du 25 au 30 avril

Publié le par Cuzon Pierre


Lundi 25 avril 2005

Un plaisir minuscule - La chambre

Après de longues heures, quinze, vingt heures peut-être, le bus s’arrête au Terminal d’une nouvelle ville inconnue, souvent à un ou deux kilomètres du centre ville.

Le voyageur en descend, ravi de se dégourdir les jambes, d’allumer une pipe.

Il attend son tour pour récupérer son sac à dos de 12 kg rangé dans le coffre du bus.

Il est 19 h 00, la nuit est presque tombée.

Très vite il faut s’organiser, trouver un plan de la ville dont on ne connaît ni la géographie, ni la langue des habitants. Bien sûr le guide du routard nous aide un peu mais il ne fait pas tout.

Hop ! On accroche le sac sur le dos et l’on tente de repérer les noms des rues tout en approchant du centre ville.

Après quelques minutes de marche, voilà une petite pancarte un peu éclairée qui annonce un hôtel. On s’y arrête. S’il est trop chic il sera trop cher, s’il fait minable, on risque de ne pas avoir d’eau chaude ou peut-être pas d’eau du tout ou encore pas de fenêtre dans la chambre…

Mais il est 20 h 00 et le sac commence à paraître lourd. Tant pis, on va voir, il ne sera pas trop cher. Demain s’il le faut, on changera d’hôtel.

On avance dans un couloir sombre, personne ne se tient dans le bureau d’accueil. En faisant un peu de bruit en posant le sac, cela fera venir quelqu’un.

Une dame entre deux âges que l’on dérange manifestement, arrive d’une pièce peu éclairée.

-          « Signor »

-          « No habla espagnol, soy frances, do you speak english ou french ? »

-          « No signor »

-          « Habitacion por una noche ? »

-          « Si signor »

La dame vous fait signe de la suivre. Elle est déjà à l’étage avant que vous ayez pu porter votre sac et monter les marches. Elle ouvre la porte et sans parole vous demande si cela vous convient ?

A ce moment, l’idée de voir la dame vous laisser seul dans la chambre, de pose votre sac, d’ôter vos chaussures, vous trouverez le taudis le plus cracra aussi beau qu’un hôtel de luxe.

Vous avez hâte de la voir redescendre, vous confirmez votre accord pour prendre cette chambre. Vous n’êtes pas encore libre, elle vous explique le fonctionnement de la salle d’eau, des clés… bien sûr elle a oublié que vous ne comprenez pas l’espagnol, mais qu’importe, elle vous donne plein de détails  que vous faites semblant de comprendre.

Vous dites : « Buenas tardes » afin de lui montrer qu’elle peut retourner à ses occupations.

Et là c’est plus qu’un plaisir minuscule…

Même si dans le quart d’heure qui suit vous découvrez qu’il n’y a pas d’eau, que la serrure ne ferme pas bien ou tout autre chose.

Pendant quelques minutes, vous avez vécu dans un palace…


Jeudi 28 avril 2005               

La vie quotidienne à Valparaiso

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Je viens d’avoir confirmation ce matin de la date d’arrivée du cargo allemand « ANGOL » sur lequel je vais faire le voyage retour vers l’Europe, Bilbao précisément. Vendredi prochain, le 29 avril 2005 appareillera le bateau. Quelques escales sont prévues au nord du Chili, puis au Pérou et en Equateur. Ensuite ce sera la traversée du canal de Panama. Puis d’un trait en 3 semaines nous accosterons à VIGO près de St Jacques de Compostelle. Il ne restera plus qu’une journée de mer pour contourner la GALICE, la pointe Finisterre espagnole et le cargo terminera son périple à Bilbao. Nous serons alors dans les derniers jours du mois de mai.

Pendant cette traversée, je redeviendrai silencieux, il ne me sera plus possible de mettre à jour ces notes de voyages. Je tiens avant de partir à vous parler de cette ville  où j’aurais séjourné deux semaines environ.

Je ne vais pas recopier tout ce que j’ai lu sur son histoire. Cette ville est née de la mer. C’était le premier havre de paix découvert sur ce côté ouest de l’Amérique par les navigateurs qui passaient par le sud au Cap Horn ou par le détroit de Magellan. C’est une rade assez bien protégée entourée de 42 collines. La basse ville actuelle a été fabriquée par les hommes au cours des siècles. A l’origine, seul un chemin en hauteur reliait les collines de l’une à l’autre. Ce chemin est une rue aujourd’hui, la rue Alemana, très agréable car elle est assez plate, serpente de colline en colline et offre de magnifiques points de vue sur la baie.

L’apogée de Valparaïso, la vallée du paradis, se situe vers la fin du 19ème siècle et le début du 20ème. Depuis les années 1920, diverses évolutions successives ont provoqué des graves récessions économiques. Aujourd’hui c’est une ville appauvrie qui s’offre au visiteur. Quatre événements ont affecté la vie économique :

-          l’ouverture du canal de PANAMA, qui a détourné de nombreux bateaux de cette escale indispensable auparavant

-          l’interdiction de la chasse à la baleine

-          le développement de l’aviation qui a mis fin au transport des passagers par les paquebots.

-          Dans les années 1970, les conflits politiques entre les dictatures argentines et chiliennes, le réseau de chemin de fer reliant les deux pays a été fermé et laissé à l’abandon. Il a disparu aujourd’hui.

La ville aujourd’hui est peuplée (300 000 h) c’est une population jeune très populaire. Une partie de la population plus âgée, plus argentée, s’est déplacée dans la ville voisine VINA DEL MAR, à 2 km à peine, dans une ville « neuve » des années 1970 : VINA DEL MAR, selon le style des villes modernes, avec de grands immeubles, des rues rectilignes. Les plages y sont belles, mais pas vraiment très propres. Cette ville n’a pas le charme de sa voisine plus âgée.

La première surprise du visiteur à VALPARAISO, c’est la quasi-impossibilité de s’approcher de la mer. On la voit superbe sur les hauteurs des collines, mais elle est inaccessible. Toute l’économie étant dépendante de la vie maritime, les installations portuaires fermées au public, forment une première barrière, la ligne ferroviaire pratiquement endormie forme la seconde barrière et enfin une sorte de longue avenue où circulent les voitures, les camions sortent les containers du port, termine la clôture entre la mer et la ville. Les autorités actuelles étudient les solutions à cette question car le tourisme peu développé pourrait remplacer certaines activités éteintes.

Le climat est un atout appréciable. A Santiago, la capitale à 110 Kms, peut avoir des hivers très rudes c’est au pied de sommets à 6.000 mètres des Andes. A l’inverse, l’été, la ville connaît la canicule. Les habitants de Santiago viennent facilement à Valparaiso pour les week-ends et les vacances. Toute l’année la température y est agréable. Il n’y pleut que très peu.

Mais d’où vient le charme particulier de cette ville ? C’est quelque chose de caché qui relève de la culture maritime. Le jeune berlinois avec qui je me balade depuis deux jours, m’a dit qu’il ne connaissait pas cette ville, à peine son nom. En Bretagne, sans être vraiment marin soi-même, nombreux sont ceux qui associent cette ville au Cap Horn, aux grands voyages en voiliers. Sinon la génération de nos parents, celle de nos grands-parents comptaient bon nombre de gens qui avaient emprunté ces routes maritimes. Les chansons de marins également ont fait connaître ce nom en attribuant à cette ville une image romantique d’une escale où se croisaient les marins du monde entier.

Ce qui en reste aujourd’hui pour l’œil du touriste n’est pas suffisant pour en faire une merveille. Il faut y ajouter une dose de rêve, de merveilleux et de nostalgie. Certes les escaliers du début du siècle ont beaucoup de charme, ainsi que les vieilles maisons de bois multicolores, les vieux cafés dont la dernière rénovation date de 1920.

Mais c’est ailleurs que la ville trouve son éclat, dans une jeunesse grouillante, vive, pressée d’accéder à une modernité. La musique y est aussi pour quelque chose. Les plus jeunes sont tournés vers les musiques du monde qu’ils écoutent à la télévision. Mais il existe aussi des cafés discrets, cachés au coin des rues où ressurgissent les chansons de marins, les boléros et les tangos.

Sur la « plazza Pinto », à deux pas de chez moi, chaque soir ou presque, un bar-restaurant : le « Cinzano » un orchestre et des chanteurs accompagnent les dîneurs ou les consommateurs du bar avec un répertoire de tangos et de boléros. La moyenne d’âge des artistes approche les 75 ans. Ils sont de la même année que le bar qui n’a pas été modifié depuis ce temps. Le restaurant est plein tous les soirs d’amateurs et de quelques touristes. Hier soir mon voisin de bar, un homme d’environ 80 ans, reprenait toutes les chansons des artistes, il les connaissait toutes par cœur. C’était superbe. Quand il a compris que j’étais français, il a chanté quelques couplets de chansons d’Edith Piaf et d’Aznavour. En anglais, il m’a dit être un ancien marin et avoir fait des escales en France et même d’avoir été une fois à Paris.

Valparaiso c’est aussi la ville habitée et aimée par le poète Pablo Neruda. Sa maison : « La Sebastiana » est entretenue par une association et j’ai eu le bonheur de la visiter. L’extérieur de la maison est d’un aspect assez ordinaire. L’emplacement est à l’inverse extraordinaire. Construite à mi-hauteur d’une colline, peut-être à 200 m d’altitude au-dessus de la baie, elle bénéficie de la vue intégrale de cette baie, sur la ville basse, le port et l’horizon. Il a lui-même conçu l’aménagement de cette habitation comme si elle était un navire avec des cours et des couloirs très désordonnés. Au premier étage se trouvent le séjour, la salle à manger, vitrée comme une passerelle de bateau. L’étage supérieur, plus petit se tient son bureau lambrissé et meublé de rayonnages pour ses livres avec la même vue qu’à l’étage inférieur. Enfin, par un petit escalier on accède à la chambre et une petite salle d’eau décorée différemment mais disposant encore de cette vue panoramique sur Valparaiso.

La décoration est celle d’un artiste, avec des vitraux sur les portes, des peintures, des cartes marines anciennes et de toutes sortes d’objets rapportés de ses nombreux voyages autour du monde.

Un autre charme de VALPARAISO, c’est cette population jeune qui essayent de sortir du cauchemar de leurs parents. Ils redécouvrent petit à petit la démocratie et pas seulement en votant de temps à autre. Voilà une semaine que je suis là, sans les chercher, j’ai croisé quatre manifestations, des collégiens, des routiers, des écolos… Les manifestations de collégiens étaient très importantes, probablement plusieurs centaines, sans doute un ou deux milliers. Comme en Argentine, une manifestation est toujours accompagnée de beaucoup de bruit.

J’ai assisté à quelques escarmouches entre les carabinieros et les manifestants mais sans trop de gravité.

Enfin, pour moi du moins, un autre charme de la ville, mais ce n’est pas vrai qu’ici, c’est ce décalage chronologique entre l’Europe et ici au Chili. Selon les domaines certaines situations peuvent ressembler aux années 50 ou 70 en Europe.

Mille petits métiers sont encore pratiqués ici au cœur de la ville dans des petites échoppes, les tailleurs, des marchands de graines, des marchands d’outils, enfin tout ce que l’on a vu disparaître en France après les années soixante.

Les enfants à l’école jusqu’au collège, sont tous en uniformes différents selon chaque école. L’entrée au lycée c’est la grande liberté d’aller en cours en jean, habillé librement.

Une des journées de voyageur, en attente d’un bateau se déroule bien tranquillement. Dans l’auberge le petit déjeuner n’est servi qu’à partir de 09 h 00. Ici, à « la Bicyclette », les passagers ne partent pas faire du trekking aux aurores et la ville se réveille doucement vers 10 h 00. C’est l’heure vers laquelle je pars pour la découverte du jour, soit seul, soit avec les compagnons de rencontre dans l’auberge. La découverte cela peut-être les collines, les ascenseurs, le port, les églises, etc…Le retour à l’auberge, se fait dans l’après midi vers 16 / 17 heures. C’est le temps de repos – bien mérité – les côtes sont raides dans toute la ville. C’est le temps de la lecture, de l’écriture, du rêve et d’un petit sommeil, si besoin.

Vers 19 h 00, il est temps de penser à manger quelque chose. Je remets les chaussures et replonge dans la ville et la circulation. Je mange de manière aussi variée que chez moi. Si je ne change pas de menu, je teste de temps en temps des nouveaux lieux, toujours des petits « bouï-bouï ». Très bruyants, presque criards. C’est là que l’on côtoie  les chiliens vivre leurs vies.

Le retour au bercail se fait généralement vers 20 h 30 / 21 h 00. Les soirées sans TV, sans ordinateur sont les longs moments de lecture, certains soirs, comme les 2 derniers jours, je suis redescendu en ville vers 22 h 00 pour écouter mon orchestre du 4ème âge au « Cinzano ».

Un soir, à l’auberge dans le jardin, un repas en commun des passagers intéressés a été organisé. Il y avait un couple de jeunes suisses, les « petits suisses » comme on les appelaient , ils n’étaient pas très frais le lendemain matin.

Publié dans tysaozon

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