du 01 au 24 avril

Publié le par Cuzon Pierre


Vendredi 1er et samedi 2 avril 2005

Rio de Gallegos - suite

Petit déjeuner à l’hôtel et départ à pieds (3 km tout de même) sac au dos pour rejoindre le terminal du bus. Comme d’habitude, plus d’une heure d’attente. Très ponctuel, le bus arrive à 10 h 00. Les 2/3 des passagers sont des jeunes israéliens. Arnaud, le français rencontré il y a deux jours m’a expliqué qu’à la fin des trois ans de service militaire, garçons et filles ne rêvent que d’une chose, c’est d’aller voir ailleurs de chercher de l’espace. Chez eux, tout est petit, ils ne sont pas longtemps à faire le tour du pays. Ils vont sans doute un peu partout dans le monde, mais c’est sûr que l’Argentine leur offre une dimension nouvelle. Je n’ai pas beaucoup de contact avec eux, sinon quelques mots de politesse. Ils sont en groupe et se suffisent à eux-mêmes.

C’est parfois difficile pendant le trajet de comprendre ce qui se passe. Les chauffeurs ne parlent qu’espagnol et malgré les questions : « Combien de temps, minutes », aidé par les doigts pour exprimer 10 ou 20 minutes, il est difficile de comprendre leur réponse. Résultat, je vais en vitesse aux toilettes ou boire un café en regardant si le chauffeur est installé ou pas à son volant.

Ce soir, c’était plus compliqué. A COMMODORO, j’avais compris qu’il y avait un arrêt long d’une heure et demie. Après un quart d’heure, je vois le bus qui part avec personne à bord. Pourquoi pas ? Je ne comprends pas vraiment. Une demi-heure après arrive un bus de la même compagnie mais avec un autre numéro mais pour la même destination. Je vais les voir, car le problème est que mon sac à dos est dans l’autre bus. J’arrive à comprendre que l’autre bus, le 1er allait revenir un peu plus tard. Mais bon, on y arrive parfois avec des petits stress.

Hormis ces questions pratiques, cette route de RIO GALLEGOS à BARILOCHE a été pour moi un grand bonheur. La pampa se déroule ainsi des heures et des heures durant et m’émeut profondément. Au fil des km, des heures, il y a une osmose qui se produit entre soi et la terre, une prise de conscience d’appartenir à cette terre et de n’y être guère plus qu’un caillou ou qu’un buisson.

Au matin, il reste encore cinq heures de route, nous sommes proches des Andes. Cette fois, le paysage m’est plus familier. La route sillonne lacs, route de montagne, avec comme horizon les sommets, la crête des Andes parfois un peu enneigée malgré la saison, c’est le début de l’automne. Cette route est réellement superbe.

San Carlos de Bariloche ne ressemble pas du tout à ce que j’ai vu en Argentine. C’est une station de montagne de luxe. C’est le seul endroit où les argentins trouvent des sapins et une station de ski. La ville a été construite au début du siècle par des suisses et des allemands. La grande spécialité de la ville c’est le chocolat… c’est pour dire que la Suisse n’est pas lointaine.

Rien à signaler concernant la ville. C’est joli… le samedi matin, j’ai assisté à des discours et à un défilé militaire en souvenir des Malouines.


Dimanche 3 et lundi 4 mars

La route, le bus vers le Chili

Réveil matinal : 06 h 00. café prit sur le pouce car mon bus part à 07 H 30. c’est dur la vie de vagabond. Aujourd’hui c’est un trajet court : Cinq heures seulement y compris les contrôles aux frontières. Un peu comme entre la France et l’Espagne, les postes frontières sont à une trentaine de kilomètres l’un de l’autre et chaque côté du col qui sépare les deux pays. La route est semblable aux routes pyrénéennes avec peut-être quelques sommets plus hauts mais à peine. C’est une région de lacs, de grands lacs. A peine traversées les Andes, changement de climat brutal. Ciel couvert, puis pluvieux, température qui descend d’un coup de près de 10 °C. Ici, c’est vraiment l’automne. A un arrêt, j’ai failli cueillir des mûres il y avait un superbe roncier avec de belles et grosses mûres. Mais à quoi bon, je ne vais pas faire un colis de dix kilos de mûres pour expédier à Roscoff.

Arrivée vers 13 h 00 au Chili à PUERTO MONTT, c’est dimanche, il pleut, ce sont ces moments qui sont les plus difficiles. On n’a aucun repère dans la ville, il faut changer de l’argent, chercher un hôtel.

Vers 16 h 00, je suis dans ma chambre dans un hôtel minable et pourtant plus cher qu’en Argentine. Mon budget (logement + repas) va augmenter considérablement. De 15 € / jour, je vais passer à 25 € / jour sans changer mon niveau de vie pourtant bien modeste.

PUERTO MONTT ne sera qu’une étape d’un jour. Dès demain, je vais sur l’île de CHILOE à CASTRO, la ville principale. Ce n’est pas très loin à 100 km environ.

En fin d’après-midi, la pluie a cessé et je suis allé visiter la ville qui me paraît beaucoup plus pauvre qu’en Argentine. La population est très différente. Les indiens MAPUCHES sont très nombreux dans cette région du Chili qui est toujours la Patagonie. Santiago, la capitale est à 1000 km au nord. Le quartier des pêcheurs ( San Angelmo ) est curieux car ils vendent leur poisson dans une sorte de halles où se trouvent également une bonne cinquantaine de minuscules « restos » où l’on peut se faire éclater la panse de poissons, crabes, crustacés. Il me semble que se sont les pêcheurs et/ou leurs épouses qui cuisinent dans les halles. Tous les 5 mètres, les femmes vous interpellent pour manger leur cuisine. J’avais le sentiment de faire un crime de lèse-majesté en ne m’installant pas à leurs tables. Les pêcheurs ont un look d’enfer et les plus « hards » des pêcheurs bretons trouveraient facilement leur place dans ce quartier.


Mardi 05 avril 2005

Chili - Ile de Chiloé - Castro

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Je ne le savais pas, mais mon destin devait me conduire ici un jour sur cette île de Chiloé, car je lui dois d’être toujours en vie. En effet, la pomme de terre, la base de ma nourriture a été importée en Europe par les conquistadors et c’est sur cette île qu ils l’ont découverte. Cela valait bien la peine de parcourir les mers et la pampa pour retrouver ses racines.

Depuis Puerto Madryn, qu’ai-je fait ?

Je suis descendu tout au long de la Patagonie, jusqu’à Rio Gallegos, dernière ville argentine du continent. Il y a bien sûr un peu plus au sud Ushuaia, mais c’est sur la Terre de Feu. Je n'y suis pas allé car il commence à y faire froid par là et je ne suis pas totalement maso.

Chaque déplacement en Argentine se compte avec une échelle différente de l’Europe. J’ai pris l’habitude (et en plus j’adore cela) des parcours en bus de 20 heures. Le plus long trajet a duré 27 heures. Les yeux fixes, je me laisse noyer dans ce paysage infini, envoûtant.

Pour entrer au Chili, je n’ai pas réussi à prendre la « Ruta 40 », celle qui longe toutes les Andes. A cette époque de l’année les bus ne pratiquent pas cette route dans la partie australe. Le premier passage passait par San Carlos de Bariloche où je suis donc passé et y ai séjourné 24 heures. C’est la station de ski de la bonne société de Buenos-Aires. De Bariloche, un bus transfrontalier m’a conduit a Puerto Montt après le passage d’un col, et des douanes « sérieuses » entre les deux pays ( contrôle des sacs, pour vérifier en particulier si l’on ne transporte pas de fruits ou des légumes ). Puerto Montt est tout à fait à l’opposé de Bariloche, c’est une ville très populaire, paraissant assez pauvre.

Mon objectif étant l’île de Chiloé, j’ai repris la route ce matin et en trois heures je suis arrivé à Castro la ville principale de l’île après une traversée d’environ une heure sur un petit ferry. L’île est assez grande, longue de 200 km et large de 50 km. Le guide du Routard annonçait bien que le temps soit stable à Chiloé, un quart d’heure de pluie, suivi d’un quart d’heure de soleil. C’est excellent pour les photos, car l’air est assaini régulièrement.

Là, je vais me poser quelques jours. Je n’avais pas mis le pied à terre du bus cet après-midi qu’une dame me proposait une chambre à louer. Sa chambre était bien cotée sur le Routard et de plus elle est très peu chère, 9 euros par jour. La chambre d’hôtel minable d’hier a Puerto Montt coûtait 19 euros.

J’ai eu confirmation de l’arrivée de mes colis de livres au consulat de France a Valparaiso. Ouff...

J’ai également reçu l’information concernant la date de départ probable, sous réserves, du cargo allemand de Valparaiso, le 24 avril. ( durée de traversée prévue de 31 jours).

Je commence des vacances à l’intérieur du voyage. J’ai des enveloppes avec l’adresse de mes "prêteurs" de livres, plus quelques cartes postales, je vais m’occuper du courrier cette semaine. La route n’est plus si longue pour remonter à Valparaiso, environ 1300 km, une broutille... Les voyages en bus sont bon marché, il faut compter 15 euros pour 1000 km.

Mon problème est la panne de livres en français, introuvables ici. Il m’en reste un que je lis avec parcimonie pour faire durer le plaisir. Par contre, pour le courrier par internet, c’est très facile. Mon ignorance de l’espagnol m’offre une cure de silence mais parfois me complique un peu la vie ( achat de billet de bus, recherche d’hôtel,...) Cela génère quelques moments de stress, mais je m’en débrouille.

Les quelques soucis pratiques seront vite oubliés, je ne conserverai dans l’esprit que l’infini de la mer, de la pampa, la multitude des visages observés, les impressions et sensations nées de cette longue balade.

Je n’oublie personne là-haut en Bretagne malgré la distance et j’espère que chacun d’entre vous se porte bien. Le moral et la santé restent au beau fixe.


Samedi 09 avril 2005

Ile de Chiloé (suite)

Aujourd’hui samedi, je reprends mon sac après 6 jours de repos sur cette île de Chiloé, c’est une petite Bretagne, sur la route. Je vais à Conception, 500km plus au nord. La ville est au bord du Pacifique, n’a semble-t-il rien de touristique. C’est une ville universitaire qui a subi violemment le coup d’état de 1973. J’y vais sur le conseil de Pol Urien, un ami de Roland qui insiste pour que j’aille voir un tableau justement à l’Université.

C’est de toute manière sur la route de Valparaiso où je me rendrai vers le 15, pour récupérer mes colis de livres.


Vendredi 15 avril 2005

De Chiloé à Valparaiso en passant par Concepcion

Le voyage se poursuit. Lors du dernier courrier, je venais d’arriver à l’île de Chiloé. J’y suis resté presque une semaine. Le gîte était agréable, avec une belle vue sur mer, près du centre ville, cela m’a fait un bon repos. Je connais la ville de Castro, vingt mille habitants, comme ma poche. J’ai donc profité de cette semaine pour me mettre à jour dans mon courrier. Mais, j’ai pris deux ou trois fois le bus pour voir d’autres coins de l’île. C’est une île de marins pour l’essentiel mais également d’agriculteurs. La particularité de cette île par rapport au reste du Chili, c’est d’avoir conservé beaucoup plus qu’ailleurs son originalité. C’est le phénomène général des îles, voire « Ile de Batz ». Cette population est aussi différente du reste du pays par sa composition en nette majorité indienne, les Mapuches.

Les ports de cette île ont la particularité d’avoir des maisons en bois, très colorées construites au bord de l’eau sur pilotis, les palafitos. Elles sont encore en usage par les gens du pays, même si quelques unes servent de restaurants ou de boutiques à touristes, ce n’est qu’une faible partie. Les gens vivent là, sur l’eau. Les églises en bois anciennes font partie également de l’originalité de Chiloé. Leurs maisons de bois comme les églises, ils les déplacent à l’occasion. Ils glissent des rondins de bois sous la maison et attellent plusieurs les boeufs du village et ainsi, ils déménagent les maisons selon leurs besoins.

Apres une semaine de « vacances » à Chiloé, j’ai repris mon bâton de pèlerin et je suis monté à Concepcion, une ville assez importante a 500 km au nord de Chiloé. La balade en Patagonie était terminée.

Concepcion est une ville à population d’origine européenne. On se croit volontiers dans une ville espagnole. Le niveau de vie est déjà très différent du sud à Chiloé. Mais, par comparaison, les écarts de richesses entre les classes sociales est plus frappant. Dans les rues du centre ville, les cadres en costumes et cravates se rendent au travail, mais les mendiants sont très présents. La mendicité est permanente depuis toutes les villes au cours de mon voyage depuis Casablanca jusqu’ici. Mais, je suis frappé par les écarts qui me paraissent plus importants ici. Dans une belle rue piétonne, avec des magasins identiques à ceux des villes d Europe, la présence de dizaines de mendiants prend un relief particulier. J’ai pu voir plusieurs des mutilés d’une jambe ou deux, allongés sur le trottoir, des vieux, des enfants, des trisomiques. Cela souligne certainement l’absence de prise en charge publique des personnes en difficultés.

Il y a bien sur des centaines, et sans doute beaucoup plus de petits vendeurs de tout et de rien, plus souvent de rien, qui passent les journées entières sur les trottoirs. Dans une église, des mendiants, passaient entre les chaises devant les personnes en prière pour demander "La moneda por favor".

Je suis aussi un peu surpris par une présence policière « très très » voyante. Cela semble se passer calmement avec la population, mais vraiment, dire qu’en ville, il y a trois ou quatre carabiniers, à chaque coin de rue, devant les banques, n’ a rien d’exagéré.

Apres la visite du musée de Conception, pour y voir une fresque murale de 26 mètres de long, décrivant l’histoire de l’Amérique latine ( J’en parlerai plus tard avec photo a l’appui), j’avais terminé ma visite de Concepcion. Ah non! J’oubliais une visite au port à dix kilomètres. La scène surprenante était la présence de trois lions de mer, au bord du quai, dans une eau infecte, se nourrissant des déchets de poissons que les marins jetaient en vidant leurs poissons.

J’ai à nouveau repris la route en bus, de Conception à Valparaiso via Santiago. C’est la Ruta 5, la fameuse route qui relie les 5.000 km du Chili du nord au sud. Pendant presque toute la journée, la route est à une distance proche des Andes dont on voit en continue les sommets. Le Chili est vraiment un drôle de pays, dans sa forme. Le paysage était plutôt beau, vers l’arrivée à Santiago, l’on traverse les très longues zones de vignobles. Le vin chilien arrivera peut être un jour sur nos tables....

Me voila depuis deux jours a Valparaiso, ville un peu mythique. Je connaîtrai bien la ville, car j y resterai probablement jusqu au 30 avril.

En arrivant, je me suis occupe de deux choses importantes.

-          1 - Récupérer les livres en français qui m'attendaient à Vina Del Mar. C’est fait, les paquets étaient impeccables comme je les avais postés a Roscoff vers la mi-février. Je les ai récupéré avec autant de plaisir que s’il avait s’agit d’un trésor.

-          2 – J’ai retrouvé en ville, le bureau de l’agent maritime concerné par le cargo allemand. La date du 24 avril que j’avais eu par l’agence de voyage à Paris était repoussée au 30. Cela va me faire un séjour de 15 jours ici. Sur le coup, cela m’a fichu un petit coup au moral.

Mais, le Guide du Routard était là. J’ai trouvé une auberge pas chère du tout, très agréable, avec un petit jardin ou l’on prend le petit déjeuner, en centre ville, juste sur une petite colline, donc très calme. Cette auberge "La bicyclette" est tenu par un toulousain, Gilles, très accueillant. Du coup, les deux semaines à Valparaiso deviennent un plaisir. J’ai de la lecture, il fait beau et la ville ne manque pas d’intérêt.

J’ai commence la découverte de la ville, en escaladant les collines. C’est un endroit magique, plein de ruelles qui s’entrelacent. Les maisons sont extrêmement colorées, les murs sont couverts de graffitis plus beaux les uns que les autres.

Au fond, je n’aurai pas trop de temps pour me sentir chez moi ici. En quittant à la fin du mois, Valparaiso, j’en connaîtrai tous les secrets.

Publié dans tysaozon

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