du 18 au 27 mai

Publié le par Cuzon


Mercredi 18 Mai 2005

La vie est une longue mer tranquille…

R.A.S. – Le voyage se poursuit…

Comme chaque jour, je monte à la passerelle pour situer la position du bateau. Comme nous sommes loin des côtes, c’est sur une carte représentant tout l’Atlantique qui est utilisée pour la navigation. L’échelle est très différente des navigations côtières. Aussi, le chemin parcouru dans une journée ne représente qu’un minuscule trait sur la carte. A la vitesse moyenne de 14,5 nœuds, le navire parcoure environ 625 kilomètres par jour.

Je demandais à deux officiers s’ils préféraient naviguer comme là maintenant en pleine mer pendant une dizaine de jours sans escales ou à l’inverse une navigation plus côtière avec des escales tous les deux ou trois jours. Ils avaient des avis partagés. L’un d’eux trouvait moins monotone une route comprenant des escales assez fréquentes. Le temps semblaient passer plus vite car en ce cas, ils ont plus de travail lors des entrées et sorties des ports. Son collègue préférait la tranquillité d’une navigation, loin des routes trop fréquentées.

Personnellement, je préfère la navigation côtière alternant les temps en mer et les escales toujours intéressantes. Je m’étonne parfois de rencontrer que très rarement, les officiers et les marins sur le pont. Ils n’y séjournent que pour leur service. Sinon dès qu’ils terminent leur travail, ils entrent dans leur cabine quel que soit le temps à l’extérieur. Ils s’y reposent et s’occupent en regardant des DVD ou en « jouant » sur leur ordinateur ( sans internet). Les couchers de soleil, ils les ont vus des centaines de fois et cela ne les passionnent plus.


Jeudi 19 mai 2005

Une baleine nous rend visite…

R.A.S. – Mer plate – Vue principale >>>> l’horizon sur 360°. La température s’adoucit, elle se situe autour de 22/23°C. Une seule douche suffit pour se sentir bien. Les chemises ne collent plus à la peau.

En fin d’après-midi, voilà un événement dans cet espace vide.

Une baleine en plein forme nous salue au a en soufflant à pleins poumons de superbes jets d’eau

Je me suis posé quelques questions en début de soirée. Voilà le bateau à l’arrêt complet. Déjà en début d’après-midi, les moteurs avaient été arrêtés durant une heure environ. J’avais appris qu’il s’agissait d’un test. Vers 19 h 00, le second arrêt s’est prolongé plus longtemps encore. Pas vraiment inquiet, mais curieux, je viens de rencontrer les officiers qui confirment qu’ils avaient eu quelques problèmes techniques mais que tout était rentré dans l’ordre. Cela est très curieux, un gros cargo immobile au milieu de l’océan.


Vendredi 20 Mai 2005

Un ballet de dauphins

Côté navigation, rien à signaler. Côté climat, chaque jour apporte quelques changements. Le ciel est resté gris jusqu’à la moitié de l’après-midi. Il ne fait pas froid, mais si l’on reste au vent cela devient presque inconfortable.

La distraction du jour s’est produite, vers 17 h 00. J’étais à mon poste habituel seul à l’avant du navire, à nouveau fréquentable car la mer est d’huile. De temps en temps, j’interromps la lecture pour me reposer les yeux, la nuque, pour me dégourdir les jambes et les bras. La lecture assidue est physiquement « fatigante ». Je m’appuie sur le bastingage regardant cet immense lac endormi. Et tout à coup au loin, droit devant, j’aperçois une agitation. Un groupe d’une douzaine de dauphins s’ébattait joyeusement. Ils se sont rapprochés de l’étrave et sont restés jouer pendant cinq minutes peut-être. J’avais déjà assisté à ce spectacle lors de mon service militaire dans la Marine voici plus de quarante ans. Mais l’émotion reste toujours aussi forte de voir ces animaux en totale liberté vivrent leur vie.

La journée de demain offrira également quelques heures de divertissement. Nous passerons entre les îles des Açores.

Je plaisantais avec un officier en lui proposant de faire un crochet vers Roscoff, car le bateau passera au large de la Bretagne en rejoignant Dunkerque et Rotterdam.


Samedi 21 mai 2005

L’archipel des Açores

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Belle journée de navigation. Dès le matin, j’aperçois les contours de la première île des Açores. J’ai pris tout mon attirail de parfait passager : livre, appareil de photos, jumelles et je me suis installé dans mon espace « privé » comme chaque jour. Le soleil était bien dégagé dès le lever du jour. Je suis resté à cet endroit jusqu’à 14 h 00, regardant défiler une à une cinq des huit îles de l’archipel. Un petit arrêt dans un port eut été la cerise sur le gâteau….

Des dauphins sont venus à nouveau jouer autour de l’étrave. Ils m’ont vraiment stupéfié. Un moment, ils étaient sept exactement parfaitement en ligne comme pour un départ de course. Et le ballet a commencé. Chacun à son tour effectuait un, puis deux, puis trois sauts et le suivant recommençait à son tour. Un vrai bonheur…

Cette nuit, je vais devoir choisir la position idéale pour bien dormir. Un roulis bien accentué fait danser le bateau. Je me cale la tête sur le côté du lit contre la cloison et les jambes repliées, je me coince avec les pieds sur l’autre côté du lit. Cela ne m’évite d’être ballotté, mais m’empêche d’être roulé à chaque mouvement du bateau d’un bord à l’autre du lit. On s’y fait très bien et j’aime assez cette danse.


Dimanche 22 mai 2005

Journée ordinaire en mer

Journée de mer ordinaire, pas de côtes en vue, pas de baleines, pas de dauphins.

J’expédie un email à Joss pour lui donner les précisions sur l’arrivée du bateau à Bilbao pour organiser le retour en Bretagne.

J’ai entamé mon dernier livre « Le Greco ». Il est assez dense. Il suffira pour occuper les trois derniers jours de navigation qui restent à parcourir.

A minuit, nous avons notre montre d’une heure. Nous avons rattrapé les 7 heures de décalage horaire qu’il y avait entre Valparaiso et l’Europe.

Ce soir comme souvent, je suis resté près de deux heures sur le pont attendant le coucher du soleil. Je n’en parle pas chaque jour mais cela fait partie des rites de ma vie à bord.


Lundi 23 mai 2005

Une autre journée ordinaire en mer

Rien à signaler – Belle journée sans événements. On perçoit une ambiance de retour au bercail. Deux officiers commencent à frétiller. L’un d’entre eux, Thomas le polonais, recevra la visite de sa femme et de ses deux enfants à partir de l’escale de Dunkerque. Le second, Vladislolas, le lithuanien sera en congé à l’arrivée à Rotterdam pour 5 mois après 7 mois de mer. La vie des marins….


Mardi 24 mai 2005

Arrivée à Vigo en Galice

Arrivée à Vigo à 05 h 00 du matin. Je dormais comme un loir. Je n’ai rien entendu du poste de manœuvre d’entrée au port. Je sors en ville dès 10 h 00 le matin, avec comme objectif d’appeler Joss au téléphone pour parler de l’organisation de la fin du voyage – Bilbao – Roscoff.

Le bateau doit accoster le mercredi soir à Bilbao. Je resterai cette nuit là à bord. Je quitterai le bateau le jeudi matin seulement. Pour la suite, je verrai une fois mis le pied à terre.

Vigo est une jolie ville ( la partie ancienne en particulier). C’est la Galice, avec des maisons en granite comme dans les pays celtes. La vie est située au fond d’un large estuaire, une Ria. Elle est entourée de collines boisées. Cette ville a beaucoup de charme.


Mercredi 25 mai 2005

Une dernière nuit à bord à Bilbao

La route de Saint Jacques de Compostelle, de l’autre côté cette fois, vu du côté mer. Cela est très imaginaire, le bateau navigue à plusieurs kilomètres de la côte. Mais, en suivant les cartes à la passerelle, il est simple de savoir avec précision quelles sont les villes proches.

Après une journée de mer très calme, la mer est lisse, nous entrons dans le port de Bilbao vers 21 h 00, juste à l’heure du coucher du soleil.

J’ai passé ma dernière journée à bord à traîner sur le pont, ayant épuisé ma bibliothèque de voyage. Dans l’après-midi, j’ai sorti du placard, le poste de radio pour écouter France Inter. C’est magique, voilà des gens qui parlent le français. Mais très vite, je me suis rendu compte de la légèreté des infos. La première nouvelle que j’ai entendue, c’était les histoires sentimentales de Sarkosy. Je n’ai pas regretté d’avoir été « débranché » pendant plus de trois mois. J’ai toutefois réalisé que le débat sur le référendum sur la constitution européenne avait pris une importance énorme. J’avais totalement oublié tout cela.

Ce soir, je retrouve les quais de Bilbao, comme je les avais laissés voici trois mois. La différence est la température, en fin février, il y faisait bien froid et les collines environnantes étaient couvertes de neiges. Ce soir, ces mêmes collines étaient verdoyantes….


Jeudi 27 mai 2005

La fin du voyage - Tout à une fin...

Le bateau est entré dans le port de Bilbao, le mercredi 25 mai en soirée. Je suis resté une dernière nuit à bord, il était trop tard pour prendre un train pour rentrer en France. Dès le jeudi matin, j'ai rejoint la gare de Bilbao, puis par bus, la gare d'Hendaye en France. J'étais à Paris le soir même et à Roscoff le vendredi après-midi. Le mois de traversée de Valparaiso à Bilbao s'est très bien passé. L'accueil de l'équipage était très chaleureux et amical. La météo a été bien raisonnable, j'ai un peu regretté l'absence de mer agitée, mais on ne peut pas tout avoir. Il n'a pas manqué de roulis. La traversée du canal de Panama est une expérience intéressante. Au large, nous avons eu la visite d'une baleine et de plusieurs dauphins qui s'amusaient comme des fous à l'étrave du bateau. J'ai disposé du temps nécessaire pour lire toute ma bibliothèque, pour rêver devant la mer. C'est exactement ce que j'allai chercher.

Dès que possible, je recopierai mes notes de la traversée ici. Ensuite, je reverrai l'ensemble du blog pour alléger les textes et ajouter quelques photos. Je ne me presse pas. Habitué à ne rien faire pendant un mois de mer; il ne faut pas reprendre trop brutalement les activités, c'est trop risqué.

Je suis rentré à la maison comme un bon fils, pour la fête des Mères et comme un bon citoyen pour le référendum sur l'Europe. A bientôt, pour les textes concernant le voyage retour en bateau

Pierre

 


Publié dans tysaozon

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