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Jeudi 21 juillet 2005
 

Diaporama de toutes les photos du voyage
L'album de photos est enfin à votre disposition.
J'espère qu'il sera un bon complétement aux notes de voyages
pour vous faire partager ces quelques semaines de balades

Je suis désolé par la publicité de chez "Lycos" qui ralentit la lecture des photos.
C'est le prix de la gratuité du service


 Quelques citations autour du voyage

« Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre un atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues... »
Joseph Kessel (1898-1979) - Grand reporter et écrivain français.

 

« Flâner est une sorte de lecture de la rue où les visages, les étalages, les vitrines, les terrasses de café, les tramways, les autos et les arbres deviennent de pures lettres, toutes égales en droit, qui, ensemble, forment les mots, les phrases et les pages d'un livre toujours nouveau. »
Franz Hessel (1880-1941) - Écrivain allemand, francophile. Chantre de la flânerie.

« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait ou vous défait. »
Nicolas Bouvier (1929-1998)


« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. »
Marcel Proust (1871-1922) - Écrivain français.

« Un voyageur doit avoir le dos d'un baudet pour tout porter, une langue pareille à une queue de chien pour flatter tout le monde, la gueule d'un cochon pour manger ce qu'on lui sert, l'oreille d'un marchand pour tout entendre et ne rien dire. »
Thomas Nashe (1567-1601) - Écrivain satirique anglais.

« Mon musée à moi, ce sont les chemins, les hommes qui les empruntent, les places de village, et une soupe, attablé avec des inconnus. »
Bernard Ollivier (1938-)

« L'impulsion du voyage est l'un des plus encourageants symptômes de la vie. »
Agnès Repplier (1858-1950) - Essayiste américaine.

« J'ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot... »
Honoré de Balzac (1799-1850)

" Certes, un rêve de beignet, c'est un rêve, pas un beignet. Mais un rêve de voyage, c'est déjà un voyage. "
Marek Halter (1936-)

« Le meilleur qu'on puisse ramener de voyages, c'est soi-même, sain et sauf. »
Proverbe persan

« Le voyage est un retour vers l'essentiel. »
Proverbe tibétain
« Le chemin est le but. »
Bouddha
Par Cuzon - Publié dans : tysaozon
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Samedi 28 mai 2005

Rêverie "chiffrée" d'un voyageur

Je parcoure un petit bout de notre terre et cette question m’effleure l’esprit.

« La terre est-elle grande ou petite ? » 

Voilà une question que l’urgence de la vie quotidienne ne nous donne pas le temps de poser.

C’est une question incomplète : grande ou petite, par rapport à quoi devrait ton demander ?

·         A l’univers, la réponse est simple, notre planète est minuscule.

·         Par rapport au monde de l’infiniment petit, c’est l’inverse, notre planète est énorme, mais l’homme, l’éléphant, une crevette rose ou une petite souris grise sont également énormes dans le monde « microscopique »

·         La terre part rapport à l’homme ? C’est déjà plus compliqué.  

Quelques calculs aideront peut-être à trouver une réponse.

Calcul du temps nécessaire pour faire le tour de la terre

  • A pied :
    • A 4 km/heure, pendant 10 heures par jour = 40 km/jour
    • Soit : 40.000km / 40 = 1.000 jours ou environ 3 ans
  • En vélo :
    • A 16 km/heure, pendant 10 heures par jour = 160 km/jour
    • Soit : 40.000km / 160 = 250 jours ou un peu plus de 8 mois
  • En bateau :
    • A 30 km/heure, 24h/24h = 720 km/jour
    • Soit : 40.000km / 720 = 55 jours ou presque 2 mois
  • En voiture :
    • A 80 km/heure, 10 heures par jours = 800 km/jour
    • Soit : 40.000km / 720 = 50 jours
  • J’exclus de ces calculs les avions, les spoutniks et autres engins qui ne font pas parties de mes rêves.
  • Pour faciliter les calculs, je considère que l’on se déplace aussi facilement sur la terre, les plaines, les montagnes, les lacs ou la mer.

Si vous décidez de voir toute la terre, de vos propres yeux, en marchant, vous devez décaler chaque tour de terre de 400 mètres à chaque tour de terre, afin de bien voir le paysage à votre droite et à votre gauche.

Vous devez accomplir :

40.000km, soit 40.000.000mètres/400mètres = 100.000 tours de la terre.

Si vous mettez 3 années à faire un tour de terre, il vous suffit de disposer de 300.000 ans et de quelques bonnes paires de chaussures.

Si vous souhaitez, rencontrer tous les habitants de la terre, en passant seulement 1 jour avec chacun, vous avez besoin de : .6.100.000.000 habitants /365 jours = 16.767.000 années. En sachant que dans un siècle, nous serons probablement 12 milliards d’humains, il faudra alors disposer de 33 millions d’années.

Les résultats de ces calculs sont surprenants et contradictoires.

S’il s’agit de faire le tour de la terre, quel que soit le moyen de transport, la terre est vraiment très petite. A peine 3 ans à pied, ce n’est rien.

A l’inverse, si nous voulons cheminer sur toute la surface de la planète et connaître chacun de ses habitants, une vie d’homme n’est plus rien, ce n’est plus à notre échelle humaine.

Vu sous et angle, il est difficile de répondre à la question « La terre est-elle grande ou petite ? »

Si l’on pose une autre question : « L’homme est-il grand ou petit ? » C’est encore incomplet. Il faut encore préciser « Par rapport à quoi ? »

A l’univers, à la terre, la réponse est simple « Oui, l’homme est minuscule, il n’est presque rien » Quand je mourrai, le soleil se lèvera le lendemain matin, comme tous les jours, comme si rien ne s’était passé.

Et pourtant, l’homme n’est pas rien. Sinon, nous serions toujours à l’âge des cavernes. L’humanité aujourd’hui est pour le meilleur et pour le pire la somme de toutes les vies des hommes disparus depuis des millénaires et des hommes d’aujourd’hui.

Nous sommes grands dans cette humanité.

Mais après, plus tard, dans quelques millions d’années, quand les rayons du soleil ne réchaufferons plus notre terre, la vie s’éteindra ici. Il en sera fini des hommes, de l’humanité, nous retournerons au néant.

Peut-être que dans un autre coin de l’univers, d’autres êtres vivants joueront le même jeu que nous. J’espère qu’ils seront moins sots que nous.

  • Qu’ils sauront que la différence de couleur de peau, de pensées, de croyances sont un enrichissement.
  • Qu’ils sauront que pour être heureux, il n’est pas indispensable que les autres soit malheureux.
  • Qu’ils sauront aimer l’autre, les autres en créant du bien être et non de la souffrance.

Les heures de rêverie sous le soleil équatorial mettent la cervelle en ébullition. Je vais devoir porter une casquette si je veux éviter une hospitalisation en urgence en service « Spécialisé »

Mai 2005 – quelque part en Atlantique, près des Caraïbes…
 
Par Cuzon - Publié dans : tysaozon
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Vendredi 27 mai 2005


Mercredi 18 Mai 2005

La vie est une longue mer tranquille…

R.A.S. – Le voyage se poursuit…

Comme chaque jour, je monte à la passerelle pour situer la position du bateau. Comme nous sommes loin des côtes, c’est sur une carte représentant tout l’Atlantique qui est utilisée pour la navigation. L’échelle est très différente des navigations côtières. Aussi, le chemin parcouru dans une journée ne représente qu’un minuscule trait sur la carte. A la vitesse moyenne de 14,5 nœuds, le navire parcoure environ 625 kilomètres par jour.

Je demandais à deux officiers s’ils préféraient naviguer comme là maintenant en pleine mer pendant une dizaine de jours sans escales ou à l’inverse une navigation plus côtière avec des escales tous les deux ou trois jours. Ils avaient des avis partagés. L’un d’eux trouvait moins monotone une route comprenant des escales assez fréquentes. Le temps semblaient passer plus vite car en ce cas, ils ont plus de travail lors des entrées et sorties des ports. Son collègue préférait la tranquillité d’une navigation, loin des routes trop fréquentées.

Personnellement, je préfère la navigation côtière alternant les temps en mer et les escales toujours intéressantes. Je m’étonne parfois de rencontrer que très rarement, les officiers et les marins sur le pont. Ils n’y séjournent que pour leur service. Sinon dès qu’ils terminent leur travail, ils entrent dans leur cabine quel que soit le temps à l’extérieur. Ils s’y reposent et s’occupent en regardant des DVD ou en « jouant » sur leur ordinateur ( sans internet). Les couchers de soleil, ils les ont vus des centaines de fois et cela ne les passionnent plus.


Jeudi 19 mai 2005

Une baleine nous rend visite…

R.A.S. – Mer plate – Vue principale >>>> l’horizon sur 360°. La température s’adoucit, elle se situe autour de 22/23°C. Une seule douche suffit pour se sentir bien. Les chemises ne collent plus à la peau.

En fin d’après-midi, voilà un événement dans cet espace vide.

Une baleine en plein forme nous salue au a en soufflant à pleins poumons de superbes jets d’eau

Je me suis posé quelques questions en début de soirée. Voilà le bateau à l’arrêt complet. Déjà en début d’après-midi, les moteurs avaient été arrêtés durant une heure environ. J’avais appris qu’il s’agissait d’un test. Vers 19 h 00, le second arrêt s’est prolongé plus longtemps encore. Pas vraiment inquiet, mais curieux, je viens de rencontrer les officiers qui confirment qu’ils avaient eu quelques problèmes techniques mais que tout était rentré dans l’ordre. Cela est très curieux, un gros cargo immobile au milieu de l’océan.


Vendredi 20 Mai 2005

Un ballet de dauphins

Côté navigation, rien à signaler. Côté climat, chaque jour apporte quelques changements. Le ciel est resté gris jusqu’à la moitié de l’après-midi. Il ne fait pas froid, mais si l’on reste au vent cela devient presque inconfortable.

La distraction du jour s’est produite, vers 17 h 00. J’étais à mon poste habituel seul à l’avant du navire, à nouveau fréquentable car la mer est d’huile. De temps en temps, j’interromps la lecture pour me reposer les yeux, la nuque, pour me dégourdir les jambes et les bras. La lecture assidue est physiquement « fatigante ». Je m’appuie sur le bastingage regardant cet immense lac endormi. Et tout à coup au loin, droit devant, j’aperçois une agitation. Un groupe d’une douzaine de dauphins s’ébattait joyeusement. Ils se sont rapprochés de l’étrave et sont restés jouer pendant cinq minutes peut-être. J’avais déjà assisté à ce spectacle lors de mon service militaire dans la Marine voici plus de quarante ans. Mais l’émotion reste toujours aussi forte de voir ces animaux en totale liberté vivrent leur vie.

La journée de demain offrira également quelques heures de divertissement. Nous passerons entre les îles des Açores.

Je plaisantais avec un officier en lui proposant de faire un crochet vers Roscoff, car le bateau passera au large de la Bretagne en rejoignant Dunkerque et Rotterdam.


Samedi 21 mai 2005

L’archipel des Açores

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Belle journée de navigation. Dès le matin, j’aperçois les contours de la première île des Açores. J’ai pris tout mon attirail de parfait passager : livre, appareil de photos, jumelles et je me suis installé dans mon espace « privé » comme chaque jour. Le soleil était bien dégagé dès le lever du jour. Je suis resté à cet endroit jusqu’à 14 h 00, regardant défiler une à une cinq des huit îles de l’archipel. Un petit arrêt dans un port eut été la cerise sur le gâteau….

Des dauphins sont venus à nouveau jouer autour de l’étrave. Ils m’ont vraiment stupéfié. Un moment, ils étaient sept exactement parfaitement en ligne comme pour un départ de course. Et le ballet a commencé. Chacun à son tour effectuait un, puis deux, puis trois sauts et le suivant recommençait à son tour. Un vrai bonheur…

Cette nuit, je vais devoir choisir la position idéale pour bien dormir. Un roulis bien accentué fait danser le bateau. Je me cale la tête sur le côté du lit contre la cloison et les jambes repliées, je me coince avec les pieds sur l’autre côté du lit. Cela ne m’évite d’être ballotté, mais m’empêche d’être roulé à chaque mouvement du bateau d’un bord à l’autre du lit. On s’y fait très bien et j’aime assez cette danse.


Dimanche 22 mai 2005

Journée ordinaire en mer

Journée de mer ordinaire, pas de côtes en vue, pas de baleines, pas de dauphins.

J’expédie un email à Joss pour lui donner les précisions sur l’arrivée du bateau à Bilbao pour organiser le retour en Bretagne.

J’ai entamé mon dernier livre « Le Greco ». Il est assez dense. Il suffira pour occuper les trois derniers jours de navigation qui restent à parcourir.

A minuit, nous avons notre montre d’une heure. Nous avons rattrapé les 7 heures de décalage horaire qu’il y avait entre Valparaiso et l’Europe.

Ce soir comme souvent, je suis resté près de deux heures sur le pont attendant le coucher du soleil. Je n’en parle pas chaque jour mais cela fait partie des rites de ma vie à bord.


Lundi 23 mai 2005

Une autre journée ordinaire en mer

Rien à signaler – Belle journée sans événements. On perçoit une ambiance de retour au bercail. Deux officiers commencent à frétiller. L’un d’entre eux, Thomas le polonais, recevra la visite de sa femme et de ses deux enfants à partir de l’escale de Dunkerque. Le second, Vladislolas, le lithuanien sera en congé à l’arrivée à Rotterdam pour 5 mois après 7 mois de mer. La vie des marins….


Mardi 24 mai 2005

Arrivée à Vigo en Galice

Arrivée à Vigo à 05 h 00 du matin. Je dormais comme un loir. Je n’ai rien entendu du poste de manœuvre d’entrée au port. Je sors en ville dès 10 h 00 le matin, avec comme objectif d’appeler Joss au téléphone pour parler de l’organisation de la fin du voyage – Bilbao – Roscoff.

Le bateau doit accoster le mercredi soir à Bilbao. Je resterai cette nuit là à bord. Je quitterai le bateau le jeudi matin seulement. Pour la suite, je verrai une fois mis le pied à terre.

Vigo est une jolie ville ( la partie ancienne en particulier). C’est la Galice, avec des maisons en granite comme dans les pays celtes. La vie est située au fond d’un large estuaire, une Ria. Elle est entourée de collines boisées. Cette ville a beaucoup de charme.


Mercredi 25 mai 2005

Une dernière nuit à bord à Bilbao

La route de Saint Jacques de Compostelle, de l’autre côté cette fois, vu du côté mer. Cela est très imaginaire, le bateau navigue à plusieurs kilomètres de la côte. Mais, en suivant les cartes à la passerelle, il est simple de savoir avec précision quelles sont les villes proches.

Après une journée de mer très calme, la mer est lisse, nous entrons dans le port de Bilbao vers 21 h 00, juste à l’heure du coucher du soleil.

J’ai passé ma dernière journée à bord à traîner sur le pont, ayant épuisé ma bibliothèque de voyage. Dans l’après-midi, j’ai sorti du placard, le poste de radio pour écouter France Inter. C’est magique, voilà des gens qui parlent le français. Mais très vite, je me suis rendu compte de la légèreté des infos. La première nouvelle que j’ai entendue, c’était les histoires sentimentales de Sarkosy. Je n’ai pas regretté d’avoir été « débranché » pendant plus de trois mois. J’ai toutefois réalisé que le débat sur le référendum sur la constitution européenne avait pris une importance énorme. J’avais totalement oublié tout cela.

Ce soir, je retrouve les quais de Bilbao, comme je les avais laissés voici trois mois. La différence est la température, en fin février, il y faisait bien froid et les collines environnantes étaient couvertes de neiges. Ce soir, ces mêmes collines étaient verdoyantes….


Jeudi 27 mai 2005

La fin du voyage - Tout à une fin...

Le bateau est entré dans le port de Bilbao, le mercredi 25 mai en soirée. Je suis resté une dernière nuit à bord, il était trop tard pour prendre un train pour rentrer en France. Dès le jeudi matin, j'ai rejoint la gare de Bilbao, puis par bus, la gare d'Hendaye en France. J'étais à Paris le soir même et à Roscoff le vendredi après-midi. Le mois de traversée de Valparaiso à Bilbao s'est très bien passé. L'accueil de l'équipage était très chaleureux et amical. La météo a été bien raisonnable, j'ai un peu regretté l'absence de mer agitée, mais on ne peut pas tout avoir. Il n'a pas manqué de roulis. La traversée du canal de Panama est une expérience intéressante. Au large, nous avons eu la visite d'une baleine et de plusieurs dauphins qui s'amusaient comme des fous à l'étrave du bateau. J'ai disposé du temps nécessaire pour lire toute ma bibliothèque, pour rêver devant la mer. C'est exactement ce que j'allai chercher.

Dès que possible, je recopierai mes notes de la traversée ici. Ensuite, je reverrai l'ensemble du blog pour alléger les textes et ajouter quelques photos. Je ne me presse pas. Habitué à ne rien faire pendant un mois de mer; il ne faut pas reprendre trop brutalement les activités, c'est trop risqué.

Je suis rentré à la maison comme un bon fils, pour la fête des Mères et comme un bon citoyen pour le référendum sur l'Europe. A bientôt, pour les textes concernant le voyage retour en bateau

Pierre

 


Par Cuzon - Publié dans : tysaozon
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Lundi 9 mai 2005


Mardi 10 mai 2005

Une nuit devant Panama City

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Une journée de mer ordinaire, sans escale. C’est une zone bien chaude où l’on ne pense qu’à se protéger du soleil. C’est encore la cabine, l’endroit le plus frais, malgré ses 28°C. J’ai fait une réserve d’eau dans le réfrigérateur, c’est le luxe par les temps qui courent.

Depuis hier, j’ai commencé à me baigner dans la piscine d’eau de mer du bateau. Une piscine d’environ 4 mètres sur 3 est à la disposition de tous les marins. Une bonne demi-heure dans la piscine, c’est très confortable.

J’ai reçu un email qui me confirme que le contact avec les miens sera possible pendant les deux ou trois semaines de mer en cas d‘urgence. C’est très rassurant

Vers 17/18 heures, nous arrivons dans la zone du canal de Panama. C’est assez étonnant, même de loin. Alors qu’en général en haute mer, on ne croise que très peu de navires. Ici, c’est un carrefour, un lieu de ralliement. Le bateau a jeté l’ancre vers 19 heures, de nuit, dans la baie devant les gratte-ciel de la ville. Nous nous engagerons dans le canal qu’aux premières heures du matin. C’est une organisation complexe cette traversée du canal. Chaque bateau, avant de s‘engager reçoit la visite de trois ou quatre contrôleurs qui inspectent le fonctionnement des systèmes de navigation et de sécurité. Ce n’est qu’après l’accord de ces inspecteurs que le pilote monte à bord, lorsque arrive notre tour pour commencer la traversée. Et cela se bouscule au portillon. C’est un endroit stratégique mondial et principalement américain. J’imagine que tout ce qui concerne la sécurité sous ses divers aspects doit être minutieusement épluché.

Un officier m’a expliqué la traversée à l’aide d’une carte marine. Si l’on rentre côté pacifique, on passe sous un pont qui relie les deux parties de Panama. Les premières écluses « Miraflores » sont très proches. Après une petite navigation dans la partie la plus resserrée du canal, une seconde série d’écluses se présente. Ensuite, nous arrivons sur le lac artificiel « Gatun ». Nous sommes en eau douce. Après quelques heures de navigation, nous sommes devant les dernières écluses, qui nous redescendent au niveau de la mer ( écart de niveau 26 mètres ). Toute l’opération dure environ douze heures.

J’ai hâte de suivre ce périple dès demain.

Dans la journée, une quinzaine de dauphins nous a offert un superbe spectacle autour du bateau. En soirée, c’est un vol groupé d’une bonne cinquantaine de pélicans qui a clos le spectacle animalier.


Mercredi 11 mai 2005

Le passage de « Panama canal »

Longue journée, je ne voulais rien manquer du passage de Panama. Je dormais d’un œil pendant la nuit, pour ne pas me réveiller au milieu du canal au petit matin. Vers 05 h 00, j’ai entendu quelques bruits, perçu un mouvement du bateau, je me suis levé immédiatement. Il faisait encore nuit. Je n’ai pas pu faire de photos de l’entrée du canal, ni du passage sous le « Pont des Amériques », ce pont qui relie l’Amérique du Nord et du Sud. Dès 06 h 00, le jour était levé. Armé de mon appareil photographique, j’ai parcouru le bateau toute la journée pour conserver des images de cette navigation si particulière pendant environ 78 km.

C’est vraiment passionnant ce passage sur deux plans :

Après quelques jours de haute mer, dans cet univers bleu ( ciel et mer), se retrouver plongé dans une forêt tropicale luxuriante, verte et fleurie, c’est une agréable surprise. Je n’ai pas vu, mes les marins m’assurent qui voient souvent des crocodiles qui se prélassent dans les eaux du canal. J’ai tout de même aperçu longuement un barracuda tourner autour du bateau dans la nuit dans la baie. Dans le silence à l’avant du bateau, j’ai aimé les chants des oiseaux de cette forêt très dense.

Sur le plan technique ( conception, construction, navigation), ce canal est fantastique. Comment des hommes à la fin du 19ème siècle ont-il imaginé une telle réalisation ? Certes, il y a des gros intérêts, des gros sous et des intérêts stratégiques autour de cette voie navigable. Pour tenter d’imaginer, l’ampleur du travail, un seul chiffre suffit. Si l’on avait entreposé tout le volume de pierres et de terres déplacées sur les wagons d’un train, celui aurait fait quatre fois le tour de la terre.

Les écluses rehaussent les navires de 26 mètres, c’est l’écart entre le niveau de la mer et le niveau du lac qui se situe entre les deux océans.

Pendant la traversée du canal, des équipes d’hommes travaillant pour la Compagnie « Autorité du Canal de Panama – ACP montent à bord pour assez la totalité des manœuvres de navigation. Au port de Brest, ces hommes s’appellent les « marguats ». Ils m’ont impressionné par leur stature. A 95%, ce sont des hommes noirs, très grands et très costauds. Ils me faisaient penser aux athlètes américains. Entre deux manœuvres, il y a des temps morts de 30 ou 40 minutes. Ces grands gaillards en profitent immédiatement, et s’allongent où ils le peuvent pour « piquer un roupillon ». Pour la plupart, ils embarquent avec un grand sac de sport. C’est à la fois leur casse-croûte mais c’est aussi le petit « supermarché ». Ils s’adressent aux marins « What do you want ? Ils vendent des DVD, des cassettes vidéos, des cigarettes. Et probablement autres choses selon le style du client. En un mot, ce sont de sacrés « loulous », pas très violents au travail mais plutôt bons en affaires.

Les nombreuses photos prises pendant ce passage permettront d’imaginer le fonctionnement du canal.

Nous voilà vers 18 h 00 en Atlantique dont nous entamons la traversée. Le premier point de passage est un détroit entre l’île de Puerto Rico et celle de Saint Domingue ( le passage de Mona). Nous y serons après deux ou trois jours de navigation.


Jeudi 12 mai 2005

Journée de mer

Journée de mer normale. A 07 h 00, il fait 30°C. Le vent souffle environ à 30km/heure. La mer Atlantique est bien différente de celle du Pacifique. Les vagues sont un peu plu creuses et cela moutonne bien. Je ne peux pas rejoindre mon salon de lecture. Aujourd’hui, à cet endroit c’est une douche à forte pression.


Vendredi 13 Mai 2005

Journée de mer

Les journées se ressemblent bien sûr. Je fais des calculs savants pour évaluer mes réserves de lecture et de tabac. Normalement, je devrai avoir ce qu’il faut jusqu’à l’arrivée. Il me reste environ deux semaines de navigation, j’ai encore cinq gros livres à lire et 4 paquets de tabac.

Tous les deux jours, nous avançons notre montre d’une heure. Par rapport à Paris, le décalage sera de cinq heures.

Le maître d’hôtel ( steward) m’amuse bien. Quand je rentre dans la salle à manger, il se met presque au « garde à vous », claque des talons et m’adresse un « Morning Sir ». Je devrai y être habitué, mais malgré la répétition quotidienne, je continue à trouver cela cocasse. Il commence à connaître mes « caprices » alimentaires. Il n’est pas question de proposer des menus adaptés, simplement il ne m’apporte pas sur la table les plats dont il sait que je n’y toucherai pas. Je n’ai aucun problème, car par rapport au travail que je fournis, les repas sont plus que suffisants.

Depuis notre entrée en Atlantique, l’état de la mer est assez différent. Le bateau bouge très peu, il n’y a plus de roulis et un brin de tangage, bien que la mer soit plus agitée que dans le pacifique. Les vagues mesurent peut-être un à deux mètres, ce qui n’est rien pour ce bateau. Le seul inconvénient est de ne plus pouvoir lire à l’avant du bateau, car, des gerbes d’eau arrosent copieusement  toute la partie avant. J’ai trouvé des caches bien tranquilles mais un peu plus bruyantes.


Samedi 14 mai 2005

Près de St Domingue et de Puerto Rico

A l’aube, nous croisons entre Saint Domingue et Puerto Rico ( le passage de Mona ). Le temps n’est pas très clair, seule la côte de Puerto Rico est visible du bateau. Nous filons droit au nord-est en direction de Vigo. Nous passerons auprès de l’archipel des Açores dans huit jours environ, et accosterons à Vigo, probablement dans dix jours, le 24 mai. L’arrivée à Bilbao, le terminus en ce qui me concerne, est prévue le 25  au soir ou le 26 au matin. Après l’escale espagnole, le bateau continuera sa route vers Dunkerque et Rotterdam.

Ce matin, nous avons fait un exercice de sécurité en mer. Au signal d’une sirène, nous devions nous regrouper le plus rapidement possible à un point défini à l’avance sur le pont, équipés de notre casque et de notre « live jacquet », la veste de survie. Nous avons tous embarqués dans le « live boat », le canot de survie. Il est conçu pour 32 personnes, nous ne sommes que 23 trois à bord, il y a de la place pour tous… C’est impressionnant, car le live boat est accroché sur sa rampe de lancement ( à 45°). Chacun doit connaître sa place, s’installer, s’attacher. L’exercice s’est arrêté après la mise en route du moteur. Le plongeon en mer n’a pas eu lieu. Cela se fait environ tous les trois mois. Ouf !!! Car le choc doit être rude. Le live boat est équipé de systèmes de communication qui émet des signaux reçus par les satellites, qui calculent la position exacte des naufragés. Il y a de la nourriture pour quelques jours, ainsi que de l’eau douce et même du matériel de pêche, au cas ou les secours tardent….

Le repas de ce samedi soir est une nouveauté pour moi. C’est une « grillade-party » sur le pont du bateau. En fin d’après-midi, les marins installent des bâches car le temps est menaçant, disposent des tables et des chaises. Le barbecue est allumé. Mais pas de chance, à l’heure prévue pour le repas, il tombe des seaux d’eau, une bonne pluie tropicale. Après une tentative infructueuse de se protéger sous les bâches, tout l’équipage se réfugie dans la salle à manger des marins birmans. J’ai apprécié car c’était le premier repas partagé en commun avec les officiers et les marins.

Petit à petit, j’arrive à découvrir les conditions de travail des uns et des autres, les salaires, les contrats de travail, les temps de vacances. J’ai longuement parlé avec un des marins birmans, le seul homme un peu francophone à bord. C’est un homme très doux, très réservé. Il m’a permis de comprendre la vie de ces ouvriers « immigrés » travaillant pour une compagnie européenne.


Dimanche 15 mai 2005

Un dimanche en mer

Ce matin, j’ai rendez-vous, à bord bien sûr. Le chef ingénieur, m’a proposé de visionner mes photos de voyages sur son ordinateur personnel dans sa cabine. Cela m’a permis de me faire une idée de la qualité de mes photos. Il y en aura plusieurs à supprimer, en particulier les photos de paysages prises de l’intérieur du bus en mouvement qui ne sont pas bonnes. Enfin, il en restera suffisamment pour donner une idée du voyage.

Le reste de la journée comme chaque jour en mer, je fais une ou deux visites à la passerelle pour repérer notre position sur la carte et saluer l’officier de quart. Les intermèdes repas sont assez brefs. Cela ne ressemble pas du tout aux repas sur le bateau italien qui étaient de véritables cérémonies rituelles et théâtrales. Ici, au mess des officiers, nous pourrions être six personnes, il n’y a guère plus de deux ou trois personnes ensemble. Chacun arrive à son heure selon ses désirs et ses occupations.

Je continue mon stage de lecture. Je suis complètement entré dans ce rythme et le lis plusieurs heures par jours. Pour varier, je me déplace sur le bateau au gré du soleil, du vent et des embruns. J’essaye d’être à l’extérieur le plus souvent possible dans la journée, car la nuit arrive assez tôt ce qui me fait passer déjà beaucoup de temps dans la cabine.

Ce soir, juste avant d’écrire ces notes, je suis resté plus d’une heure, assis sur le pont en rêvassant devant le soleil couchant. Je serai avant la fin de ce voyage un expert de l’inaction et de la rêverie.


Lundi 16 Mai 2005

Une journée de mer …une de plus…

Journée de mer sans rien à signaler. La mer est plutôt belle, le ciel variable, bien couvert au lever du jour. Au fil des heures, le bleu revient et s’installe pour le reste de la journée.

Au dîner, j’ai demandé à Thomas, l’électricien, s’il avait cinq minutes pour s’occuper du lecteur de CD dans ma cabine qui ne fonctionne pas. Il m’en a installé un nouveau, ce qui m’a permit de m’offrir une soirée musicale. J’avais acheté à Buenos-Aires deux CD. Le premier, c’est  une compilation de tangos très classiques. Le second, je l’avais acheté dans la rue directement avec le chanteur lui-même, Yanquetruz. C’est cet homme de près de 70 ans que Paolo et moi avions rencontré. C’est un ancien exilé politique argentin qui avait fuit son pays pendant la dictature. Les chansons et la musique datent de 1977, et avaient été enregistrées à Paris.

Toute la soirée, j’ai passé ces deux disques en boucle. Assis dans mon fauteuil à bascule, les pieds sur la table du salon, le hublot grand ouvert sur la mer, la pipe au bec, bercé par le bateau, ce fut un vrai régal.

J’avais précédé ce « concert » du spectacle du coucher de soleil, là aussi c’est un plaisir toujours renouvelé.

Après ces quelques notes, je m’installe pour la lecture dans un lit tout frais. La literie est changée chaque lundi par le steward. J’ai deux bouquins en cours. Je trouve cela agréable, car tout en continuant la même activité, en alternant les livres, je ressens une sensation de changement. Il est 21 h 00, je lirai jusqu’au sommeil qui arrive naturellement vers une à deux heures du matin. Parfois, il est trois heures avant de poser le livre. Mais aucun problème, pour être à poste au petit déjeuner à 07 h 30 et entendre : « Morning Sir ».


Mardi 17 mai 200

RAS

Journée de mer calme. Nous sommes à peu près au milieu de l’Atlantique Nord sur la latitude du Maroc et la longitude du Groenland. A la passerelle, j’ai obtenu quelques précisions sur la situation des jours à venir. Nous serons aux alentours de l’archipel des Açores, le samedi 21, et à Vigo le mardi 24 puis à Bilbao le jeudi 26. Il me reste une bonne semaine de mer.

J’ai quelques échanges sympathiques avec les officiers. Cet après-midi, c’est le marin birman, qui est resté me parler une bonne demi-heure.

Ces rencontres sont des temps courts sur une journée entière. Le reste du temps, je me déplace tout seul, un livre à la main d’un coin à un autre du bateau. Les journées se passent ainsi dans le plus grand calme sans impatience. Je note en regardant le dalendrier que l'ai quiité Roscoff, voici trois mois aujourd'hui

Par Cuzon Pierre - Publié dans : tysaozon
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Dimanche 1 mai 2005


Mardi 03 mai 2005

En mer…

Les habitudes s’installent. Je ne vais pas beaucoup à l’extérieur. Le temps reste couvert mais surtout, il faut être très attentif dehors car le roulis est important et il faut s’accrocher pour se tenir sur le pont. Heureusement qu’un hublot de la cabine, juste devant le bureau peut s’ouvrir. Je peux ainsi bénéficier de l’air marin et de la ligne d’horizon.

Ce matin après le petit déjeuner, je suis monté à la passerelle ( au 6ème étage ). Le commandant, très bavard m’a raconté toutes sortes d’histoires. Mais, il parle très vite, en anglais bien sûr. Je crois que je comprends un tiers de ce qu’il me dit. Ensuite, il m’a invité dans sa cabine pour me montrer sur son ordinateur ses photos personnelles, les photos de sa maison, de sa femme. Sa maison en Bavière se trouve dans le village où Ludwig II de Bavière a construit un superbe château sur un piton rocheux. Il m’a également fait voir quelques photos du canal de Panama.

Il a un vrai désir de communication. Hier après-midi, il est venu frapper à ma porte pour me donner une carte de l’Amérique du Sud, indiquant les escales et la route de notre voyage. C’est trop drôle, car les deux commandants rencontrés au cours de ce voyage sont absolument des personnalités différentes, opposées.


Mercredi 04 mai 2005

En mer…

Le bateau continue de rouler comme une bigoudène déhanchée, mais cependant dès les premières lueurs du jour, je m’aperçois que tout a changé. Le ciel est clair. Dès que le soleil est levé, nous baignons dans le bleu le plus parfait.

J’ai bien essayé mais sans succès de capter la radio française RFI. Ce n’est pas grave. Je dois trouver en moi-même ou dans les livres de quoi à nourrir mon imagination. Je prends le temps de préparer un email, surtout pour donner une adresse où m’écrire en cas de besoin.

Je continue à dévorer sans retenue, avec gourmandise ma bibliothèque. Surtout que j’ai trouvé au « carré » trois ou quatre livres en français je ne risque pas la panne sèche.

Cet après-midi, pour la première fois, sur les conseils d’un officier, je suis allé en repérage à l’extrême avant du bateau. C’est le coin le plus agréable du navire car il n’y a aucun autre bruit que celui des vagues qui se brisent sur l’étrave du bateau. Ce secteur du bateau est déserté par l‘équipage en mer. Il n’est réellement fréquenté qu’au moment des manœuvres d’accostage. C’est également la zone du bateau la plus propre, car les fumées de la machine sont à 200 mètres vers l’arrière. Enfin, c’est un espace découvert, sans containers et quelque que soit la route du navire, c’est un espace ensoleillé. En un mot, j’ai trouvé un « salon » de lecture idéal. Dès aujourd’hui, j’y suis resté lire une bonne heure, mais je n’y reste pas trop longtemps car ici au soleil des tropiques, il y a fait vraiment chaud.

Ce matin, l’officier mécanicien m’a proposé de visiter les salles des machines. C’est étonnant par la puissance des moteurs mais également par la propreté des locaux. Par contre, ce lieu doit être très pénible pour les personnels qui y travaillent. Il y fait une chaleur d’enfer ( souvent près de 50°c) et le bruit des machines est insoutenable.

Voilà, après trois jours d’embarquement, j’ai fait le tour de « propriétaire ». Hormis ma cabine où je suis bien installé, mon endroit favori est la passerelle de navigation. J’y vais au moins deux fois par jours, parler avec l’officier de quart, lire les cartes pour suivre la progression du voyage. Sur le radar, il n’y a rien à voir. Sur cette ligne, il n’y a que très peu de navires. Sur les cartes, j’ai noté la profondeur de l’océan, près de 5.000 mètres. Cela m’impressionne un peu. La Manche entre Plymouth et Roscoff est profonde au maximum de 125 mètres…

Ce soir, auprès de mon assiette, je découvre une feuille avec un poème. C’est le commandant qui me l’a offert. C’est un poème « The dream » qu’il a écrit à sa femme. Cette attention est vraiment charmante.


Jeudi 05 mai 2005

En mer… Arrivée à Callao au Pérou

Chaque jour la chaleur progresse. Il fait bon d’être au soleil sur le pont. Ces moments de lecture à l’avant du bateau sont vraiment délicieux.

Depuis l’après-midi, nous apercevons la côte derrière une fine brume de chaleur. L’entrée au port débute vers 16 h 00. Il faut généralement une à deux heures pour entre l’approche du port et la fin complète de l’accostage. Je termine rapidement ces notes avec l’espoir de les poster à Callao, le port de Lima en début de soirée.

Selon les conseils insistants des officiers, je n’irai pas dans la ville. Ils m’ont vraiment déconseillé cette sortie tout seul, le soir. J’avais déjà entendu ce discours lors des escales africaines, mais nous étions deux. Je descendrai à l’intérieur du port sentir le style local et tenter de poster la lettre et si possible trouver un ordinateur pour lire les nouvelles….

Dans la dernière demi-heure, en approchant de la terre, j’ai eu le temps d’observer trois pélicans en vol groupé. Quelques minutes plus tard, c’étaient deux lions de mer qui s’amusaient bien.

Tout va bien, je dévore mes bouquins et je me sens bien sur ce bateau dont l’accueil est remarquable.


Vendredi 06 mai 2005

Nous quittons Callao… direction Manta en Equateur

Réveil à 07 h 00 dans la brume du matin. Un instant, je me demande si nous sommes déjà en mer. Un petit coup d’œil par le hublot me confirme que le bateau est à quai. Le temps d’une douche, je sors sur le pont pour sentir l’ambiance matinale et déjà tout l’équipage est à son poste de manœuvre, prêt pour l’appareillage. Les sorties de port sont bien plus rapides que les entrées (1 heure pour sortir ; deux heures ou plus pour entrer).

Nous voilà repartis pour quelques jours de mer. Je monterai tout à l’heure à la passerelle discuter avec l’officier de quart pour avoir des informations sur la suite du voyage. Selon mes calculs et les informations connues, le bateau sera Panama dans cinq à six jours.

Hier soir, la coupée pour descendre sur le quai de Callao n’a été posée que vers 19 h 00. Ici, il fait nuit noire à cette heure là. Une dernière fois, j’ai évoqué la possibilité de sortie avec les officiers. Ils m’ont confirmé que seul c’était trop dangereux, en me faisant  le geste de la main et du bras qui coupe le cou. Je ne suis pas kamikaze, j’ai donc abandonné l’idée de sortir en ville. Les officiers m’ont proposé de les accompagner dans une boutique de souvenirs à 200/300 mètres du cargo. C’est une sorte de mini super marché pour les marins qui justement de ne vont pas en ville. L’intérêt de cette brève sortie c’est d’une part d’avoir tout de même mis le pied sur le sol péruvien, mais surtout d’avoir croisé quelques dizaines de Péruviens dans ce « Shop » et sur les quais. C’est une population très différente de celle de l’Argentine et du Chili. Hormis, quelques employé(e)s du port d’origine européenne, la quasi-totalité des personnes rencontrées sont essentiellement des indiens.

C’est  frustrant de n’avoir qu’une approche aussi limitée dans un pays. Mais, je savais avant le départ que certaines escales se dérouleraient ainsi, soit pour des questions de durée trop courte de l’escale, soit pour des raisons de sécurité.

Après la traversée du Canal de Panama, il n’y aura pas d’escale. Celle prévue en Colombie ne se fera pas. De toute manière, les marins m’avaient informé que l’escale colombienne était encore plus dangereuse que l’escale péruvienne.

Je vais reprendre mon « activité » lecture…. Je retrouve mon salon préféré, tout à l’avant du navire, seul avec la mer, le ciel et le soleil. Je me méfie un peu de ce dernier et je ne reste pas plus d’une heure en continue sous ce soleil tropical. Je fais des « récréations » côté ombre de temps en temps.


Samedi 07 mai et dimanche 08 mai 2005

En mer… direction Manta en Equateur

Ce matin vers 06 h 00, je m’apprêtais à assister au lever du soleil. Rien, rien de spectaculaire. Le ciel est rempli de nuages. Peu à peu, il s’éclaire et bleui. A midi, le soleil, ni au nord, ni au sud, mais juste au dessus- de nos têtes rayonnait sans limites. Petit changement au programme, nous ferons une escale d’une douzaine d’heures demain dimanche à Manta en Equateur. Cela ressemblera probablement à celle de Callao…, si nous arrivons en fin d’après-midi, ce qui n’est pas propice aux aventures solitaires.Nous verrons bien…

Nous sommes en Equateur. Le thermomètre sur le pont indique 28°C. Je vais tout de même lire à la pointe du bateau, en me couvrant la tête d’une casquette offerte par le commandant.


Lundi 09 Mai 2005

Près de Panama

Ce lundi, le bateau approche de Panama. Il fait très chaud, 32°C. Nous traverserons le canal dans la journée de mercredi, et après nous irons d’un seul trait à Vigo.

Nous avons fait escale au Pérou à Callao et en Equateur hier à Manta. Le moral est au beau fixe, et je n’ai pas encore vu une vague digne de ce nom.

Nous sommes devant le port de Manta vers 14 h 00, il est 16 h 00 quand la coupée est posée. Je sors en ville y faire une balade. C’est intéressant car cette ville est banale, pas très grande et surtout pas touristique pour un sous. C’est dans ces villes que l’on voit le mieux les gens du pays. C’était l’heure du retour de la plage. Les familles souvent nombreuses quittaient le sable, s’achetaient quelques « lichouseries » (friandises en français) avant de rentrer à la maison. Le moyen de transport le plus utilisé est le bus, mais de nombreux « pick-up », ces voitures américaines avec une cabine fermée à l’avant et un plateau ouvert à l’arrière embarquaient de dix à douze personnes. Les enfants s’entassaient à l’arrière sans aucune sécurité, et cela ne semble gêner personne. D’une certaine manière, cela me rappelle les transports sur les charrettes à l’île de Batz qui sont pour moi de très bons souvenirs.

Je rencontre en ville André, un russe qui est à bord de notre cargo depuis quelques jours. Nous partageons une bière bien fraîche, un délice sous les tropiques. Il me prête sa carte de téléphone. J’appelle Joss à Roscoff vers 17 h 30 ici ( 00 h 30 – là-bas) en sachant bien que je risquais de la réveiller. Mais c’est bien car à partir de maintenant, je ne mettrai pas le pied à terre d’ici l‘arrivée en Espagne. Sachant qu’elle à quelques soucis de connexion à internet, j’ai pu la rassurer et lui dire que le voyage se passait très bien.

André est ingénieur électronicien. Il vit avec sa famille à Valparaiso. Il assure la maintenance et les dépannages urgents sur divers bateaux de commerces. Le commandant de l’ »Angol » l’a fait venir à bord pour intervenir sur le radar. Il prend un avion de Valparaiso à Lima, embarque à Callao, fait sont travail pendant quelques jours de navigation. Il débarquera à Panama après avoir fait son travail, et d’un coup d’avion, il rejoindra son domicile au Chili, en attendant une nouvelle intervention.
Par Cuzon Pierre - Publié dans : tysaozon
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Dimanche 1 mai 2005


Dimanche 01 mai 2005

Embarquement à Valparaiso (2)

Réveil matinal à « La Bicyclette », je dois faire mon sac. C’est aujourd’hui l’embarquement. A vrai dire, je n’ai aucune raison de me presser. J’ai un rendez-vous à 12 h 00 avec l’agent maritime, je le connais déjà, je connais son bureau qui est à un quart d’heure de marche de l’auberge. Mais bon ! je tiens à ne pas rater le bateau que j’attends depuis quelques jours. Mon pote toulousain qui loge un peu plus haut dans la colline vient à 09 h 00 pour prendre le déjeuner dans le petit jardin afin de me dire au revoir. Nous ne sommes pas longtemps seuls au déjeuner. Deux anglaises, puis deux allemands partagent le « breakfast ». Chacun raconte un peu sa route, son voyage. Quand il s’agit d’arrivants à Valparaiso, on transmet les tuyaux pour faire, selon le temps disponible, la découverte de la ville. Ces échanges du matin sont très agréables généralement. Il y a une petite gymnastique linguistique entre l’espagnol, l’anglais, parfois l’allemand et le français. Généralement dès qu’il y a plus de trois personnes, c’est l’anglais qui s’impose.

Je descends en ville écrire un mail pour confirmer mon départ, et me voilà en partance vers le cargo allemand. Je dois dire avec plaisir que je rencontre pratiquement toujours de gens qui veulent vous aider malgré les différences de langues. C’est vrai du bureau de la Compagnie maritime, de son correspondant qui me conduit en voiture à la coupée du bateau, des policiers qui contrôlent l’entrée du port.

Je grimpe la coupée. Immédiatement, un marin philippin m’accueille et va me présenter au commandant en second. Mon arrivée avait été annoncée au commandant par l’agent de la Compagnie. Je suis conduit à ma cabine, au quatrième étage au-dessus du pont principal. La cabine est parfaite, très claire, il y a deux hublots dont un ouvrant. C’est agréable car par temps très calme, une aération directe c’est appréciable.  C’est un bateau allemand, la literie c’est une bonne couette, plus confortable que le drap et la couverture. Il y a plein de rangements, armoires, penderies, tiroirs, mais aussi de l’électronique, radio, lecteur CD ? TV, magnétoscope, réfrigérateur. Je dispose d’un bon bureau et d’un fauteuil de bureau très confortable pour écrire. Bien sûr, la salle de bains et une douche particulière à la cabine sont à ma disposition. Le top c’est un canapé et une table de salon…

Voilà de quoi passer un mois comme un coq en pâte…

Je rencontre rapidement le commandant, un grand bonhomme, chauve, barbu, la caricature d’un capitaine de bateau allemand ou scandinave. Il est très jovial, m’accueille chaleureusement et tout de suite me dit que je suis chez moi pour un mois sur ce bateau, que je peux accéder à tous les endroits que je veux y compris à la passerelle de navigation. C’est une heureuse surprise, car sur le bateau italien les passagers avaient des zones infranchissables. L’ambiance, en tout cas dès l’accueil est ici tout à fait satisfaisant.

L’équipage est de 22 personnes : officiers et marins. Ils représentent 5 nationalités : le commandant est allemand. Il y a deux allemands, un lithuanien, deux polonais, un ukrainien et 16 birmans plus un passager français. En effet, je suis le seul passager. Le voyage sera différent car il n’y aura pas la vie à part d’un petit groupe de passagers dont un parlait le français.

Ce sera nouveau pour moi de ne parler que l’anglais pendant un mois. Je ne sais pas bien sûr quelles seront mes relations avec l’équipage. Ils n’ont guère beaucoup de temps, ils travaillent et apprécient sans doute d’être tranquilles quand ils terminent leur service. On verra…

J’aurais sans doute plus de temps de lecture qu’à l’aller. J’ai appris qu’il y aura moins d’escales également : le bateau s’arrêtera au PEROU à Callao, en EQUATEUR à Manta, passera PANAMA sans escale. Ensuite se sera la traversée directe vers l’Espagne à Vigo puis Bilbao.

Le bateau transporte des containers dont je ne connais pas le contenu. Il peut en contenir 1.850 ce qui est énorme, un container c’est la taille des caisses qui sont transportées sur les gros camions (environ 12 m de long).

Un aller-retour Hambourg/Valparaiso, c’est la ligne régulière de ce bateau, dure environ deux mois et demi. Chaque marin fait deux voyages (5 mois) avant d’avoir des vacances pour rentrer chez lui. Ils ne comprennent pas immédiatement le choix des passagers de passer librement un mois en mer. J’en ai parlé aux officiers ce matin au petit déjeuner. Après une explication sur mon choix du bateau pour y trouver le temps pour lire, rêver, casser la spirale de la vitesse de la vie actuelle, il me semble qu’ils ont compris cette démarche à priori étrange à leurs yeux.

La Compagnie allemande à laquelle appartient ce cargo « ANGOL » fait partie de la Compagnie RICKMERS de HAMBOURG. Cette compagnie dessert les ports du monde entier.

Si vous ne savez pas où je suis pendant un mois, vous pouvez imaginer le décor dans lequel je passerai tout ce mois de mai.

Ce voyage sera très différent du premier. Le fait d être seul passager change la relation avec l’équipage. La langue anglaise unique pendant un mois sera une nouveauté également. L’ambiance beaucoup plus cool que sur le bateau italien modifiera aussi la vie a bord. Je pars avec grand plaisir, sachant que dès le départ, je vais replonger dans la lecture pendant de longues heures.

Restent les conditions « météo ». Je n’ai toujours vu que des mers calmes. Même si je dois en payer le prix, cela ne me déplairait pas de voir un peu la mer s’agiter. Voila une phrase que je regretterai peut-être...

Bon mois de mai a tous.


Dimanche 1er Mai 2005

Le retour en Europe

Depuis hier, je me suis installé dans la cabine n°408, pour un mois de mer. Ce matin, je suis redescendu à terre pour y faire un dernier tour en ville. Le départ n’est prévu qu’en soirée, cela me donne largement le temps d’aller poster une lettre qui sera publiée sur le blog donnant les dernières informations sur mon installation à bord.

Je suis passé à l’auberge « La Bicyclette » saluer Gilles qui a fait une drôle de tête quand il m’a aperçu montant dans le jardin. Il me croyait parti depuis hier samedi et il a immédiatement pensé que j’avais un problème. Je l’ai rassuré par un large sourire. Nous avons partagé un café tandis que je lui racontais l’accueil et mon installation sur le cargo. Je ne suis par resté longtemps en ville de Valparaiso qui était vide, c’était un dimanche matin et le férié du 1er mai par-dessus le marché. Dès le début de l’après-midi, je regagne ma « niche » au 4ème étage ( sans ascenseur ) de l’ »Angol ».

Quelques précisions sur le bateau, son équipage, sa fonction.

Un seul des marins, un Birman parle un peu le français, il a vécu en France pendant huit ans.

Le bateau peut contenir 1.850 containers. Pour donner une idée de ce que cela représente, j’ai fait le calcul suivant : Imaginons que l’on forme un convoi de camions qui transporte toute la cargaison, cela ferai un convoi de 36 kilomètres de long.

·         1 « contenair » = 12 mètres

·         1 cabine de camion = 3 mètres

·         Espace entre les camions sur la route = 5 mètres

·         Total = 20 mètres x 1.850 = 37 kilomètres.

Le temps nécessaire pour vider ( ou remplir ) le cargo avec une seule grue :

1.850 x 2 minutes = 3.750 minutes ou 61 heures.

En réalité, deux minutes ; c’est plutôt rapide. Mais, il y a souvent dans les ports deux énormes grues en action. Pendant, tout le temps de l’escale, c’est un défilé continu de camions qui apportent ou évacuent les containers.

Sur ce voyage Valparaiso / Hambourg, une grosse partie de la cargaison est du cuivre chilien. Cela se présente en lingots de cuivre, comme les lingots d’or, chargés par palettes déposées au fond de la cale. J’ai du mal à imaginer le poids de ce cuivre, mais cela fait en tout cas un bon lestage du bateau. Nous transportons également des fruits dans des containers réfrigérés. Chaque container dispose de son propre système de refroidissement maintenant la température à –20°c, même à l’équateur lorsque la température extérieure avoisine les 35°c.


Lundi 02 mai 2005

Sur le pacifique

Le bateau a quitté le port de Valparaiso vers minuit. Par le hublot, j’ai regardé la ville, puis la baie s’éloigner avec un peu de nostalgie. Vu de la mer, de nuit, Valparaiso est comme un grand arbre de Noël. Toutes les collines qui entourent la baie sont « enguirlandées ». C’est superbe.

Maintenant commence le rythme de la vie maritime. Nous avons cinq à six jours de mer avant la première escale à Callao au Pérou.

Ce lundi matin, la mer est belle, mais le ciel est bien gris. Je suis un peu étonné de l’ampleur du roulis par cette mer calme. Un officier que j’interroge à ce sujet m’explique que cela est fréquent dans le Pacifique. Par temps calme, lorsque l’on fait route vers le nord en longeant la côte, le bateau prend par le côté les très longues vagues de fond, la houle venue du cœur de l’océan. Cette ondulation de la mer à peine visible génère ce roulis presque permanent.

Ce roulis n’est pas très gênant, on s’y habitue assez vite, je le perçois comme un agréable bercement. Il faut cependant bien fermer les portes, les placards. Quand tout est bien calé, la vie continue…

Maintenant que l’on s’éloigne de la côte, il n’y a plus de nouvelles, ni télévision, ni radio. La vie du passager, c’est le sommeil, la lecture, les repas, le lavage du linge et la rêverie….

Seuls les horaires des repas sont précis : 07 h 30 / 11 h 30 / 18 h 00.

Les heures de lecture et de sommeil s’entrecoupent et se confondent un peu…

Je commence à découvrir le bateau, le « Bridge » ( la passerelle ). Cela me permets de situer notre position sur les cartes et de parler avec l’officier de « quart ». Chaque officier prend son quart trois fois par jour ( 3 x 4 heures = 12 heures par jour). En haute mer, dans une zone avec très peu de trafic, sans bateau autour de soi, c’est un travail de surveillance à vue et avec le radar. C’est aussi la maintenance des divers documents de navigation : enregistrement de la position du bateau sur la carte et sur un registre, à intervalles très réguliers, soit  à chaque heure ou toutes les deux heures selon les lieux de navigation. Ces documents seront la mémoire de trajet en cas de besoin, de contrôles par diverses autorités.

Les heures de repas sont les moments de rencontres avec l’ensemble des officiers, bien que sur ce bateau le repas ne soit pas cérémonial comme sur le bateau italien. La durée du repas est courte, pas plus de trente minutes. C’est très fonctionnel et sobre ( jamais d’alcool – Thé, café, jus de fruits et eau sont les seules boissons disponibles ). Les officiers ne portent pas l’uniforme en mer ( chemise blanche, pantalons bleu marine, galons et casquette). Cette tenue officielle n’est portée que pendant les escales, dans les ports. En mer chacun s’habille à sa guise, en T-shirt, en short et en sandales.

La restauration est assurée par un cuisinier et un maître d’hôtel. Le repas est pris dans deux salles à manger, celle des officiers et celle du reste de l’équipage. Le maître d’hôtel, birman est très agréable et très discret.

En dehors des heures de repas, du café ou du thé sont à la disposition de tous 24 heures sur 24. C’est un petit confort très agréable.
Par Cuzon Pierre - Publié dans : tysaozon
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Jeudi 28 avril 2005


Lundi 25 avril 2005

Un plaisir minuscule - La chambre

Après de longues heures, quinze, vingt heures peut-être, le bus s’arrête au Terminal d’une nouvelle ville inconnue, souvent à un ou deux kilomètres du centre ville.

Le voyageur en descend, ravi de se dégourdir les jambes, d’allumer une pipe.

Il attend son tour pour récupérer son sac à dos de 12 kg rangé dans le coffre du bus.

Il est 19 h 00, la nuit est presque tombée.

Très vite il faut s’organiser, trouver un plan de la ville dont on ne connaît ni la géographie, ni la langue des habitants. Bien sûr le guide du routard nous aide un peu mais il ne fait pas tout.

Hop ! On accroche le sac sur le dos et l’on tente de repérer les noms des rues tout en approchant du centre ville.

Après quelques minutes de marche, voilà une petite pancarte un peu éclairée qui annonce un hôtel. On s’y arrête. S’il est trop chic il sera trop cher, s’il fait minable, on risque de ne pas avoir d’eau chaude ou peut-être pas d’eau du tout ou encore pas de fenêtre dans la chambre…

Mais il est 20 h 00 et le sac commence à paraître lourd. Tant pis, on va voir, il ne sera pas trop cher. Demain s’il le faut, on changera d’hôtel.

On avance dans un couloir sombre, personne ne se tient dans le bureau d’accueil. En faisant un peu de bruit en posant le sac, cela fera venir quelqu’un.

Une dame entre deux âges que l’on dérange manifestement, arrive d’une pièce peu éclairée.

-          « Signor »

-          « No habla espagnol, soy frances, do you speak english ou french ? »

-          « No signor »

-          « Habitacion por una noche ? »

-          « Si signor »

La dame vous fait signe de la suivre. Elle est déjà à l’étage avant que vous ayez pu porter votre sac et monter les marches. Elle ouvre la porte et sans parole vous demande si cela vous convient ?

A ce moment, l’idée de voir la dame vous laisser seul dans la chambre, de pose votre sac, d’ôter vos chaussures, vous trouverez le taudis le plus cracra aussi beau qu’un hôtel de luxe.

Vous avez hâte de la voir redescendre, vous confirmez votre accord pour prendre cette chambre. Vous n’êtes pas encore libre, elle vous explique le fonctionnement de la salle d’eau, des clés… bien sûr elle a oublié que vous ne comprenez pas l’espagnol, mais qu’importe, elle vous donne plein de détails  que vous faites semblant de comprendre.

Vous dites : « Buenas tardes » afin de lui montrer qu’elle peut retourner à ses occupations.

Et là c’est plus qu’un plaisir minuscule…

Même si dans le quart d’heure qui suit vous découvrez qu’il n’y a pas d’eau, que la serrure ne ferme pas bien ou tout autre chose.

Pendant quelques minutes, vous avez vécu dans un palace…


Jeudi 28 avril 2005               

La vie quotidienne à Valparaiso

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Je viens d’avoir confirmation ce matin de la date d’arrivée du cargo allemand « ANGOL » sur lequel je vais faire le voyage retour vers l’Europe, Bilbao précisément. Vendredi prochain, le 29 avril 2005 appareillera le bateau. Quelques escales sont prévues au nord du Chili, puis au Pérou et en Equateur. Ensuite ce sera la traversée du canal de Panama. Puis d’un trait en 3 semaines nous accosterons à VIGO près de St Jacques de Compostelle. Il ne restera plus qu’une journée de mer pour contourner la GALICE, la pointe Finisterre espagnole et le cargo terminera son périple à Bilbao. Nous serons alors dans les derniers jours du mois de mai.

Pendant cette traversée, je redeviendrai silencieux, il ne me sera plus possible de mettre à jour ces notes de voyages. Je tiens avant de partir à vous parler de cette ville  où j’aurais séjourné deux semaines environ.

Je ne vais pas recopier tout ce que j’ai lu sur son histoire. Cette ville est née de la mer. C’était le premier havre de paix découvert sur ce côté ouest de l’Amérique par les navigateurs qui passaient par le sud au Cap Horn ou par le détroit de Magellan. C’est une rade assez bien protégée entourée de 42 collines. La basse ville actuelle a été fabriquée par les hommes au cours des siècles. A l’origine, seul un chemin en hauteur reliait les collines de l’une à l’autre. Ce chemin est une rue aujourd’hui, la rue Alemana, très agréable car elle est assez plate, serpente de colline en colline et offre de magnifiques points de vue sur la baie.

L’apogée de Valparaïso, la vallée du paradis, se situe vers la fin du 19ème siècle et le début du 20ème. Depuis les années 1920, diverses évolutions successives ont provoqué des graves récessions économiques. Aujourd’hui c’est une ville appauvrie qui s’offre au visiteur. Quatre événements ont affecté la vie économique :

-          l’ouverture du canal de PANAMA, qui a détourné de nombreux bateaux de cette escale indispensable auparavant

-          l’interdiction de la chasse à la baleine

-          le développement de l’aviation qui a mis fin au transport des passagers par les paquebots.

-          Dans les années 1970, les conflits politiques entre les dictatures argentines et chiliennes, le réseau de chemin de fer reliant les deux pays a été fermé et laissé à l’abandon. Il a disparu aujourd’hui.

La ville aujourd’hui est peuplée (300 000 h) c’est une population jeune très populaire. Une partie de la population plus âgée, plus argentée, s’est déplacée dans la ville voisine VINA DEL MAR, à 2 km à peine, dans une ville « neuve » des années 1970 : VINA DEL MAR, selon le style des villes modernes, avec de grands immeubles, des rues rectilignes. Les plages y sont belles, mais pas vraiment très propres. Cette ville n’a pas le charme de sa voisine plus âgée.

La première surprise du visiteur à VALPARAISO, c’est la quasi-impossibilité de s’approcher de la mer. On la voit superbe sur les hauteurs des collines, mais elle est inaccessible. Toute l’économie étant dépendante de la vie maritime, les installations portuaires fermées au public, forment une première barrière, la ligne ferroviaire pratiquement endormie forme la seconde barrière et enfin une sorte de longue avenue où circulent les voitures, les camions sortent les containers du port, termine la clôture entre la mer et la ville. Les autorités actuelles étudient les solutions à cette question car le tourisme peu développé pourrait remplacer certaines activités éteintes.

Le climat est un atout appréciable. A Santiago, la capitale à 110 Kms, peut avoir des hivers très rudes c’est au pied de sommets à 6.000 mètres des Andes. A l’inverse, l’été, la ville connaît la canicule. Les habitants de Santiago viennent facilement à Valparaiso pour les week-ends et les vacances. Toute l’année la température y est agréable. Il n’y pleut que très peu.

Mais d’où vient le charme particulier de cette ville ? C’est quelque chose de caché qui relève de la culture maritime. Le jeune berlinois avec qui je me balade depuis deux jours, m’a dit qu’il ne connaissait pas cette ville, à peine son nom. En Bretagne, sans être vraiment marin soi-même, nombreux sont ceux qui associent cette ville au Cap Horn, aux grands voyages en voiliers. Sinon la génération de nos parents, celle de nos grands-parents comptaient bon nombre de gens qui avaient emprunté ces routes maritimes. Les chansons de marins également ont fait connaître ce nom en attribuant à cette ville une image romantique d’une escale où se croisaient les marins du monde entier.

Ce qui en reste aujourd’hui pour l’œil du touriste n’est pas suffisant pour en faire une merveille. Il faut y ajouter une dose de rêve, de merveilleux et de nostalgie. Certes les escaliers du début du siècle ont beaucoup de charme, ainsi que les vieilles maisons de bois multicolores, les vieux cafés dont la dernière rénovation date de 1920.

Mais c’est ailleurs que la ville trouve son éclat, dans une jeunesse grouillante, vive, pressée d’accéder à une modernité. La musique y est aussi pour quelque chose. Les plus jeunes sont tournés vers les musiques du monde qu’ils écoutent à la télévision. Mais il existe aussi des cafés discrets, cachés au coin des rues où ressurgissent les chansons de marins, les boléros et les tangos.

Sur la « plazza Pinto », à deux pas de chez moi, chaque soir ou presque, un bar-restaurant : le « Cinzano » un orchestre et des chanteurs accompagnent les dîneurs ou les consommateurs du bar avec un répertoire de tangos et de boléros. La moyenne d’âge des artistes approche les 75 ans. Ils sont de la même année que le bar qui n’a pas été modifié depuis ce temps. Le restaurant est plein tous les soirs d’amateurs et de quelques touristes. Hier soir mon voisin de bar, un homme d’environ 80 ans, reprenait toutes les chansons des artistes, il les connaissait toutes par cœur. C’était superbe. Quand il a compris que j’étais français, il a chanté quelques couplets de chansons d’Edith Piaf et d’Aznavour. En anglais, il m’a dit être un ancien marin et avoir fait des escales en France et même d’avoir été une fois à Paris.

Valparaiso c’est aussi la ville habitée et aimée par le poète Pablo Neruda. Sa maison : « La Sebastiana » est entretenue par une association et j’ai eu le bonheur de la visiter. L’extérieur de la maison est d’un aspect assez ordinaire. L’emplacement est à l’inverse extraordinaire. Construite à mi-hauteur d’une colline, peut-être à 200 m d’altitude au-dessus de la baie, elle bénéficie de la vue intégrale de cette baie, sur la ville basse, le port et l’horizon. Il a lui-même conçu l’aménagement de cette habitation comme si elle était un navire avec des cours et des couloirs très désordonnés. Au premier étage se trouvent le séjour, la salle à manger, vitrée comme une passerelle de bateau. L’étage supérieur, plus petit se tient son bureau lambrissé et meublé de rayonnages pour ses livres avec la même vue qu’à l’étage inférieur. Enfin, par un petit escalier on accède à la chambre et une petite salle d’eau décorée différemment mais disposant encore de cette vue panoramique sur Valparaiso.

La décoration est celle d’un artiste, avec des vitraux sur les portes, des peintures, des cartes marines anciennes et de toutes sortes d’objets rapportés de ses nombreux voyages autour du monde.

Un autre charme de VALPARAISO, c’est cette population jeune qui essayent de sortir du cauchemar de leurs parents. Ils redécouvrent petit à petit la démocratie et pas seulement en votant de temps à autre. Voilà une semaine que je suis là, sans les chercher, j’ai croisé quatre manifestations, des collégiens, des routiers, des écolos… Les manifestations de collégiens étaient très importantes, probablement plusieurs centaines, sans doute un ou deux milliers. Comme en Argentine, une manifestation est toujours accompagnée de beaucoup de bruit.

J’ai assisté à quelques escarmouches entre les carabinieros et les manifestants mais sans trop de gravité.

Enfin, pour moi du moins, un autre charme de la ville, mais ce n’est pas vrai qu’ici, c’est ce décalage chronologique entre l’Europe et ici au Chili. Selon les domaines certaines situations peuvent ressembler aux années 50 ou 70 en Europe.

Mille petits métiers sont encore pratiqués ici au cœur de la ville dans des petites échoppes, les tailleurs, des marchands de graines, des marchands d’outils, enfin tout ce que l’on a vu disparaître en France après les années soixante.

Les enfants à l’école jusqu’au collège, sont tous en uniformes différents selon chaque école. L’entrée au lycée c’est la grande liberté d’aller en cours en jean, habillé librement.

Une des journées de voyageur, en attente d’un bateau se déroule bien tranquillement. Dans l’auberge le petit déjeuner n’est servi qu’à partir de 09 h 00. Ici, à « la Bicyclette », les passagers ne partent pas faire du trekking aux aurores et la ville se réveille doucement vers 10 h 00. C’est l’heure vers laquelle je pars pour la découverte du jour, soit seul, soit avec les compagnons de rencontre dans l’auberge. La découverte cela peut-être les collines, les ascenseurs, le port, les églises, etc…Le retour à l’auberge, se fait dans l’après midi vers 16 / 17 heures. C’est le temps de repos – bien mérité – les côtes sont raides dans toute la ville. C’est le temps de la lecture, de l’écriture, du rêve et d’un petit sommeil, si besoin.

Vers 19 h 00, il est temps de penser à manger quelque chose. Je remets les chaussures et replonge dans la ville et la circulation. Je mange de manière aussi variée que chez moi. Si je ne change pas de menu, je teste de temps en temps des nouveaux lieux, toujours des petits « bouï-bouï ». Très bruyants, presque criards. C’est là que l’on côtoie  les chiliens vivre leurs vies.

Le retour au bercail se fait généralement vers 20 h 30 / 21 h 00. Les soirées sans TV, sans ordinateur sont les longs moments de lecture, certains soirs, comme les 2 derniers jours, je suis redescendu en ville vers 22 h 00 pour écouter mon orchestre du 4ème âge au « Cinzano ».

Un soir, à l’auberge dans le jardin, un repas en commun des passagers intéressés a été organisé. Il y avait un couple de jeunes suisses, les « petits suisses » comme on les appelaient , ils n’étaient pas très frais le lendemain matin.
Par Cuzon Pierre - Publié dans : tysaozon
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Lundi 25 avril 2005


Vendredi 1er et samedi 2 avril 2005

Rio de Gallegos - suite

Petit déjeuner à l’hôtel et départ à pieds (3 km tout de même) sac au dos pour rejoindre le terminal du bus. Comme d’habitude, plus d’une heure d’attente. Très ponctuel, le bus arrive à 10 h 00. Les 2/3 des passagers sont des jeunes israéliens. Arnaud, le français rencontré il y a deux jours m’a expliqué qu’à la fin des trois ans de service militaire, garçons et filles ne rêvent que d’une chose, c’est d’aller voir ailleurs de chercher de l’espace. Chez eux, tout est petit, ils ne sont pas longtemps à faire le tour du pays. Ils vont sans doute un peu partout dans le monde, mais c’est sûr que l’Argentine leur offre une dimension nouvelle. Je n’ai pas beaucoup de contact avec eux, sinon quelques mots de politesse. Ils sont en groupe et se suffisent à eux-mêmes.

C’est parfois difficile pendant le trajet de comprendre ce qui se passe. Les chauffeurs ne parlent qu’espagnol et malgré les questions : « Combien de temps, minutes », aidé par les doigts pour exprimer 10 ou 20 minutes, il est difficile de comprendre leur réponse. Résultat, je vais en vitesse aux toilettes ou boire un café en regardant si le chauffeur est installé ou pas à son volant.

Ce soir, c’était plus compliqué. A COMMODORO, j’avais compris qu’il y avait un arrêt long d’une heure et demie. Après un quart d’heure, je vois le bus qui part avec personne à bord. Pourquoi pas ? Je ne comprends pas vraiment. Une demi-heure après arrive un bus de la même compagnie mais avec un autre numéro mais pour la même destination. Je vais les voir, car le problème est que mon sac à dos est dans l’autre bus. J’arrive à comprendre que l’autre bus, le 1er allait revenir un peu plus tard. Mais bon, on y arrive parfois avec des petits stress.

Hormis ces questions pratiques, cette route de RIO GALLEGOS à BARILOCHE a été pour moi un grand bonheur. La pampa se déroule ainsi des heures et des heures durant et m’émeut profondément. Au fil des km, des heures, il y a une osmose qui se produit entre soi et la terre, une prise de conscience d’appartenir à cette terre et de n’y être guère plus qu’un caillou ou qu’un buisson.

Au matin, il reste encore cinq heures de route, nous sommes proches des Andes. Cette fois, le paysage m’est plus familier. La route sillonne lacs, route de montagne, avec comme horizon les sommets, la crête des Andes parfois un peu enneigée malgré la saison, c’est le début de l’automne. Cette route est réellement superbe.

San Carlos de Bariloche ne ressemble pas du tout à ce que j’ai vu en Argentine. C’est une station de montagne de luxe. C’est le seul endroit où les argentins trouvent des sapins et une station de ski. La ville a été construite au début du siècle par des suisses et des allemands. La grande spécialité de la ville c’est le chocolat… c’est pour dire que la Suisse n’est pas lointaine.

Rien à signaler concernant la ville. C’est joli… le samedi matin, j’ai assisté à des discours et à un défilé militaire en souvenir des Malouines.


Dimanche 3 et lundi 4 mars

La route, le bus vers le Chili

Réveil matinal : 06 h 00. café prit sur le pouce car mon bus part à 07 H 30. c’est dur la vie de vagabond. Aujourd’hui c’est un trajet court : Cinq heures seulement y compris les contrôles aux frontières. Un peu comme entre la France et l’Espagne, les postes frontières sont à une trentaine de kilomètres l’un de l’autre et chaque côté du col qui sépare les deux pays. La route est semblable aux routes pyrénéennes avec peut-être quelques sommets plus hauts mais à peine. C’est une région de lacs, de grands lacs. A peine traversées les Andes, changement de climat brutal. Ciel couvert, puis pluvieux, température qui descend d’un coup de près de 10 °C. Ici, c’est vraiment l’automne. A un arrêt, j’ai failli cueillir des mûres il y avait un superbe roncier avec de belles et grosses mûres. Mais à quoi bon, je ne vais pas faire un colis de dix kilos de mûres pour expédier à Roscoff.

Arrivée vers 13 h 00 au Chili à PUERTO MONTT, c’est dimanche, il pleut, ce sont ces moments qui sont les plus difficiles. On n’a aucun repère dans la ville, il faut changer de l’argent, chercher un hôtel.

Vers 16 h 00, je suis dans ma chambre dans un hôtel minable et pourtant plus cher qu’en Argentine. Mon budget (logement + repas) va augmenter considérablement. De 15 € / jour, je vais passer à 25 € / jour sans changer mon niveau de vie pourtant bien modeste.

PUERTO MONTT ne sera qu’une étape d’un jour. Dès demain, je vais sur l’île de CHILOE à CASTRO, la ville principale. Ce n’est pas très loin à 100 km environ.

En fin d’après-midi, la pluie a cessé et je suis allé visiter la ville qui me paraît beaucoup plus pauvre qu’en Argentine. La population est très différente. Les indiens MAPUCHES sont très nombreux dans cette région du Chili qui est toujours la Patagonie. Santiago, la capitale est à 1000 km au nord. Le quartier des pêcheurs ( San Angelmo ) est curieux car ils vendent leur poisson dans une sorte de halles où se trouvent également une bonne cinquantaine de minuscules « restos » où l’on peut se faire éclater la panse de poissons, crabes, crustacés. Il me semble que se sont les pêcheurs et/ou leurs épouses qui cuisinent dans les halles. Tous les 5 mètres, les femmes vous interpellent pour manger leur cuisine. J’avais le sentiment de faire un crime de lèse-majesté en ne m’installant pas à leurs tables. Les pêcheurs ont un look d’enfer et les plus « hards » des pêcheurs bretons trouveraient facilement leur place dans ce quartier.


Mardi 05 avril 2005

Chili - Ile de Chiloé - Castro

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Je ne le savais pas, mais mon destin devait me conduire ici un jour sur cette île de Chiloé, car je lui dois d’être toujours en vie. En effet, la pomme de terre, la base de ma nourriture a été importée en Europe par les conquistadors et c’est sur cette île qu ils l’ont découverte. Cela valait bien la peine de parcourir les mers et la pampa pour retrouver ses racines.

Depuis Puerto Madryn, qu’ai-je fait ?

Je suis descendu tout au long de la Patagonie, jusqu’à Rio Gallegos, dernière ville argentine du continent. Il y a bien sûr un peu plus au sud Ushuaia, mais c’est sur la Terre de Feu. Je n'y suis pas allé car il commence à y faire froid par là et je ne suis pas totalement maso.

Chaque déplacement en Argentine se compte avec une échelle différente de l’Europe. J’ai pris l’habitude (et en plus j’adore cela) des parcours en bus de 20 heures. Le plus long trajet a duré 27 heures. Les yeux fixes, je me laisse noyer dans ce paysage infini, envoûtant.

Pour entrer au Chili, je n’ai pas réussi à prendre la « Ruta 40 », celle qui longe toutes les Andes. A cette époque de l’année les bus ne pratiquent pas cette route dans la partie australe. Le premier passage passait par San Carlos de Bariloche où je suis donc passé et y ai séjourné 24 heures. C’est la station de ski de la bonne société de Buenos-Aires. De Bariloche, un bus transfrontalier m’a conduit a Puerto Montt après le passage d’un col, et des douanes « sérieuses » entre les deux pays ( contrôle des sacs, pour vérifier en particulier si l’on ne transporte pas de fruits ou des légumes ). Puerto Montt est tout à fait à l’opposé de Bariloche, c’est une ville très populaire, paraissant assez pauvre.

Mon objectif étant l’île de Chiloé, j’ai repris la route ce matin et en trois heures je suis arrivé à Castro la ville principale de l’île après une traversée d’environ une heure sur un petit ferry. L’île est assez grande, longue de 200 km et large de 50 km. Le guide du Routard annonçait bien que le temps soit stable à Chiloé, un quart d’heure de pluie, suivi d’un quart d’heure de soleil. C’est excellent pour les photos, car l’air est assaini régulièrement.

Là, je vais me poser quelques jours. Je n’avais pas mis le pied à terre du bus cet après-midi qu’une dame me proposait une chambre à louer. Sa chambre était bien cotée sur le Routard et de plus elle est très peu chère, 9 euros par jour. La chambre d’hôtel minable d’hier a Puerto Montt coûtait 19 euros.

J’ai eu confirmation de l’arrivée de mes colis de livres au consulat de France a Valparaiso. Ouff...

J’ai également reçu l’information concernant la date de départ probable, sous réserves, du cargo allemand de Valparaiso, le 24 avril. ( durée de traversée prévue de 31 jours).

Je commence des vacances à l’intérieur du voyage. J’ai des enveloppes avec l’adresse de mes "prêteurs" de livres, plus quelques cartes postales, je vais m’occuper du courrier cette semaine. La route n’est plus si longue pour remonter à Valparaiso, environ 1300 km, une broutille... Les voyages en bus sont bon marché, il faut compter 15 euros pour 1000 km.

Mon problème est la panne de livres en français, introuvables ici. Il m’en reste un que je lis avec parcimonie pour faire durer le plaisir. Par contre, pour le courrier par internet, c’est très facile. Mon ignorance de l’espagnol m’offre une cure de silence mais parfois me complique un peu la vie ( achat de billet de bus, recherche d’hôtel,...) Cela génère quelques moments de stress, mais je m’en débrouille.

Les quelques soucis pratiques seront vite oubliés, je ne conserverai dans l’esprit que l’infini de la mer, de la pampa, la multitude des visages observés, les impressions et sensations nées de cette longue balade.

Je n’oublie personne là-haut en Bretagne malgré la distance et j’espère que chacun d’entre vous se porte bien. Le moral et la santé restent au beau fixe.


Samedi 09 avril 2005

Ile de Chiloé (suite)

Aujourd’hui samedi, je reprends mon sac après 6 jours de repos sur cette île de Chiloé, c’est une petite Bretagne, sur la route. Je vais à Conception, 500km plus au nord. La ville est au bord du Pacifique, n’a semble-t-il rien de touristique. C’est une ville universitaire qui a subi violemment le coup d’état de 1973. J’y vais sur le conseil de Pol Urien, un ami de Roland qui insiste pour que j’aille voir un tableau justement à l’Université.

C’est de toute manière sur la route de Valparaiso où je me rendrai vers le 15, pour récupérer mes colis de livres.


Vendredi 15 avril 2005

De Chiloé à Valparaiso en passant par Concepcion

Le voyage se poursuit. Lors du dernier courrier, je venais d’arriver à l’île de Chiloé. J’y suis resté presque une semaine. Le gîte était agréable, avec une belle vue sur mer, près du centre ville, cela m’a fait un bon repos. Je connais la ville de Castro, vingt mille habitants, comme ma poche. J’ai donc profité de cette semaine pour me mettre à jour dans mon courrier. Mais, j’ai pris deux ou trois fois le bus pour voir d’autres coins de l’île. C’est une île de marins pour l’essentiel mais également d’agriculteurs. La particularité de cette île par rapport au reste du Chili, c’est d’avoir conservé beaucoup plus qu’ailleurs son originalité. C’est le phénomène général des îles, voire « Ile de Batz ». Cette population est aussi différente du reste du pays par sa composition en nette majorité indienne, les Mapuches.

Les ports de cette île ont la particularité d’avoir des maisons en bois, très colorées construites au bord de l’eau sur pilotis, les palafitos. Elles sont encore en usage par les gens du pays, même si quelques unes servent de restaurants ou de boutiques à touristes, ce n’est qu’une faible partie. Les gens vivent là, sur l’eau. Les églises en bois anciennes font partie également de l’originalité de Chiloé. Leurs maisons de bois comme les églises, ils les déplacent à l’occasion. Ils glissent des rondins de bois sous la maison et attellent plusieurs les boeufs du village et ainsi, ils déménagent les maisons selon leurs besoins.

Apres une semaine de « vacances » à Chiloé, j’ai repris mon bâton de pèlerin et je suis monté à Concepcion, une ville assez importante a 500 km au nord de Chiloé. La balade en Patagonie était terminée.

Concepcion est une ville à population d’origine européenne. On se croit volontiers dans une ville espagnole. Le niveau de vie est déjà très différent du sud à Chiloé. Mais, par comparaison, les écarts de richesses entre les classes sociales est plus frappant. Dans les rues du centre ville, les cadres en costumes et cravates se rendent au travail, mais les mendiants sont très présents. La mendicité est permanente depuis toutes les villes au cours de mon voyage depuis Casablanca jusqu’ici. Mais, je suis frappé par les écarts qui me paraissent plus importants ici. Dans une belle rue piétonne, avec des magasins identiques à ceux des villes d Europe, la présence de dizaines de mendiants prend un relief particulier. J’ai pu voir plusieurs des mutilés d’une jambe ou deux, allongés sur le trottoir, des vieux, des enfants, des trisomiques. Cela souligne certainement l’absence de prise en charge publique des personnes en difficultés.

Il y a bien sur des centaines, et sans doute beaucoup plus de petits vendeurs de tout et de rien, plus souvent de rien, qui passent les journées entières sur les trottoirs. Dans une église, des mendiants, passaient entre les chaises devant les personnes en prière pour demander "La moneda por favor".

Je suis aussi un peu surpris par une présence policière « très très » voyante. Cela semble se passer calmement avec la population, mais vraiment, dire qu’en ville, il y a trois ou quatre carabiniers, à chaque coin de rue, devant les banques, n’ a rien d’exagéré.

Apres la visite du musée de Conception, pour y voir une fresque murale de 26 mètres de long, décrivant l’histoire de l’Amérique latine ( J’en parlerai plus tard avec photo a l’appui), j’avais terminé ma visite de Concepcion. Ah non! J’oubliais une visite au port à dix kilomètres. La scène surprenante était la présence de trois lions de mer, au bord du quai, dans une eau infecte, se nourrissant des déchets de poissons que les marins jetaient en vidant leurs poissons.

J’ai à nouveau repris la route en bus, de Conception à Valparaiso via Santiago. C’est la Ruta 5, la fameuse route qui relie les 5.000 km du Chili du nord au sud. Pendant presque toute la journée, la route est à une distance proche des Andes dont on voit en continue les sommets. Le Chili est vraiment un drôle de pays, dans sa forme. Le paysage était plutôt beau, vers l’arrivée à Santiago, l’on traverse les très longues zones de vignobles. Le vin chilien arrivera peut être un jour sur nos tables....

Me voila depuis deux jours a Valparaiso, ville un peu mythique. Je connaîtrai bien la ville, car j y resterai probablement jusqu au 30 avril.

En arrivant, je me suis occupe de deux choses importantes.

-          1 - Récupérer les livres en français qui m'attendaient à Vina Del Mar. C’est fait, les paquets étaient impeccables comme je les avais postés a Roscoff vers la mi-février. Je les ai récupéré avec autant de plaisir que s’il avait s’agit d’un trésor.

-          2 – J’ai retrouvé en ville, le bureau de l’agent maritime concerné par le cargo allemand. La date du 24 avril que j’avais eu par l’agence de voyage à Paris était repoussée au 30. Cela va me faire un séjour de 15 jours ici. Sur le coup, cela m’a fichu un petit coup au moral.

Mais, le Guide du Routard était là. J’ai trouvé une auberge pas chère du tout, très agréable, avec un petit jardin ou l’on prend le petit déjeuner, en centre ville, juste sur une petite colline, donc très calme. Cette auberge "La bicyclette" est tenu par un toulousain, Gilles, très accueillant. Du coup, les deux semaines à Valparaiso deviennent un plaisir. J’ai de la lecture, il fait beau et la ville ne manque pas d’intérêt.

J’ai commence la découverte de la ville, en escaladant les collines. C’est un endroit magique, plein de ruelles qui s’entrelacent. Les maisons sont extrêmement colorées, les murs sont couverts de graffitis plus beaux les uns que les autres.

Au fond, je n’aurai pas trop de temps pour me sentir chez moi ici. En quittant à la fin du mois, Valparaiso, j’en connaîtrai tous les secrets.
Par Cuzon Pierre - Publié dans : tysaozon
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Vendredi 15 avril 2005


Dimanche 27 mars 2005

Péninsule de Valdès

Voir ici infos + vidéo

Lever tôt. Le minibus avec lequel je vais faire la visite de la péninsule de VALDES passe me prendre devant l’hôtel à 07 h 30. Nous sommes un petit groupe: Le chauffeur, la guide argentine très intéressante et très rieuse, deux américaines, un couple d’espagnols, un couple de danois et moi. Cette péninsule est une zone protégée du patrimoine mondial. C’est une presqu’île avec un isthme de 5 km de large mais elle fait une surface d’à peu près la surface du Finistère. Il y a un village de 200 à 300 habitants : PUERTO PYRAMIDES, quelques estancias (des fermes) et trois ou quatre bar- restaurants à dans des zones à point de vues intéressant. Nous n’avons pas fait le tour entier et pourtant nous avons roulé sur les pistes pendant près de 300 kms.

L’intérêt principal de cette péninsule c’est qu’elle est le lieu de reproduction de plusieurs espèces marines : les baleines (absentes en mars), les lions de mer que l’on voit très bien se dorer au soleil, plonger chercher de la nourriture en mer et élever les petits sur la plage. Les orques (nous en avons bien vu 2 ou 3) rodent devant les plages essayant de croquer quelques lions de mer qui s’éloigneraient un peu trop de la plage. Sur les plages plus loin, il y a des colonies de manchots magellans, ils étaient là quelques milliers, mais à certaines saisons on peut semble-t-il y compter près d’un million. Enfin, sur une plage voisine, c’était un troupeau d’éléphants de mer qui se reposaient devant la mer. Les pauvres mâles qui sont polygames (ils ont environ 120 femelles pour un mâle) arrivent en septembre en pleine forme, ils pèsent environ 3 tonnes. Après la saison des amours, ils sont épuisés et ont perdu 40% de leur poids. Ils sont tellement affaiblis qu’ils deviennent des proies faciles pour les orques quand ils retournent en mer.

En soirée, je retrouve mon hôtel, style « auberge de jeunesse – tour de Babel ». Là je regrette vivement de ne pas connaître de langues étrangères. Mon anglais ne permet pas d’échanger avec les uns et les autres, la conversation reste donc superficielle. J’ai essayé de parler un peu plus avec une jeune espagnole, infirmière qui était me semble-t-il très intéressante, mais c’est vraiment difficile. Je paie aujourd’hui ma paresse d’antan : de ne pas avoir appris suffisamment bien l’anglais.


Lundi 28 mars 2005

En route vers Rio Gallegos

Le départ du bus est prévu à 14 h 00 pour RIO GALLEGOS. Le matin, je m’offre un petit coup de stress pendant ½ heure. N’ayant plus de pesos, je vais retirer de l’argent au distributeur dans une banque. Rien ne se passe. Je m’adresse à la banque qui s’occupe de mon cas, pas très vite, et qui me dit que ma carte ne fonctionne pas et que je dois appeler ma banque en France. Me voilà bien ! Je vais dans une autre banque, je fais une assez longue queue devant le distributeur et… merveille, cela fonctionne. Me voilà sauver pour un coup…

Je vais lire mon courrier et j’y trouve une bonne nouvelle. Le consulat français de VALPARAISO me confirme qu’il y a bien deux colis de livres, expédiés de Roscoff vers le 15 février. Mes loisirs sur le bateau en mai sont assurés.

Vers 13 h 00, je rejoins la gare de bus et j’apprends que le bus a 2 heures de retard. Avec le sac sur le dos, difficile d’aller loin. J’ai donc 3 heures à attendre en gare, cela me permet d’observer les voyageurs. Je suis étonné du nombre très important d’indiens à la gare, en ville. J’ai appris en soirée que l’industrie de l’aluminium avait fait venir une très importante population d’immigrés boliviens. Même si l’Argentine n’est pas très riche, c’est un eldorado pour des boliviens encore plus miséreux.

16 h 00 : le bus s’en va. Nous serons à RIO GALLEGOS à 1.100 km demain matin à 10 h 00. Le bus est économique (environ 15 €/1000km) et de plus j'y économise une nuit d’hôtel. Sur les longs parcours, une hôtesse vous sert une boisson dans l’après-midi, un repas le soir et le petit déj. (style avion : pas terrible) mais pour ce prix, c’est pas mal. La route c’est simple : sauf quelques exceptions, c’est toujours le même paysage, des lignes droites sans fin, une végétation rose et un horizon aussi régulier que sur la mer. J’adore ces longs voyages dans cet univers sans fin. J’y trouve une magie très comparable à la traversée de l’Atlantique en bateau. Au fil des heures, je ne suis plus spectateur du paysage, je suis dans le paysage.

Les couleurs du crépuscule très long à cette latitude étaient ce soir éclatantes, flamboyantes.

Vers 23 h 00, lors d’un arrêt, je rencontre un couple de jeunes rennais dans le bus. Le courant passe bien, ils seront des compagnons de voyage pour une journée. A VALDES, j’avais croisé un couple de français. Après un échange de quelques mots, j’ai vite fait de les fuir. Il ne suffit pas de parler le français…


Mardi 29 mars 2005

Rio Gallegos

Du bus au terminal à 08 h 00 le matin. Grosse surprise climatique : la température est de 12°C. nous avons perdu 10°C dans la nuit. Le vent est assez fort. Nous voilà en novembre à Roscoff.

Arnaud et Nadia, les Rennais ne font qu’un transit d’un jour ici, ils descendent jusqu’à USHUAIA. Ils sont en Amérique du Sud pour 6 mois environ. Ils se débrouillent en espagnol. Nous prenons un « collectivo » (autobus de ville) pour rejoindre le centre et prendre quelques renseignements à l’Office du Tourisme. Nous déjeunons vers 10 h 00 avant de nous séparer. Nos deux tourtereaux avaient l’adresse du père du copain de la copine… Ils allaient essayer de le contacter sans savoir si cela était possible. Nous nous donnons un rendez-vous pour la fin de soirée 19 h 00 au cas où ils seraient comme moi à l’hôtel.

J’entame ma recherche d’hôtel, sac au dos. Les deux premiers sont pleins. C’est toujours le moment difficile. Bien sûr, je vois les beaux hôtels du centre que j’évite car je suis soucieux de ménager mon budget. Vers 11 h 00, je trouve l’hôtel à prix raisonnable. Là c’est le grand plaisir de poser et vider son sac. C’est l’heure de la détente. Je m’allonge un peu sur le lit. Il y a une télé, machinalement je fais un zapping sur la quarantaine de chaînes, juste pour voir. C’est aussi l’heure de la douche après une nuit de bus. Puis viens la lessive des chemises, linge de corps, faite dans la douche. Cela sèche sur les radiateurs qui sont brûlants dans la chambre.

Vers midi, les mains dans les poches, je sors à la découverte de la ville en pleine forme. Ici, tout se joue sur deux rues, la découverte est rapide. Je descends à 1 km voir la partie maritime, sur un petit estuaire. Ce port était le port argentin de la guerre des Malouines, plusieurs monuments sont érigés en souvenir des victimes de ce conflit.

Retour en ville, c’est l’heure des nouvelles. Pour internet, c’est très facile. Il y a des kiosques tous les 100 mètres et l'usage du web coûte peu : 1,50 pesos/2 F de l’heure- le courrier est parfois vite lu. Je réponds maintenant au fur et à mesure : ce n’est pas difficile… je regarde les gros titres de la presse du Monde et du Télégramme…

Aujourd’hui, je m’offre une sieste sérieuse car la nuit de bus n’est pas aussi reposante qu’une nuit dans un vrai lit. Avant de me rendre à 19 h 00 à mon RV, je téléphone quelques minutes à Joss vers 18 h 30 / 22 h 30, c’est un moment chaleureux de la journée.

Je retrouve Arnaud et Nadia à 18 h 00. ils sont aussi à l’hôtel, le contact qu’ils avaient en ville ne s’est pas fait. Ils envoient leurs photos et mettent à jour un blog de voyage. Je les vois faire en riant un peu car ils galèrent aussi pour cela. Vers 20 h 00, recherche de restaurant. C’est difficile pour eux car ils ont un budget assez serré et en même temps ils adorent bien manger. Ils découvrent leur bonheur : un resto clean où pour 5€ tu manges tout ce qui est présenté à la quantité que tu veux avec une grande variété de choix d’entrées, plats principaux et desserts. Pour la viande, il y a un grill de deux mètres carrés et tu demandes au cuisinier le ou les morceaux que tu veux. Même moi j’y ai trouvé mon compte, c’est dire…

Nous bavardons longtemps, nous sortons du resto vers 23 h 00. j’avais l’impression d’être avec Tiphaine ou Anne-Gaëlle. J’ai même parlé à Arnaud d’Anne-Gaëlle car il s’intéresse au « gallo » et travaille à Redon. Mais il ne la connaissait pas.


Mercredi 30 mars 2005

Rio Gallegos

Je suis descendu jusqu'à Rio Gallegos, à environ de 3000 Kms au sud de Buenos Aires. J'adore les longs voyages de 24 heures en bus dans un paysage à la fois monotone et magique comme sur l'océan. Le climat s'est bien transformé mais s il fait beaucoup plus frais, cela reste agréable car il fait beau. Rio Gallegos n'offre aucun intérêt en soi, sinon que dans le cadre historique, c'était la ville de départ de la marine argentine pour la guerre des Malouines en 1982 ( Malvinas ou Falklands).

J'aime déambuler dans toutes ces villes et observer tous ces gens qui changent au fur et mesure de la route. En voyageant en bus, c'est l'occasion d’être avec les gens du pays. Hormis quelques routards, il n y a pas de touristes. Ils sont trop pressés. Par contre c’est très peu cher et les argentins qui ne peuvent se payer l’avion circulent ainsi...

Voila, je vais penser à remonter vers le nord, à San Carlos de Bariloche au bord des Andes, il y a 26 heures de bus, ce sera demain sans doute. Après je rentrerai au Chili vers l'île de Chiloé.


Jeudi 31 mars 2005

Rio de Gallegos - suite

Je passe à la poste. Il me faut attendre mon tour une bonne demi-heure pour faire affranchir une lettre. Les habitants sont apparemment habitués à faire de longues queues devant la poste, la banque ou même un distributeur de billets ;

Par contre devant les « locutario » (boutique téléphone et internet), c’est plus rapide, mais il faut voir qu’en centre ville, il y en a partout.

Je suis retourné au terminal de bus à trois kilomètres à l’extérieur de la ville. Là les choses ont été faciles, la jeune fille du guichet parlait anglais. C’est la première que je rencontre un interlocuteur dans un bureau connaissant l’anglais. Pour moi cela me fait l’effet de parler ma langue maternelle. C’est bien plus facile car j’ai compris le jeu un peu compliqué. Pour le même trajet, dans le même bus, à la même place, elle m’a fait deux billets, payer par deux fois avec la carte de crédit. Allez comprendre… comme le trajet dure 26 heures, j’ai compris que le bus s’arrêtera une heure en soirée pour le temps d’un repas.

De retour à l’hôtel, je fais un brin de lecture, j’ai conservé un livre en français un peu difficile à lire, il durera plus longtemps. La lecture se transforme naturellement en sieste. Vers 16 h 00, je vais faire un tour sur le port où vraiment il ne se passe rien. A croire que les habitants de RIO GALLEGO sont sans savoir qu’ils ont une ville portuaire. De retour en ville, je vais consulter mon courrier. Il n’y a pas grand chose. Je me demande s’il n’y a pas eu un tsunami sur les côtes finistériennes.

De retour dans ma chambrette de l’hôtel, plutôt minable, je traîne un peu en lecture, zapping télé (américanisée à 100%), somnolence, rêverie. J’ai calculé qu’il faut que j’aille manger ce soir (pas avant 09 h 00 ici) car demain jusqu’à vendredi matin, je serai dans le bus.

Je retourne dans le même resto qu’hier. C’est assez étonnant, c’est un self service, on paie un forfait (5€) et l’on se sert à l’envie. Le cuisinier devant son grill pousse à la consommation tellement il est fier de la qualité de sa viande. Le restaurant est très fréquenté, mais les clients dans l’ensemble ne sont pas maigrichons. Evidemment.

De retour à la niche de l’hôtel vers 22 h 00 j’écris ces quelques notes, demain réveil aux aurores, car je ne tiens pas à rater le bus et je vais me faire les trois kilomètres avec le sac à dos.

Par Pierre - Publié dans : tysaozon
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Samedi 9 avril 2005


Samedi 19 mars 2005

Rio del Plata

Pour les Italiens, la St Joseph c’est le jour de la fête des pères. Pour moi c’est la fête de Joss. C’est une journée de mer sans particularité. Nous longeons la côte à une trentaine de kilomètres direction sud-ouest (210°). La température a brusquement changé depuis cette nuit. Il fait 24°C et il fait soleil. De mon point de vue c’est plus agréable. En soirée j’ai confectionné mon colis de livres lus que je porterai à BUENOS AIRES. J’ai gardé 2 livres + les 2 guides du routard, pour les jours à venir.

Mais la navigation n’est pas encore terminée. Non seulement nous rentrerons dans la rivière de la PLATA qui sépare l’Uruguay de l’Argentine demain dans la journée, mais ensuite il y a une navigation de plusieurs heures pour une escale dans un port argentin, lundi. Nous serons à quai à BUENOS AIRES au cours de la journée du mardi.


Dimanche 20 mars 2005

En approche de Buenos Aires

Chaque jour nous enlève quelques degrés. Au réveil ce matin, il fait 18°C sur le pont et il y a un vent assez fort. Pour la première fois ce matin, j’ai pu visiter le poste de commandement à la passerelle, y voir les appareils de navigation, les cartes. Du hublot de la cabine, je vois une ville avec quelques immeubles mais je ne connais pas son nom. MONTEVIDEO se situe assez près derrière une pointe qui ouvre la rivière de la PLATA.

Journée grise, ventée. L’eau est sombre, elle charrie les boues du fleuve venant du cœur du continent. Nous serons en soirée devant BUENOS AIRES, sans nous y arrêter car demain nous avons une dernière escale à ZARATE port argentin sur le fleuve PARANA. Mais par la radio, nous avons déjà la musique, le tango qui confirme que la traversée touche à sa fin. Cela reste un mystère et je ne sais pas pourquoi cette musique fait naître chez moi des émotions aussi vives.


Lundi 21 mars 2005

Zarapate dernière escale

Le bateau navigue toujours dans cette eau sombre du RIO DEL PLATA. Il ne fait pas beau, le pont est encore mouillé de la pluie du matin. Nous remontons le fleuve PARANA sur environ 80 km. Nous étions à 02 h 00 du matin devant BUENOS AIRES, mais il reste une escale assez loin à l’intérieur, ZARAPATE, c’est un port marchand essentiellement conçu pour le transport des voitures. Le matin, le maître d’hôtel nous fait savoir que nous débarquerons à BUENOS AIRES à 22 h 00. Ce qui ne nous arrange pas vraiment Paolo et moi. C’est toujours compliqué d’arriver dans une ville étrangère surtout une immense ville (12 millions d’habitants) à la nuit, sans repères, sans argent, une ville inconnue est toujours une petite galère.

Au fil des heures, les choses se sont arrangées, le temps est devenu ensoleillé, et surtout la durée de l’escale a été plus longue que prévu.

Nous avons quitté le port vers 16 h 00 ce qui rendait impossible une sortie du bateau en cours de nuit. La navigation fut très agréable sur ce canal tracé dans une forêt de type équatoriale.


Mardi 22 mars 2005

Débarquement à Buenos Aires

Lever matinal. Nous devons libérer les cabines pour des passagers qui nous remplacent. En revanche, l’attente est très longue pour quitter le bateau. Il faut attendre, attendre, les personnels argentins de l’immigration, surtout que Paolo débarque avec son camion 4 x 4. Cela ne doit pas être trop fréquent et le passage à la douane dure près d’une heure.

Vers 11 h 00, enfin « libre », nous sortons du port en 4 x 4. Objectif, rechercher une chambre en centre ville. Après un mois de mer, la circulation nous paraît très rapide. Avec un bon plan, ce n’est pas trop compliqué, la ville est construite comme un jeu d’échecs. Il suffit de repérer le « bloc » au croisement de rues.

Paolo trouve un parking gardé pour son camion (cela paraît indispensable ici). Je trouve un hôtel pas cher (mais carrément minable) sur l’avenue de Mayo.

Nous nous séparons là, Paolo doit régler des problèmes d’assurance, de camion. Et moi je souhaite poser le sac et voir les courriers internet. On se donne rendez-vous à 20 h 00.

Je retire de l’argent dans une banque avec la carte bancaire, ça marche, mais pas tout de suite, petite pointe de stress. Enfin c’est bon. Pour consulter internet et le courrier, pas de problème, il y a des boutiques tous les 100 mètres à des prix raisonnables.

J’ai donc le plaisir de lire les nouvelles, certaines déjà anciennes de 15 jours.

Puis, je vais au bout de la rue sur la Plaza de mayo. Il y a comme toujours des manifestants. Un groupe assez classique de femmes assez pauvres dont les motivations sont revendications sociales. L’autre groupe, beaucoup plus étonnant, ce sont une centaine d’hommes de 40 à 60 ans, des anciens combattants de la guerre des Malouines qui réclament une retraite et une reconnaissance. Ils sont habillés en treillis militaires, médaillés et campent sur la pelouse devant le palais.

Vers 20 H, je sors avec PAOLO. Face à mon hôtel, se trouve le « Café Tortoni », le café symbole du tango à Buenos-Aires. Aujourd’hui, il est surtout fréquenté par les touristes. Mais ce fut le lieu de rendez-vous des écrivains, musiciens. A la porte, un homme de 68 ans, nous aborde en français. Très franc, il nous explique qu’il nous a parlé car il survit grâce à la vente de CD de sa musique, mais qu’au delà de cela, il aime parler en français car c’était un étudiant en médecine anarchiste, réfugié pendant la dictature en Europe (12 ans en France). Il nous a longuement parlé de son histoire mais aussi de sa vision actuelle de l’Argentine. J’ai vécu cela comme un grand moment.

Avant de rentrer à nos hôtels (voisins), nous avons déambulé dans le centre ville, plein de contrastes. Il y règne à la fois une grande richesse juxtaposée à une pauvreté bien présente. Hormis les mendiants que l’on a vu dans toutes nos escales, ce sont aussi les jeunes de 18 / 30 ans qui, dans les carrefours du centre ville à BUENOS AIRES, défonçant les sac de poubelles, pour trier et repartir avec divers sacs (papiers, plastiques, verres). Ce ne sont manifestement pas des « mendiants professionnels ». Ce sont des actifs (jeunes ouvriers, étudiants peut-être) qui gagnent ainsi un peu d’argent.


Mercredi 23 mars 2005

Préparatifs de départ vers le Sud

Je commence par déménager de mon hôtel pour m’installer dans celui d’à côté chez Paolo. J’ai découvert hier soir en entrant dans ma chambre, qu’il n’y avait pas d’électricité. Côté toilette et hygiène, je préfère éviter tout commentaire.

Dans la journée j’avais pour objectif de voir les moyens de transport pour descendre vers le Sud. J’ai rejoins la gare routière (impressionnante), de cette gare partent, en continu, des bus dans toutes les villes du pays. Le réseau ferroviaire est presque inexistant. Je réserve une place en bus pour le lendemain à 15 h 00, qui me conduira à PUERTO MADRYN (à 1.300 km au sud).

Je retrouve Paolo en soirée et nous allons manger une viande argentine qui n’était pas à la hauteur de mon ancien souvenir ancien de 15 ans mais ce n’est pas mal tout de même.

Nous rentrons assez tôt à l’hôtel, la vie en ville à pieds est assez crevante. Nous prenons un café uniquement parce que le nom du bar m’a enchanté : « ETRE ». Ce n’est pas mal pour un bar.


Jeudi 24 mars 2005

Jeudi-Saint sur la place de Mai à Buenos-Aires

Avant le départ cette après midi (rendez-vous à 13 h 00 avec Paolo à la gare routière), je m’offre une dernière balade autour de la place de Mai. Je regrette d’avoir pris mon billet de bus pour aujourd’hui car le 24 mars est la date anniversaire de la dictature et une grande manifestation est prévue à 16 h 00 avec tous les partis de gauche et les « mères ». Mais il y a encore plus de tentes piquées sur les pelouses, ce sont les manifestants du jour, les pauvres du pays. Toutefois vers 11 h 00 c’est la grand-messe du jeudi saint, à 100 mètres des manifestants. Arrive un cortège de prêtres et de nombreux évêques. Cette situation et très forte de voir en ce même lieu partagé avec les grandes forces du pays en opposition permanente.

14 h 00, adieu ou au revoir à Paolo. Chacun fait sa route. J’embarque dans le bus pour 20 heures de voyage. Le bus est confortable, spacieux, on y dort très bien. Une hôtesse assure le service de thé, café, repas du soir et « petit déj » comme sur un avion.


Vendredi 25 et samedi 26 mars 2005

PUERTO MADRYN

Du lever du soleil vers 07 h 00 jusqu’à l’arrivée à PUERTO MADRYN, le paysage est presque uniforme, c’est la pampa à l’infini. A part quelques petites roches qui dépassent parfois de quelques étangs et rivières asséchées, c’est le même paysage qui se déroule à l’infini. De temps en temps, on aperçoit quelques guanacos, les « lamas » du coin.

Le bus arrive à l’heure à PUERTO MADRYN. C’est une station balnéaire avec une très belle baie. C’est surtout un point de départ pour visiter la péninsule de VALDES en excursion organisée. Il n’y a pas de bus et les locations de voitures sont très chères. L’intérêt de cette excursion est de voir, si on a de la chance, toutes sortes d’animaux, dauphins, orques, éléphants de mer, manchots. Il y a beaucoup de baleines mais je suis trop tard d’un mois.

Je vais me renseigner pour faire cette excursion demain ou dimanche. Je suis descendu dans un hôtel qui ressemble plutôt à une auberge de jeunesse. Une vraie tour de Babel: argentins, anglais, allemands, italiens, israéliens… mais pas de français…

Mon ignorance de l’espagnol est une barrière. Pas à l’hôtel où l’anglais est utilisé, mais en ville où peu de gens parlent anglais et je ne dis rien du français. Tiphaine, tu aurais dû m’accompagner ne crois-tu pas ?

Je regarde la « doc » de la région pour étudier la suite du voyage. Je vais probablement descendre encore un peu vers le sud (400 km) jusqu’à COMMODORO RIVADERA. De là, par le bus je traverserai l’Argentine vers l’ouest auprès des Andes et remonterais jusqu’à BARILOCHE, le Chamonix argentin. De San Carlos de Bariloche, on peut aller au CHILI en bus à PUERTO MONTT. C’est de cette ville que je passerai à l’Ile de CHILOE dont Paul Urien m’a beaucoup venté les charmes. Enfin, voilà le projet de route, mais cela peut changer, allez savoir…

Des soucis informatiques, de courrier et de téléphone (trop long à raconter) expliquent quelques difficultés d informations.

Voici le nouveau blog ouvert par mon frère Yvon. J'envoie par courrier mes notes de voyages et mon frère mettra au fur et à mesure ce blog à jour.

Le voyageur lui, n'est pas en panne. Après un mois de mer, j étais a Buenos Aires lundi dernier, j'y suis resté trois jours. Je suis descendu en bus a Puerto Madryn a 1300km au sud. C est mon troisième jour. Aujourd’hui, j ai fait une superbe balade autour de la péninsule de Valdés (350 km), magnifique, et sur les plages on y voit des colonies de manchots, des éléphants de mer, des lions de mer. Dans la pampa, on rencontre de nombreux « choïques » ou nandous sorte d autruches et des guanacos sorte de lamas (non bouddhistes).

Je viens de prendre mon billet de bus pour demain après-midi et j’arriverai à Rio Gallegos, 1.100 km plus au sud mardi matin.

Il fait un temps superbe 23° C.

Par Pierre Cuzon - Publié dans : tysaozon
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