Il faisait encore nuit. Je n’ai pas pu faire de photos de l’entrée du canal, ni du passage sous le « Pont des Amériques », ce pont qui relie l’Amérique du Nord et du Sud. Dès 06 h 00, le jour était levé. Armé de mon appareil photographique, j’ai parcouru le bateau toute la journée pour conserver des images de cette navigation si particulière pendant environ 78 km.

C’est vraiment passionnant ce passage sur deux plans :

Après quelques jours de haute mer, dans cet univers bleu ( ciel et mer), se retrouver plongé dans une forêt tropicale luxuriante, verte et fleurie, c’est une agréable surprise. Je n’ai pas vu, mes les marins m’assurent qui voient souvent des crocodiles qui se prélassent dans les eaux du canal. J’ai tout de même aperçu longuement un barracuda tourner autour du bateau dans la nuit dans la baie. Dans le silence à l’avant du bateau, j’ai aimé les chants des oiseaux de cette forêt très dense.

Sur le plan technique ( conception, construction, navigation), ce canal est fantastique. Comment des hommes à la fin du 19ème siècle ont-il imaginé une telle réalisation ? Certes, il y a des gros intérêts, des gros sous et des intérêts stratégiques autour de cette voie navigable. Pour tenter d’imaginer, l’ampleur du travail, un seul chiffre suffit. Si l’on avait entreposé tout le volume de pierres et de terres déplacées sur les wagons d’un train, celui aurait fait quatre fois le tour de la terre.

Les écluses rehaussent les navires de 26 mètres, c’est l’écart entre le niveau de la mer et le niveau du lac qui se situe entre les deux océans.

Pendant la traversée du canal, des équipes d’hommes travaillant pour la Compagnie « Autorité du Canal de Panama – ACP montent à bord pour assez la totalité des manœuvres de navigation. Au port de Brest, ces hommes s’appellent les « marguats ». Ils m’ont impressionné par leur stature. A 95%, ce sont des hommes noirs, très grands et très costauds. Ils me faisaient penser aux athlètes américains. Entre deux manœuvres, il y a des temps morts de 30 ou 40 minutes. Ces grands gaillards en profitent immédiatement, et s’allongent où ils le peuvent pour « piquer un roupillon ». Pour la plupart, ils embarquent avec un grand sac de sport. C’est à la fois leur casse-croûte mais c’est aussi le petit « supermarché ». Ils s’adressent aux marins « What do you want ? Ils vendent des DVD, des cassettes vidéos, des cigarettes. Et probablement autres choses selon le style du client. En un mot, ce sont de sacrés « loulous », pas très violents au travail mais plutôt bons en affaires.

Les nombreuses photos prises pendant ce passage permettront d’imaginer le fonctionnement du canal.

Nous voilà vers 18 h 00 en Atlantique dont nous entamons la traversée. Le premier point de passage est un détroit entre l’île de Puerto Rico et celle de Saint Domingue ( le passage de Mona). Nous y serons après deux ou trois jours de navigation.


Jeudi 12 mai 2005

Journée de mer

Journée de mer normale. A 07 h 00, il fait 30°C. Le vent souffle environ à 30km/heure. La mer Atlantique est bien différente de celle du Pacifique. Les vagues sont un peu plu creuses et cela moutonne bien. Je ne peux pas rejoindre mon salon de lecture. Aujourd’hui, à cet endroit c’est une douche à forte pression.


Vendredi 13 Mai 2005

Journée de mer

Les journées se ressemblent bien sûr. Je fais des calculs savants pour évaluer mes réserves de lecture et de tabac. Normalement, je devrai avoir ce qu’il faut jusqu’à l’arrivée. Il me reste environ deux semaines de navigation, j’ai encore cinq gros livres à lire et 4 paquets de tabac.

Tous les deux jours, nous avançons notre montre d’une heure. Par rapport à Paris, le décalage sera de cinq heures.

Le maître d’hôtel ( steward) m’amuse bien. Quand je rentre dans la salle à manger, il se met presque au « garde à vous », claque des talons et m’adresse un « Morning Sir ». Je devrai y être habitué, mais malgré la répétition quotidienne, je continue à trouver cela cocasse. Il commence à connaître mes « caprices » alimentaires. Il n’est pas question de proposer des menus adaptés, simplement il ne m’apporte pas sur la table les plats dont il sait que je n’y toucherai pas. Je n’ai aucun problème, car par rapport au travail que je fournis, les repas sont plus que suffisants.

Depuis notre entrée en Atlantique, l’état de la mer est assez différent. Le bateau bouge très peu, il n’y a plus de roulis et un brin de tangage, bien que la mer soit plus agitée que dans le pacifique. Les vagues mesurent peut-être un à deux mètres, ce qui n’est rien pour ce bateau. Le seul inconvénient est de ne plus pouvoir lire à l’avant du bateau, car, des gerbes d’eau arrosent copieusement  toute la partie avant. J’ai trouvé des caches bien tranquilles mais un peu plus bruyantes.


Samedi 14 mai 2005

Près de St Domingue et de Puerto Rico

A l’aube, nous croisons entre Saint Domingue et Puerto Rico ( le passage de Mona ). Le temps n’est pas très clair, seule la côte de Puerto Rico est visible du bateau. Nous filons droit au nord-est en direction de Vigo. Nous passerons auprès de l’archipel des Açores dans huit jours environ, et accosterons à Vigo, probablement dans dix jours, le 24 mai. L’arrivée à Bilbao, le terminus en ce qui me concerne, est prévue le 25  au soir ou le 26 au matin. Après l’escale espagnole, le bateau continuera sa route vers Dunkerque et Rotterdam.

Ce matin, nous avons fait un exercice de sécurité en mer. Au signal d’une sirène, nous devions nous regrouper le plus rapidement possible à un point défini à l’avance sur le pont, équipés de notre casque et de notre « live jacquet », la veste de survie. Nous avons tous embarqués dans le « live boat », le canot de survie. Il est conçu pour 32 personnes, nous ne sommes que 23 trois à bord, il y a de la place pour tous… C’est impressionnant, car le live boat est accroché sur sa rampe de lancement ( à 45°). Chacun doit connaître sa place, s’installer, s’attacher. L’exercice s’est arrêté après la mise en route du moteur. Le plongeon en mer n’a pas eu lieu. Cela se fait environ tous les trois mois. Ouf !!! Car le choc doit être rude. Le live boat est équipé de systèmes de communication qui émet des signaux reçus par les satellites, qui calculent la position exacte des naufragés. Il y a de la nourriture pour quelques jours, ainsi que de l’eau douce et même du matériel de pêche, au cas ou les secours tardent….

Le repas de ce samedi soir est une nouveauté pour moi. C’est une « grillade-party » sur le pont du bateau. En fin d’après-midi, les marins installent des bâches car le temps est menaçant, disposent des tables et des chaises. Le barbecue est allumé. Mais pas de chance, à l’heure prévue pour le repas, il tombe des seaux d’eau, une bonne pluie tropicale. Après une tentative infructueuse de se protéger sous les bâches, tout l’équipage se réfugie dans la salle à manger des marins birmans. J’ai apprécié car c’était le premier repas partagé en commun avec les officiers et les marins.

Petit à petit, j’arrive à découvrir les conditions de travail des uns et des autres, les salaires, les contrats de travail, les temps de vacances. J’ai longuement parlé avec un des marins birmans, le seul homme un peu francophone à bord. C’est un homme très doux, très réservé. Il m’a permis de comprendre la vie de ces ouvriers « immigrés » travaillant pour une compagnie européenne.


Dimanche 15 mai 2005

Un dimanche en mer

Ce matin, j’ai rendez-vous, à bord bien sûr. Le chef ingénieur, m’a proposé de visionner mes photos de voyages sur son ordinateur personnel dans sa cabine. Cela m’a permis de me faire une idée de la qualité de mes photos. Il y en aura plusieurs à supprimer, en particulier les photos de paysages prises de l’intérieur du bus en mouvement qui ne sont pas bonnes. Enfin, il en restera suffisamment pour donner une idée du voyage.

Le reste de la journée comme chaque jour en mer, je fais une ou deux visites à la passerelle pour repérer notre position sur la carte et saluer l’officier de quart. Les intermèdes repas sont assez brefs. Cela ne ressemble pas du tout aux repas sur le bateau italien qui étaient de véritables cérémonies rituelles et théâtrales. Ici, au mess des officiers, nous pourrions être six personnes, il n’y a guère plus de deux ou trois personnes ensemble. Chacun arrive à son heure selon ses désirs et ses occupations.

Je continue mon stage de lecture. Je suis complètement entré dans ce rythme et le lis plusieurs heures par jours. Pour varier, je me déplace sur le bateau au gré du soleil, du vent et des embruns. J’essaye d’être à l’extérieur le plus souvent possible dans la journée, car la nuit arrive assez tôt ce qui me fait passer déjà beaucoup de temps dans la cabine.

Ce soir, juste avant d’écrire ces notes, je suis resté plus d’une heure, assis sur le pont en rêvassant devant le soleil couchant. Je serai avant la fin de ce voyage un expert de l’inaction et de la rêverie.


Lundi 16 Mai 2005

Une journée de mer …une de plus…

Journée de mer sans rien à signaler. La mer est plutôt belle, le ciel variable, bien couvert au lever du jour. Au fil des heures, le bleu revient et s’installe pour le reste de la journée.

Au dîner, j’ai demandé à Thomas, l’électricien, s’il avait cinq minutes pour s’occuper du lecteur de CD dans ma cabine qui ne fonctionne pas. Il m’en a installé un nouveau, ce qui m’a permit de m’offrir une soirée musicale. J’avais acheté à Buenos-Aires deux CD. Le premier, c’est  une compilation de tangos très classiques. Le second, je l’avais acheté dans la rue directement avec le chanteur lui-même, Yanquetruz. C’est cet homme de près de 70 ans que Paolo et moi avions rencontré. C’est un ancien exilé politique argentin qui avait fuit son pays pendant la dictature. Les chansons et la musique datent de 1977, et avaient été enregistrées à Paris.

Toute la soirée, j’ai passé ces deux disques en boucle. Assis dans mon fauteuil à bascule, les pieds sur la table du salon, le hublot grand ouvert sur la mer, la pipe au bec, bercé par le bateau, ce fut un vrai régal.

J’avais précédé ce « concert » du spectacle du coucher de soleil, là aussi c’est un plaisir toujours renouvelé.

Après ces quelques notes, je m’installe pour la lecture dans un lit tout frais. La literie est changée chaque lundi par le steward. J’ai deux bouquins en cours. Je trouve cela agréable, car tout en continuant la même activité, en alternant les livres, je ressens une sensation de changement. Il est 21 h 00, je lirai jusqu’au sommeil qui arrive naturellement vers une à deux heures du matin. Parfois, il est trois heures avant de poser le livre. Mais aucun problème, pour être à poste au petit déjeuner à 07 h 30 et entendre : « Morning Sir ».


Mardi 17 mai 200

RAS

Journée de mer calme. Nous sommes à peu près au milieu de l’Atlantique Nord sur la latitude du Maroc et la longitude du Groenland. A la passerelle, j’ai obtenu quelques précisions sur la situation des jours à venir. Nous serons aux alentours de l’archipel des Açores, le samedi 21, et à Vigo le mardi 24 puis à Bilbao le jeudi 26. Il me reste une bonne semaine de mer.

J’ai quelques échanges sympathiques avec les officiers. Cet après-midi, c’est le marin birman, qui est resté me parler une bonne demi-heure.

Ces rencontres sont des temps courts sur une journée entière. Le reste du temps, je me déplace tout seul, un livre à la main d’un coin à un autre du bateau. Les journées se passent ainsi dans le plus grand calme sans impatience. Je note en regardant le dalendrier que l'ai quiité Roscoff, voici trois mois aujourd'hui

Publié dans tysaozon

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