du 03 au 09 mai

Publié le par Cuzon Pierre


Mardi 03 mai 2005

En mer…

Les habitudes s’installent. Je ne vais pas beaucoup à l’extérieur. Le temps reste couvert mais surtout, il faut être très attentif dehors car le roulis est important et il faut s’accrocher pour se tenir sur le pont. Heureusement qu’un hublot de la cabine, juste devant le bureau peut s’ouvrir. Je peux ainsi bénéficier de l’air marin et de la ligne d’horizon.

Ce matin après le petit déjeuner, je suis monté à la passerelle ( au 6ème étage ). Le commandant, très bavard m’a raconté toutes sortes d’histoires. Mais, il parle très vite, en anglais bien sûr. Je crois que je comprends un tiers de ce qu’il me dit. Ensuite, il m’a invité dans sa cabine pour me montrer sur son ordinateur ses photos personnelles, les photos de sa maison, de sa femme. Sa maison en Bavière se trouve dans le village où Ludwig II de Bavière a construit un superbe château sur un piton rocheux. Il m’a également fait voir quelques photos du canal de Panama.

Il a un vrai désir de communication. Hier après-midi, il est venu frapper à ma porte pour me donner une carte de l’Amérique du Sud, indiquant les escales et la route de notre voyage. C’est trop drôle, car les deux commandants rencontrés au cours de ce voyage sont absolument des personnalités différentes, opposées.


Mercredi 04 mai 2005

En mer…

Le bateau continue de rouler comme une bigoudène déhanchée, mais cependant dès les premières lueurs du jour, je m’aperçois que tout a changé. Le ciel est clair. Dès que le soleil est levé, nous baignons dans le bleu le plus parfait.

J’ai bien essayé mais sans succès de capter la radio française RFI. Ce n’est pas grave. Je dois trouver en moi-même ou dans les livres de quoi à nourrir mon imagination. Je prends le temps de préparer un email, surtout pour donner une adresse où m’écrire en cas de besoin.

Je continue à dévorer sans retenue, avec gourmandise ma bibliothèque. Surtout que j’ai trouvé au « carré » trois ou quatre livres en français je ne risque pas la panne sèche.

Cet après-midi, pour la première fois, sur les conseils d’un officier, je suis allé en repérage à l’extrême avant du bateau. C’est le coin le plus agréable du navire car il n’y a aucun autre bruit que celui des vagues qui se brisent sur l’étrave du bateau. Ce secteur du bateau est déserté par l‘équipage en mer. Il n’est réellement fréquenté qu’au moment des manœuvres d’accostage. C’est également la zone du bateau la plus propre, car les fumées de la machine sont à 200 mètres vers l’arrière. Enfin, c’est un espace découvert, sans containers et quelque que soit la route du navire, c’est un espace ensoleillé. En un mot, j’ai trouvé un « salon » de lecture idéal. Dès aujourd’hui, j’y suis resté lire une bonne heure, mais je n’y reste pas trop longtemps car ici au soleil des tropiques, il y a fait vraiment chaud.

Ce matin, l’officier mécanicien m’a proposé de visiter les salles des machines. C’est étonnant par la puissance des moteurs mais également par la propreté des locaux. Par contre, ce lieu doit être très pénible pour les personnels qui y travaillent. Il y fait une chaleur d’enfer ( souvent près de 50°c) et le bruit des machines est insoutenable.

Voilà, après trois jours d’embarquement, j’ai fait le tour de « propriétaire ». Hormis ma cabine où je suis bien installé, mon endroit favori est la passerelle de navigation. J’y vais au moins deux fois par jours, parler avec l’officier de quart, lire les cartes pour suivre la progression du voyage. Sur le radar, il n’y a rien à voir. Sur cette ligne, il n’y a que très peu de navires. Sur les cartes, j’ai noté la profondeur de l’océan, près de 5.000 mètres. Cela m’impressionne un peu. La Manche entre Plymouth et Roscoff est profonde au maximum de 125 mètres…

Ce soir, auprès de mon assiette, je découvre une feuille avec un poème. C’est le commandant qui me l’a offert. C’est un poème « The dream » qu’il a écrit à sa femme. Cette attention est vraiment charmante.


Jeudi 05 mai 2005

En mer… Arrivée à Callao au Pérou

Chaque jour la chaleur progresse. Il fait bon d’être au soleil sur le pont. Ces moments de lecture à l’avant du bateau sont vraiment délicieux.

Depuis l’après-midi, nous apercevons la côte derrière une fine brume de chaleur. L’entrée au port débute vers 16 h 00. Il faut généralement une à deux heures pour entre l’approche du port et la fin complète de l’accostage. Je termine rapidement ces notes avec l’espoir de les poster à Callao, le port de Lima en début de soirée.

Selon les conseils insistants des officiers, je n’irai pas dans la ville. Ils m’ont vraiment déconseillé cette sortie tout seul, le soir. J’avais déjà entendu ce discours lors des escales africaines, mais nous étions deux. Je descendrai à l’intérieur du port sentir le style local et tenter de poster la lettre et si possible trouver un ordinateur pour lire les nouvelles….

Dans la dernière demi-heure, en approchant de la terre, j’ai eu le temps d’observer trois pélicans en vol groupé. Quelques minutes plus tard, c’étaient deux lions de mer qui s’amusaient bien.

Tout va bien, je dévore mes bouquins et je me sens bien sur ce bateau dont l’accueil est remarquable.


Vendredi 06 mai 2005

Nous quittons Callao… direction Manta en Equateur

Réveil à 07 h 00 dans la brume du matin. Un instant, je me demande si nous sommes déjà en mer. Un petit coup d’œil par le hublot me confirme que le bateau est à quai. Le temps d’une douche, je sors sur le pont pour sentir l’ambiance matinale et déjà tout l’équipage est à son poste de manœuvre, prêt pour l’appareillage. Les sorties de port sont bien plus rapides que les entrées (1 heure pour sortir ; deux heures ou plus pour entrer).

Nous voilà repartis pour quelques jours de mer. Je monterai tout à l’heure à la passerelle discuter avec l’officier de quart pour avoir des informations sur la suite du voyage. Selon mes calculs et les informations connues, le bateau sera Panama dans cinq à six jours.

Hier soir, la coupée pour descendre sur le quai de Callao n’a été posée que vers 19 h 00. Ici, il fait nuit noire à cette heure là. Une dernière fois, j’ai évoqué la possibilité de sortie avec les officiers. Ils m’ont confirmé que seul c’était trop dangereux, en me faisant  le geste de la main et du bras qui coupe le cou. Je ne suis pas kamikaze, j’ai donc abandonné l’idée de sortir en ville. Les officiers m’ont proposé de les accompagner dans une boutique de souvenirs à 200/300 mètres du cargo. C’est une sorte de mini super marché pour les marins qui justement de ne vont pas en ville. L’intérêt de cette brève sortie c’est d’une part d’avoir tout de même mis le pied sur le sol péruvien, mais surtout d’avoir croisé quelques dizaines de Péruviens dans ce « Shop » et sur les quais. C’est une population très différente de celle de l’Argentine et du Chili. Hormis, quelques employé(e)s du port d’origine européenne, la quasi-totalité des personnes rencontrées sont essentiellement des indiens.

C’est  frustrant de n’avoir qu’une approche aussi limitée dans un pays. Mais, je savais avant le départ que certaines escales se dérouleraient ainsi, soit pour des questions de durée trop courte de l’escale, soit pour des raisons de sécurité.

Après la traversée du Canal de Panama, il n’y aura pas d’escale. Celle prévue en Colombie ne se fera pas. De toute manière, les marins m’avaient informé que l’escale colombienne était encore plus dangereuse que l’escale péruvienne.

Je vais reprendre mon « activité » lecture…. Je retrouve mon salon préféré, tout à l’avant du navire, seul avec la mer, le ciel et le soleil. Je me méfie un peu de ce dernier et je ne reste pas plus d’une heure en continue sous ce soleil tropical. Je fais des « récréations » côté ombre de temps en temps.


Samedi 07 mai et dimanche 08 mai 2005

En mer… direction Manta en Equateur

Ce matin vers 06 h 00, je m’apprêtais à assister au lever du soleil. Rien, rien de spectaculaire. Le ciel est rempli de nuages. Peu à peu, il s’éclaire et bleui. A midi, le soleil, ni au nord, ni au sud, mais juste au dessus- de nos têtes rayonnait sans limites. Petit changement au programme, nous ferons une escale d’une douzaine d’heures demain dimanche à Manta en Equateur. Cela ressemblera probablement à celle de Callao…, si nous arrivons en fin d’après-midi, ce qui n’est pas propice aux aventures solitaires.Nous verrons bien…

Nous sommes en Equateur. Le thermomètre sur le pont indique 28°C. Je vais tout de même lire à la pointe du bateau, en me couvrant la tête d’une casquette offerte par le commandant.


Lundi 09 Mai 2005

Près de Panama

Ce lundi, le bateau approche de Panama. Il fait très chaud, 32°C. Nous traverserons le canal dans la journée de mercredi, et après nous irons d’un seul trait à Vigo.

Nous avons fait escale au Pérou à Callao et en Equateur hier à Manta. Le moral est au beau fixe, et je n’ai pas encore vu une vague digne de ce nom.

Nous sommes devant le port de Manta vers 14 h 00, il est 16 h 00 quand la coupée est posée. Je sors en ville y faire une balade. C’est intéressant car cette ville est banale, pas très grande et surtout pas touristique pour un sous. C’est dans ces villes que l’on voit le mieux les gens du pays. C’était l’heure du retour de la plage. Les familles souvent nombreuses quittaient le sable, s’achetaient quelques « lichouseries » (friandises en français) avant de rentrer à la maison. Le moyen de transport le plus utilisé est le bus, mais de nombreux « pick-up », ces voitures américaines avec une cabine fermée à l’avant et un plateau ouvert à l’arrière embarquaient de dix à douze personnes. Les enfants s’entassaient à l’arrière sans aucune sécurité, et cela ne semble gêner personne. D’une certaine manière, cela me rappelle les transports sur les charrettes à l’île de Batz qui sont pour moi de très bons souvenirs.

Je rencontre en ville André, un russe qui est à bord de notre cargo depuis quelques jours. Nous partageons une bière bien fraîche, un délice sous les tropiques. Il me prête sa carte de téléphone. J’appelle Joss à Roscoff vers 17 h 30 ici ( 00 h 30 – là-bas) en sachant bien que je risquais de la réveiller. Mais c’est bien car à partir de maintenant, je ne mettrai pas le pied à terre d’ici l‘arrivée en Espagne. Sachant qu’elle à quelques soucis de connexion à internet, j’ai pu la rassurer et lui dire que le voyage se passait très bien.

André est ingénieur électronicien. Il vit avec sa famille à Valparaiso. Il assure la maintenance et les dépannages urgents sur divers bateaux de commerces. Le commandant de l’ »Angol » l’a fait venir à bord pour intervenir sur le radar. Il prend un avion de Valparaiso à Lima, embarque à Callao, fait sont travail pendant quelques jours de navigation. Il débarquera à Panama après avoir fait son travail, et d’un coup d’avion, il rejoindra son domicile au Chili, en attendant une nouvelle intervention.

Publié dans tysaozon

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