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Jeudi 21 juillet 2005
 

Diaporama de toutes les photos du voyage
L'album de photos est enfin à votre disposition.
J'espère qu'il sera un bon complétement aux notes de voyages
pour vous faire partager ces quelques semaines de balades

Je suis désolé par la publicité de chez "Lycos" qui ralentit la lecture des photos.
C'est le prix de la gratuité du service


 Quelques citations autour du voyage

« Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre un atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues... »
Joseph Kessel (1898-1979) - Grand reporter et écrivain français.

 

« Flâner est une sorte de lecture de la rue où les visages, les étalages, les vitrines, les terrasses de café, les tramways, les autos et les arbres deviennent de pures lettres, toutes égales en droit, qui, ensemble, forment les mots, les phrases et les pages d'un livre toujours nouveau. »
Franz Hessel (1880-1941) - Écrivain allemand, francophile. Chantre de la flânerie.

« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait ou vous défait. »
Nicolas Bouvier (1929-1998)


« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. »
Marcel Proust (1871-1922) - Écrivain français.

« Un voyageur doit avoir le dos d'un baudet pour tout porter, une langue pareille à une queue de chien pour flatter tout le monde, la gueule d'un cochon pour manger ce qu'on lui sert, l'oreille d'un marchand pour tout entendre et ne rien dire. »
Thomas Nashe (1567-1601) - Écrivain satirique anglais.

« Mon musée à moi, ce sont les chemins, les hommes qui les empruntent, les places de village, et une soupe, attablé avec des inconnus. »
Bernard Ollivier (1938-)

« L'impulsion du voyage est l'un des plus encourageants symptômes de la vie. »
Agnès Repplier (1858-1950) - Essayiste américaine.

« J'ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot... »
Honoré de Balzac (1799-1850)

" Certes, un rêve de beignet, c'est un rêve, pas un beignet. Mais un rêve de voyage, c'est déjà un voyage. "
Marek Halter (1936-)

« Le meilleur qu'on puisse ramener de voyages, c'est soi-même, sain et sauf. »
Proverbe persan

« Le voyage est un retour vers l'essentiel. »
Proverbe tibétain
« Le chemin est le but. »
Bouddha
par Cuzon publié dans : tysaozon
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Samedi 28 mai 2005

Rêverie "chiffrée" d'un voyageur

Je parcoure un petit bout de notre terre et cette question m’effleure l’esprit.

« La terre est-elle grande ou petite ? » 

Voilà une question que l’urgence de la vie quotidienne ne nous donne pas le temps de poser.

C’est une question incomplète : grande ou petite, par rapport à quoi devrait ton demander ?

·         A l’univers, la réponse est simple, notre planète est minuscule.

·         Par rapport au monde de l’infiniment petit, c’est l’inverse, notre planète est énorme, mais l’homme, l’éléphant, une crevette rose ou une petite souris grise sont également énormes dans le monde « microscopique »

·         La terre part rapport à l’homme ? C’est déjà plus compliqué.  

Quelques calculs aideront peut-être à trouver une réponse.

Calcul du temps nécessaire pour faire le tour de la terre

  • A pied :
    • A 4 km/heure, pendant 10 heures par jour = 40 km/jour
    • Soit : 40.000km / 40 = 1.000 jours ou environ 3 ans
  • En vélo :
    • A 16 km/heure, pendant 10 heures par jour = 160 km/jour
    • Soit : 40.000km / 160 = 250 jours ou un peu plus de 8 mois
  • En bateau :
    • A 30 km/heure, 24h/24h = 720 km/jour
    • Soit : 40.000km / 720 = 55 jours ou presque 2 mois
  • En voiture :
    • A 80 km/heure, 10 heures par jours = 800 km/jour
    • Soit : 40.000km / 720 = 50 jours
  • J’exclus de ces calculs les avions, les spoutniks et autres engins qui ne font pas parties de mes rêves.
  • Pour faciliter les calculs, je considère que l’on se déplace aussi facilement sur la terre, les plaines, les montagnes, les lacs ou la mer.

Si vous décidez de voir toute la terre, de vos propres yeux, en marchant, vous devez décaler chaque tour de terre de 400 mètres à chaque tour de terre, afin de bien voir le paysage à votre droite et à votre gauche.

Vous devez accomplir :

40.000km, soit 40.000.000mètres/400mètres = 100.000 tours de la terre.

Si vous mettez 3 années à faire un tour de terre, il vous suffit de disposer de 300.000 ans et de quelques bonnes paires de chaussures.

Si vous souhaitez, rencontrer tous les habitants de la terre, en passant seulement 1 jour avec chacun, vous avez besoin de : .6.100.000.000 habitants /365 jours = 16.767.000 années. En sachant que dans un siècle, nous serons probablement 12 milliards d’humains, il faudra alors disposer de 33 millions d’années.

Les résultats de ces calculs sont surprenants et contradictoires.

S’il s’agit de faire le tour de la terre, quel que soit le moyen de transport, la terre est vraiment très petite. A peine 3 ans à pied, ce n’est rien.

A l’inverse, si nous voulons cheminer sur toute la surface de la planète et connaître chacun de ses habitants, une vie d’homme n’est plus rien, ce n’est plus à notre échelle humaine.

Vu sous et angle, il est difficile de répondre à la question « La terre est-elle grande ou petite ? »

Si l’on pose une autre question : « L’homme est-il grand ou petit ? » C’est encore incomplet. Il faut encore préciser « Par rapport à quoi ? »

A l’univers, à la terre, la réponse est simple « Oui, l’homme est minuscule, il n’est presque rien » Quand je mourrai, le soleil se lèvera le lendemain matin, comme tous les jours, comme si rien ne s’était passé.

Et pourtant, l’homme n’est pas rien. Sinon, nous serions toujours à l’âge des cavernes. L’humanité aujourd’hui est pour le meilleur et pour le pire la somme de toutes les vies des hommes disparus depuis des millénaires et des hommes d’aujourd’hui.

Nous sommes grands dans cette humanité.

Mais après, plus tard, dans quelques millions d’années, quand les rayons du soleil ne réchaufferons plus notre terre, la vie s’éteindra ici. Il en sera fini des hommes, de l’humanité, nous retournerons au néant.

Peut-être que dans un autre coin de l’univers, d’autres êtres vivants joueront le même jeu que nous. J’espère qu’ils seront moins sots que nous.

  • Qu’ils sauront que la différence de couleur de peau, de pensées, de croyances sont un enrichissement.
  • Qu’ils sauront que pour être heureux, il n’est pas indispensable que les autres soit malheureux.
  • Qu’ils sauront aimer l’autre, les autres en créant du bien être et non de la souffrance.

Les heures de rêverie sous le soleil équatorial mettent la cervelle en ébullition. Je vais devoir porter une casquette si je veux éviter une hospitalisation en urgence en service « Spécialisé »

Mai 2005 – quelque part en Atlantique, près des Caraïbes…
 
par Cuzon publié dans : tysaozon
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Vendredi 27 mai 2005


Mercredi 18 Mai 2005

La vie est une longue mer tranquille…

R.A.S. – Le voyage se poursuit…

Comme chaque jour, je monte à la passerelle pour situer la position du bateau. Comme nous sommes loin des côtes, c’est sur une carte représentant tout l’Atlantique qui est utilisée pour la navigation. L’échelle est très différente des navigations côtières. Aussi, le chemin parcouru dans une journée ne représente qu’un minuscule trait sur la carte. A la vitesse moyenne de 14,5 nœuds, le navire parcoure environ 625 kilomètres par jour.

Je demandais à deux officiers s’ils préféraient naviguer comme là maintenant en pleine mer pendant une dizaine de jours sans escales ou à l’inverse une navigation plus côtière avec des escales tous les deux ou trois jours. Ils avaient des avis partagés. L’un d’eux trouvait moins monotone une route comprenant des escales assez fréquentes. Le temps semblaient passer plus vite car en ce cas, ils ont plus de travail lors des entrées et sorties des ports. Son collègue préférait la tranquillité d’une navigation, loin des routes trop fréquentées.

Personnellement, je préfère la navigation côtière alternant les temps en mer et les escales toujours intéressantes. Je m’étonne parfois de rencontrer que très rarement, les officiers et les marins sur le pont. Ils n’y séjournent que pour leur service. Sinon dès qu’ils terminent leur travail, ils entrent dans leur cabine quel que soit le temps à l’extérieur. Ils s’y reposent et s’occupent en regardant des DVD ou en « jouant » sur leur ordinateur ( sans internet). Les couchers de soleil, ils les ont vus des centaines de fois et cela ne les passionnent plus.


Jeudi 19 mai 2005

Une baleine nous rend visite…

R.A.S. – Mer plate – Vue principale >>>> l’horizon sur 360°. La température s’adoucit, elle se situe autour de 22/23°C. Une seule douche suffit pour se sentir bien. Les chemises ne collent plus à la peau.

En fin d’après-midi, voilà un événement dans cet espace vide.

Une baleine en plein forme nous salue au a en soufflant à pleins poumons de superbes jets d’eau

Je me suis posé quelques questions en début de soirée. Voilà le bateau à l’arrêt complet. Déjà en début d’après-midi, les moteurs avaient été arrêtés durant une heure environ. J’avais appris qu’il s’agissait d’un test. Vers 19 h 00, le second arrêt s’est prolongé plus longtemps encore. Pas vraiment inquiet, mais curieux, je viens de rencontrer les officiers qui confirment qu’ils avaient eu quelques problèmes techniques mais que tout était rentré dans l’ordre. Cela est très curieux, un gros cargo immobile au milieu de l’océan.


Vendredi 20 Mai 2005

Un ballet de dauphins

Côté navigation, rien à signaler. Côté climat, chaque jour apporte quelques changements. Le ciel est resté gris jusqu’à la moitié de l’après-midi. Il ne fait pas froid, mais si l’on reste au vent cela devient presque inconfortable.

La distraction du jour s’est produite, vers 17 h 00. J’étais à mon poste habituel seul à l’avant du navire, à nouveau fréquentable car la mer est d’huile. De temps en temps, j’interromps la lecture pour me reposer les yeux, la nuque, pour me dégourdir les jambes et les bras. La lecture assidue est physiquement « fatigante ». Je m’appuie sur le bastingage regardant cet immense lac endormi. Et tout à coup au loin, droit devant, j’aperçois une agitation. Un groupe d’une douzaine de dauphins s’ébattait joyeusement. Ils se sont rapprochés de l’étrave et sont restés jouer pendant cinq minutes peut-être. J’avais déjà assisté à ce spectacle lors de mon service militaire dans la Marine voici plus de quarante ans. Mais l’émotion reste toujours aussi forte de voir ces animaux en totale liberté vivrent leur vie.

La journée de demain offrira également quelques heures de divertissement. Nous passerons entre les îles des Açores.

Je plaisantais avec un officier en lui proposant de faire un crochet vers Roscoff, car le bateau passera au large de la Bretagne en rejoignant Dunkerque et Rotterdam.


Samedi 21 mai 2005

L’archipel des Açores

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Belle journée de navigation. Dès le matin, j’aperçois les contours de la première île des Açores. J’ai pris tout mon attirail de parfait passager : livre, appareil de photos, jumelles et je me suis installé dans mon espace « privé » comme chaque jour. Le soleil était bien dégagé dès le lever du jour. Je suis resté à cet endroit jusqu’à 14 h 00, regardant défiler une à une cinq des huit îles de l’archipel. Un petit arrêt dans un port eut été la cerise sur le gâteau….

Des dauphins sont venus à nouveau jouer autour de l’étrave. Ils m’ont vraiment stupéfié. Un moment, ils étaient sept exactement parfaitement en ligne comme pour un départ de course. Et le ballet a commencé. Chacun à son tour effectuait un, puis deux, puis trois sauts et le suivant recommençait à son tour. Un vrai bonheur…

Cette nuit, je vais devoir choisir la position idéale pour bien dormir. Un roulis bien accentué fait danser le bateau. Je me cale la tête sur le côté du lit contre la cloison et les jambes repliées, je me coince avec les pieds sur l’autre côté du lit. Cela ne m’évite d’être ballotté, mais m’empêche d’être roulé à chaque mouvement du bateau d’un bord à l’autre du lit. On s’y fait très bien et j’aime assez cette danse.


Dimanche 22 mai 2005

Journée ordinaire en mer

Journée de mer ordinaire, pas de côtes en vue, pas de baleines, pas de dauphins.

J’expédie un email à Joss pour lui donner les précisions sur l’arrivée du bateau à Bilbao pour organiser le retour en Bretagne.

J’ai entamé mon dernier livre « Le Greco ». Il est assez dense. Il suffira pour occuper les trois derniers jours de navigation qui restent à parcourir.

A minuit, nous avons notre montre d’une heure. Nous avons rattrapé les 7 heures de décalage horaire qu’il y avait entre Valparaiso et l’Europe.

Ce soir comme souvent, je suis resté près de deux heures sur le pont attendant le coucher du soleil. Je n’en parle pas chaque jour mais cela fait partie des rites de ma vie à bord.


Lundi 23 mai 2005

Une autre journée ordinaire en mer

Rien à signaler – Belle journée sans événements. On perçoit une ambiance de retour au bercail. Deux officiers commencent à frétiller. L’un d’entre eux, Thomas le polonais, recevra la visite de sa femme et de ses deux enfants à partir de l’escale de Dunkerque. Le second, Vladislolas, le lithuanien sera en congé à l’arrivée à Rotterdam pour 5 mois après 7 mois de mer. La vie des marins….


Mardi 24 mai 2005

Arrivée à Vigo en Galice

Arrivée à Vigo à 05 h 00 du matin. Je dormais comme un loir. Je n’ai rien entendu du poste de manœuvre d’entrée au port. Je sors en ville dès 10 h 00 le matin, avec comme objectif d’appeler Joss au téléphone pour parler de l’organisation de la fin du voyage – Bilbao – Roscoff.

Le bateau doit accoster le mercredi soir à Bilbao. Je resterai cette nuit là à bord. Je quitterai le bateau le jeudi matin seulement. Pour la suite, je verrai une fois mis le pied à terre.

Vigo est une jolie ville ( la partie ancienne en particulier). C’est la Galice, avec des maisons en granite comme dans les pays celtes. La vie est située au fond d’un large estuaire, une Ria. Elle est entourée de collines boisées. Cette ville a beaucoup de charme.


Mercredi 25 mai 2005

Une dernière nuit à bord à Bilbao

La route de Saint Jacques de Compostelle, de l’autre côté cette fois, vu du côté mer. Cela est très imaginaire, le bateau navigue à plusieurs kilomètres de la côte. Mais, en suivant les cartes à la passerelle, il est simple de savoir avec précision quelles sont les villes proches.

Après une journée de mer très calme, la mer est lisse, nous entrons dans le port de Bilbao vers 21 h 00, juste à l’heure du coucher du soleil.

J’ai passé ma dernière journée à bord à traîner sur le pont, ayant épuisé ma bibliothèque de voyage. Dans l’après-midi, j’ai sorti du placard, le poste de radio pour écouter France Inter. C’est magique, voilà des gens qui parlent le français. Mais très vite, je me suis rendu compte de la légèreté des infos. La première nouvelle que j’ai entendue, c’était les histoires sentimentales de Sarkosy. Je n’ai pas regretté d’avoir été « débranché » pendant plus de trois mois. J’ai toutefois réalisé que le débat sur le référendum sur la constitution européenne avait pris une importance énorme. J’avais totalement oublié tout cela.

Ce soir, je retrouve les quais de Bilbao, comme je les avais laissés voici trois mois. La différence est la température, en fin février, il y faisait bien froid et les collines environnantes étaient couvertes de neiges. Ce soir, ces mêmes collines étaient verdoyantes….


Jeudi 27 mai 2005

La fin du voyage - Tout à une fin...

Le bateau est entré dans le port de Bilbao, le mercredi 25 mai en soirée. Je suis resté une dernière nuit à bord, il était trop tard pour prendre un train pour rentrer en France. Dès le jeudi matin, j'ai rejoint la gare de Bilbao, puis par bus, la gare d'Hendaye en France. J'étais à Paris le soir même et à Roscoff le vendredi après-midi. Le mois de traversée de Valparaiso à Bilbao s'est très bien passé. L'accueil de l'équipage était très chaleureux et amical. La météo a été bien raisonnable, j'ai un peu regretté l'absence de mer agitée, mais on ne peut pas tout avoir. Il n'a pas manqué de roulis. La traversée du canal de Panama est une expérience intéressante. Au large, nous avons eu la visite d'une baleine et de plusieurs dauphins qui s'amusaient comme des fous à l'étrave du bateau. J'ai disposé du temps nécessaire pour lire toute ma bibliothèque, pour rêver devant la mer. C'est exactement ce que j'allai chercher.

Dès que possible, je recopierai mes notes de la traversée ici. Ensuite, je reverrai l'ensemble du blog pour alléger les textes et ajouter quelques photos. Je ne me presse pas. Habitué à ne rien faire pendant un mois de mer; il ne faut pas reprendre trop brutalement les activités, c'est trop risqué.

Je suis rentré à la maison comme un bon fils, pour la fête des Mères et comme un bon citoyen pour le référendum sur l'Europe. A bientôt, pour les textes concernant le voyage retour en bateau

Pierre

 


par Cuzon publié dans : tysaozon
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Lundi 9 mai 2005


Mardi 10 mai 2005

Une nuit devant Panama City

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Une journée de mer ordinaire, sans escale. C’est une zone bien chaude où l’on ne pense qu’à se protéger du soleil. C’est encore la cabine, l’endroit le plus frais, malgré ses 28°C. J’ai fait une réserve d’eau dans le réfrigérateur, c’est le luxe par les temps qui courent.

Depuis hier, j’ai commencé à me baigner dans la piscine d’eau de mer du bateau. Une piscine d’environ 4 mètres sur 3 est à la disposition de tous les marins. Une bonne demi-heure dans la piscine, c’est très confortable.

J’ai reçu un email qui me confirme que le contact avec les miens sera possible pendant les deux ou trois semaines de mer en cas d‘urgence. C’est très rassurant

Vers 17/18 heures, nous arrivons dans la zone du canal de Panama. C’est assez étonnant, même de loin. Alors qu’en général en haute mer, on ne croise que très peu de navires. Ici, c’est un carrefour, un lieu de ralliement. Le bateau a jeté l’ancre vers 19 heures, de nuit, dans la baie devant les gratte-ciel de la ville. Nous nous engagerons dans le canal qu’aux premières heures du matin. C’est une organisation complexe cette traversée du canal. Chaque bateau, avant de s‘engager reçoit la visite de trois ou quatre contrôleurs qui inspectent le fonctionnement des systèmes de navigation et de sécurité. Ce n’est qu’après l’accord de ces inspecteurs que le pilote monte à bord, lorsque arrive notre tour pour commencer la traversée. Et cela se bouscule au portillon. C’est un endroit stratégique mondial et principalement américain. J’imagine que tout ce qui concerne la sécurité sous ses divers aspects doit être minutieusement épluché.

Un officier m’a expliqué la traversée à l’aide d’une carte marine. Si l’on rentre côté pacifique, on passe sous un pont qui relie les deux parties de Panama. Les premières écluses « Miraflores » sont très proches. Après une petite navigation dans la partie la plus resserrée du canal, une seconde série d’écluses se présente. Ensuite, nous arrivons sur le lac artificiel « Gatun ». Nous sommes en eau douce. Après quelques heures de navigation, nous sommes devant les dernières écluses, qui nous redescendent au niveau de la mer ( écart de niveau 26 mètres ). Toute l’opération dure environ douze heures.

J’ai hâte de suivre ce périple dès demain.

Dans la journée, une quinzaine de dauphins nous a offert un superbe spectacle autour du bateau. En soirée, c’est un vol groupé d’une bonne cinquantaine de pélicans qui a clos le spectacle animalier.


Mercredi 11 mai 2005

Le passage de « Panama canal »

Longue journée, je ne voulais rien manquer du passage de Panama. Je dormais d’un œil pendant la nuit, pour ne pas me réveiller au milieu du canal au petit matin. Vers 05 h 00, j’ai entendu quelques bruits, perçu un mouvement du bateau, je me suis levé immédiatement. Il faisait encore nuit. Je n’ai pas pu faire de photos de l’entrée du canal, ni du passage sous le « Pont des Amériques », ce pont qui relie l’Amérique du Nord et du Sud. Dès 06 h 00, le jour était levé. Armé de mon appareil photographique, j’ai parcouru le bateau toute la journée pour conserver des images de cette navigation si particulière pendant environ 78 km.

C’est vraiment passionnant ce passage sur deux plans :

Après quelques jours de haute mer, dans cet univers bleu ( ciel et mer), se retrouver plongé dans une forêt tropicale luxuriante, verte et fleurie, c’est une agréable surprise. Je n’ai pas vu, mes les marins m’assurent qui voient souvent des crocodiles qui se prélassent dans les eaux du canal. J’ai tout de même aperçu longuement un barracuda tourner autour du bateau dans la nuit dans la baie. Dans le silence à l’avant du bateau, j’ai aimé les chants des oiseaux de cette forêt très dense.

Sur le plan technique ( conception, construction, navigation), ce canal est fantastique. Comment des hommes à la fin du 19ème siècle ont-il imaginé une telle réalisation ? Certes, il y a des gros intérêts, des gros sous et des intérêts stratégiques autour de cette voie navigable. Pour tenter d’imaginer, l’ampleur du travail, un seul chiffre suffit. Si l’on avait entreposé tout le volume de pierres et de terres déplacées sur les wagons d’un train, celui aurait fait quatre fois le tour de la terre.

Les écluses rehaussent les navires de 26 mètres, c’est l’écart entre le niveau de la mer et le niveau du lac qui se situe entre les deux océans.

Pendant la traversée du canal, des équipes d’hommes travaillant pour la Compagnie « Autorité du Canal de Panama – ACP montent à bord pour assez la totalité des manœuvres de navigation. Au port de Brest, ces hommes s’appellent les « marguats ». Ils m’ont impressionné par leur stature. A 95%, ce sont des hommes noirs, très grands et très costauds. Ils me faisaient penser aux athlètes américains. Entre deux manœuvres, il y a des temps morts de 30 ou 40 minutes. Ces grands gaillards en profitent immédiatement, et s’allongent où ils le peuvent pour « piquer un roupillon ». Pour la plupart, ils embarquent avec un grand sac de sport. C’est à la fois leur casse-croûte mais c’est aussi le petit « supermarché ». Ils s’adressent aux marins « What do you want ? Ils vendent des DVD, des cassettes vidéos, des cigarettes. Et probablement autres choses selon le style du client. En un mot, ce sont de sacrés « loulous », pas très violents au travail mais plutôt bons en affaires.

Les nombreuses photos prises pendant ce passage permettront d’imaginer le fonctionnement du canal.

Nous voilà vers 18 h 00 en Atlantique dont nous entamons la traversée. Le premier point de passage est un détroit entre l’île de Puerto Rico et celle de Saint Domingue ( le passage de Mona). Nous y serons après deux ou trois jours de navigation.


Jeudi 12 mai 2005

Journée de mer

Journée de mer normale. A 07 h 00, il fait 30°C. Le vent souffle environ à 30km/heure. La mer Atlantique est bien différente de celle du Pacifique. Les vagues sont un peu plu creuses et cela moutonne bien. Je ne peux pas rejoindre mon salon de lecture. Aujourd’hui, à cet endroit c’est une douche à forte pression.


Vendredi 13 Mai 2005

Journée de mer

Les journées se ressemblent bien sûr. Je fais des calculs savants pour évaluer mes réserves de lecture et de tabac. Normalement, je devrai avoir ce qu’il faut jusqu’à l’arrivée. Il me reste environ deux semaines de navigation, j’ai encore cinq gros livres à lire et 4 paquets de tabac.

Tous les deux jours, nous avançons notre montre d’une heure. Par rapport à Paris, le décalage sera de cinq heures.

Le maître d’hôtel ( steward) m’amuse bien. Quand je rentre dans la salle à manger, il se met presque au « garde à vous », claque des talons et m’adresse un « Morning Sir ». Je devrai y être habitué, mais malgré la répétition quotidienne, je continue à trouver cela cocasse. Il commence à connaître mes « caprices » alimentaires. Il n’est pas question de proposer des menus adaptés, simplement il ne m’apporte pas sur la table les plats dont il sait que je n’y toucherai pas. Je n’ai aucun problème, car par rapport au travail que je fournis, les repas sont plus que suffisants.

Depuis notre entrée en Atlantique, l’état de la mer est assez différent. Le bateau bouge très peu, il n’y a plus de roulis et un brin de tangage, bien que la mer soit plus agitée que dans le pacifique. Les vagues mesurent peut-être un à deux mètres, ce qui n’est rien pour ce bateau. Le seul inconvénient est de ne plus pouvoir lire à l’avant du bateau, car, des gerbes d’eau arrosent copieusement  toute la partie avant. J’ai trouvé des caches bien tranquilles mais un peu plus bruyantes.


Samedi 14 mai 2005

Près de St Domingue et de Puerto Rico

A l’aube, nous croisons entre Saint Domingue et Puerto Rico ( le passage de Mona ). Le temps n’est pas très clair, seule la côte de Puerto Rico est visible du bateau. Nous filons droit au nord-est en direction de Vigo. Nous passerons auprès de l’archipel des Açores dans huit jours environ, et accosterons à Vigo, probablement dans dix jours, le 24 mai. L’arrivée à Bilbao, le terminus en ce qui me concerne, est prévue le 25  au soir ou le 26 au matin. Après l’escale espagnole, le bateau continuera sa route vers Dunkerque et Rotterdam.

Ce matin, nous avons fait un exercice de sécurité en mer. Au signal d’une sirène, nous devions nous regrouper le plus rapidement possible à un point défini à l’avance sur le pont, équipés de notre casque et de notre « live jacquet », la veste de survie. Nous avons tous embarqués dans le « live boat », le canot de survie. Il est conçu pour 32 personnes, nous ne sommes que 23 trois à bord, il y a de la place pour tous… C’est impressionnant, car le live boat est accroché sur sa rampe de lancement ( à 45°). Chacun doit connaître sa place, s’installer, s’attacher. L’exercice s’est arrêté après la mise en route du moteur. Le plongeon en mer n’a pas eu lieu. Cela se fait environ tous les trois mois. Ouf !!! Car le choc doit être rude. Le live boat est équipé de systèmes de communication qui émet des signaux reçus par les satellites, qui calculent la position exacte des naufragés. Il y a de la nourriture pour quelques jours, ainsi que de l’eau douce et même du matériel de pêche, au cas ou les secours tardent….

Le repas de ce samedi soir est une nouveauté pour moi. C’est une « grillade-party » sur le pont du bateau. En fin d’après-midi, les marins installent des bâches car le temps est menaçant, disposent des tables et des chaises. Le barbecue est allumé. Mais pas de chance, à l’heure prévue pour le repas, il tombe des seaux d’eau, une bonne pluie tropicale. Après une tentative infructueuse de se protéger sous les bâches, tout l’équipage se réfugie dans la salle à manger des marins birmans. J’ai apprécié car c’était le premier repas partagé en commun avec les officiers et les marins.

Petit à petit, j’arrive à découvrir les conditions de travail des uns et des autres, les salaires, les contrats de travail, les temps de vacances. J’ai longuement parlé avec un des marins birmans, le seul homme un peu francophone à bord. C’est un homme très doux, très réservé. Il m’a permis de comprendre la vie de ces ouvriers « immigrés » travaillant pour une compagnie européenne.


Dimanche 15 mai 2005

Un dimanche en mer

Ce matin, j’ai rendez-vous, à bord bien sûr. Le chef ingénieur, m’a proposé de visionner mes photos de voyages sur son ordinateur personnel dans sa cabine. Cela m’a permis de me faire une idée de la qualité de mes photos. Il y en aura plusieurs à supprimer, en particulier les photos de paysages prises de l’intérieur du bus en mouvement qui ne sont pas bonnes. Enfin, il en restera suffisamment pour donner une idée du voyage.

Le reste de la journée comme chaque jour en mer, je fais une ou deux visites à la passerelle pour repérer notre position sur la carte et saluer l’officier de quart. Les intermèdes repas sont assez brefs. Cela ne ressemble pas du tout aux repas sur le bateau italien qui étaient de véritables cérémonies rituelles et théâtrales. Ici, au mess des officiers, nous pourrions être six personnes, il n’y a guère plus de deux ou trois personnes ensemble. Chacun arrive à son heure selon ses désirs et ses occupations.

Je continue mon stage de lecture. Je suis complètement entré dans ce rythme et le lis plusieurs heures par jours. Pour varier, je me déplace sur le bateau au gré du soleil, du vent et des embruns. J’essaye d’être à l’extérieur le plus souvent possible dans la journée, car la nuit arrive assez tôt ce qui me fait passer déjà beaucoup de temps dans la cabine.

Ce soir, juste avant d’écrire ces notes, je suis resté plus d’une heure, assis sur le pont en rêvassant devant le soleil couchant. Je serai avant la fin de ce voyage un expert de l’inaction et de la rêverie.


Lundi 16 Mai 2005

Une journée de mer …une de plus…

Journée de mer sans rien à signaler. La mer est plutôt belle, le ciel variable, bien couvert au lever du jour. Au fil des heures, le bleu revient et s’installe pour le reste de la journée.

Au dîner, j’ai demandé à Thomas, l’électricien, s’il avait cinq minutes pour s’occuper du lecteur de CD dans ma cabine qui ne fonctionne pas. Il m’en a installé un nouveau, ce qui m’a permit de m’offrir une soirée musicale. J’avais acheté à Buenos-Aires deux CD. Le premier, c’est  une compilation de tangos très classiques. Le second, je l’avais acheté dans la rue directement avec le chanteur lui-même, Yanquetruz. C’est cet homme de près de 70 ans que Paolo et moi avions rencontré. C’est un ancien exilé politique argentin qui avait fuit son pays pendant la dictature. Les chansons et la musique datent de 1977, et avaient été enregistrées à Paris.

Toute la soirée, j’ai passé ces deux disques en boucle. Assis dans mon fauteuil à bascule, les pieds sur la table du salon, le hublot grand ouvert sur la mer, la pipe au bec, bercé par le bateau, ce fut un vrai régal.

J’avais précédé ce « concert » du spectacle du coucher de soleil, là aussi c’est un plaisir toujours renouvelé.

Après ces quelques notes, je m’installe pour la lecture dans un lit tout frais. La literie est changée chaque lundi par le steward. J’ai deux bouquins en cours. Je trouve cela agréable, car tout en continuant la même activité, en alternant les livres, je ressens une sensation de changement. Il est 21 h 00, je lirai jusqu’au sommeil qui arrive naturellement vers une à deux heures du matin. Parfois, il est trois heures avant de poser le livre. Mais aucun problème, pour être à poste au petit déjeuner à 07 h 30 et entendre : « Morning Sir ».


Mardi 17 mai 200

RAS

Journée de mer calme. Nous sommes à peu près au milieu de l’Atlantique Nord sur la latitude du Maroc et la longitude du Groenland. A la passerelle, j’ai obtenu quelques précisions sur la situation des jours à venir. Nous serons aux alentours de l’archipel des Açores, le samedi 21, et à Vigo le mardi 24 puis à Bilbao le jeudi 26. Il me reste une bonne semaine de mer.

J’ai quelques échanges sympathiques avec les officiers. Cet après-midi, c’est le marin birman, qui est resté me parler une bonne demi-heure.

Ces rencontres sont des temps courts sur une journée entière. Le reste du temps, je me déplace tout seul, un livre à la main d’un coin à un autre du bateau. Les journées se passent ainsi dans le plus grand calme sans impatience. Je note en regardant le dalendrier que l'ai quiité Roscoff, voici trois mois aujourd'hui

par Cuzon Pierre publié dans : tysaozon
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Dimanche 1 mai 2005


Dimanche 01 mai 2005

Embarquement à Valparaiso (2)

Réveil matinal à « La Bicyclette », je dois faire mon sac. C’est aujourd’hui l’embarquement. A vrai dire, je n’ai aucune raison de me presser. J’ai un rendez-vous à 12 h 00 avec l’agent maritime, je le connais déjà, je connais son bureau qui est à un quart d’heure de marche de l’auberge. Mais bon ! je tiens à ne pas rater le bateau que j’attends depuis quelques jours. Mon pote toulousain qui loge un peu plus haut dans la colline vient à 09 h 00 pour prendre le déjeuner dans le petit jardin afin de me dire au revoir. Nous ne sommes pas longtemps seuls au déjeuner. Deux anglaises, puis deux allemands partagent le « breakfast ». Chacun raconte un peu sa route, son voyage. Quand il s’agit d’arrivants à Valparaiso, on transmet les tuyaux pour faire, selon le temps disponible, la découverte de la ville. Ces échanges du matin sont très agréables généralement. Il y a une petite gymnastique linguistique entre l’espagnol, l’anglais, parfois l’allemand et le français. Généralement dès qu’il y a plus de trois personnes, c’est l’anglais qui s’impose.

Je descends en ville écrire un mail pour confirmer mon départ, et me voilà en partance vers le cargo allemand. Je dois dire avec plaisir que je rencontre pratiquement toujours de gens qui veulent vous aider malgré les différences de langues. C’est vrai du bureau de la Compagnie maritime, de son correspondant qui me conduit en voiture à la coupée du bateau, des policiers qui contrôlent l’entrée du port.

Je grimpe la coupée. Immédiatement, un marin philippin m’accueille et va me présenter au commandant en second. Mon arrivée avait été annoncée au commandant par l’agent de la Compagnie. Je suis conduit à ma cabine, au quatrième étage au-dessus du pont principal. La cabine est parfaite, très claire, il y a deux hublots dont un ouvrant. C’est agréable car par temps très calme, une aération directe c’est appréciable.  C’est un bateau allemand, la literie c’est une bonne couette, plus confortable que le drap et la couverture. Il y a plein de rangements, armoires, penderies, tiroirs, mais aussi de l’électronique, radio, lecteur CD ? TV, magnétoscope, réfrigérateur. Je dispose d’un bon bureau et d’un fauteuil de bureau très confortable pour écrire. Bien sûr, la salle de bains et une douche particulière à la cabine sont à ma disposition. Le top c’est un canapé et une table de salon…

Voilà de quoi passer un mois comme un coq en pâte…

Je rencontre rapidement le commandant, un grand bonhomme, chauve, barbu, la caricature d’un capitaine de bateau allemand ou scandinave. Il est très jovial, m’accueille chaleureusement et tout de suite me dit que je suis chez moi pour un mois sur ce bateau, que je peux accéder à tous les endroits que je veux y compris à la passerelle de navigation. C’est une heureuse surprise, car sur le bateau italien les passagers avaient des zones infranchissables. L’ambiance, en tout cas dès l’accueil est ici tout à fait satisfaisant.

L’équipage est de 22 personnes : officiers et marins. Ils représentent 5 nationalités : le commandant est allemand. Il y a deux allemands, un lithuanien, deux polonais, un ukrainien et 16 birmans plus un passager français. En effet, je suis le seul passager. Le voyage sera différent car il n’y aura pas la vie à part d’un petit groupe de passagers dont un parlait le français.

Ce sera nouveau pour moi de ne parler que l’anglais pendant un mois. Je ne sais pas bien sûr quelles seront mes relations avec l’équipage. Ils n’ont guère beaucoup de temps, ils travaillent et apprécient sans doute d’être tranquilles quand ils terminent leur service. On verra…

J’aurais sans doute plus de temps de lecture qu’à l’aller. J’ai appris qu’il y aura moins d’escales également : le bateau s’arrêtera au PEROU à Callao, en EQUATEUR à Manta, passera PANAMA sans escale. Ensuite se sera la traversée directe vers l’Espagne à Vigo puis Bilbao.

Le bateau transporte des containers dont je ne connais pas le contenu. Il peut en contenir 1.850 ce qui est énorme, un container c’est la taille des caisses qui sont transportées sur les gros camions (environ 12 m de long).

Un aller-retour Hambourg/Valparaiso, c’est la ligne régulière de ce bateau, dure environ deux mois et demi. Chaque marin fait deux voyages (5 mois) avant d’avoir des vacances pour rentrer chez lui. Ils ne comprennent pas immédiatement le choix des passagers de passer librement un mois en mer. J’en ai parlé aux officiers ce matin au petit déjeuner. Après une explication sur mon choix du bateau pour y trouver le temps pour lire, rêver, casser la spirale de la vitesse de la vie actuelle, il me semble qu’ils ont compris cette démarche à priori étrange à leurs yeux.

La Compagnie allemande à laquelle appartient ce cargo « ANGOL » fait partie de la Compagnie RICKMERS de HAMBOURG. Cette compagnie dessert les ports du monde entier.

Si vous ne savez pas où je suis pendant un mois, vous pouvez imaginer le décor dans lequel je passerai tout ce mois de mai.

Ce voyage sera très différent du premier. Le fait d être seul passager change la relation avec l’équipage. La langue anglaise unique pendant un mois sera une nouveauté également. L’ambiance beaucoup plus cool que sur le bateau italien modifiera aussi la vie a bord. Je pars avec grand plaisir, sachant que dès le départ, je vais replonger dans la lecture pendant de longues heures.

Restent les conditions « météo ». Je n’ai toujours vu que des mers calmes. Même si je dois en payer le prix, cela ne me déplairait pas de voir un peu la mer s’agiter. Voila une phrase que je regretterai peut-être...

Bon mois de mai a tous.


Dimanche 1er Mai 2005

Le retour en Europe

Depuis hier, je me suis installé dans la cabine n°408, pour un mois de mer. Ce matin, je suis redescendu à terre pour y faire un dernier tour en ville. Le départ n’est prévu qu’en soirée, cela me donne largement le temps d’aller poster une lettre qui sera publiée sur le blog donnant les dernières informations sur mon installation à bord.

Je suis passé à l’auberge « La Bicyclette » saluer Gilles qui a fait une drôle de tête quand il m’a aperçu montant dans le jardin. Il me croyait parti depuis hier samedi et il a immédiatement pensé que j’avais un problème. Je l’ai rassuré par un large sourire. Nous avons partagé un café tandis que je lui racontais l’accueil et mon installation sur le cargo. Je ne suis par resté longtemps en ville de Valparaiso qui était vide, c’était un dimanche matin et le férié du 1er mai par-dessus le marché. Dès le début de l’après-midi, je regagne ma « niche » au 4ème étage ( sans ascenseur ) de l’ »Angol ».

Quelques précisions sur le bateau, son équipage, sa fonction.

Un seul des marins, un Birman parle un peu le français, il a vécu en France pendant huit ans.

Le bateau peut contenir 1.850 containers. Pour donner une idée de ce que cela représente, j’ai fait le calcul suivant : Imaginons que l’on forme un convoi de camions qui transporte toute la cargaison, cela ferai un convoi de 36 kilomètres de long.

·         1 « contenair » = 12 mètres

·         1 cabine de camion = 3 mètres

·         Espace entre les camions sur la route = 5 mètres

·         Total = 20 mètres x 1.850 = 37 kilomètres.

Le temps nécessaire pour vider ( ou remplir ) le cargo avec une seule grue :

1.850 x 2 minutes = 3.750 minutes ou 61 heures.

En réalité, deux minutes ; c’est plutôt rapide. Mais, il y a souvent dans les ports deux énormes grues en action. Pendant, tout le temps de l’escale, c’est un défilé continu de camions qui apportent ou évacuent les containers.

Sur ce voyage Valparaiso / Hambourg, une grosse partie de la cargaison est du cuivre chilien. Cela se présente en lingots de cuivre, comme les lingots d’or, chargés par palettes déposées au fond de la cale. J’ai du mal à imaginer le poids de ce cuivre, mais cela fait en tout cas un bon lestage du bateau. Nous transportons également des fruits dans des containers réfrigérés. Chaque container dispose de son propre système de refroidissement maintenant la température à –20°c, même à l’équateur lorsque la température extérieure avoisine les 35°c.


Lundi 02 mai 2005

Sur le pacifique

Le bateau a quitté le port de Valparaiso vers minuit. Par le hublot, j’ai regardé la ville, puis la baie s’éloigner avec un peu de nostalgie. Vu de la mer, de nuit, Valparaiso est comme un grand arbre de Noël. Toutes les collines qui entourent la baie sont « enguirlandées ». C’est superbe.

Maintenant commence le rythme de la vie maritime. Nous avons cinq à six jours de mer avant la première escale à Callao au Pérou.

Ce lundi matin, la mer est belle, mais le ciel est bien gris. Je suis un peu étonné de l’ampleur du roulis par cette mer calme. Un officier que j’interroge à ce sujet m’explique que cela est fréquent dans le Pacifique. Par temps calme, lorsque l’on fait route vers le nord en longeant la côte, le bateau prend par le côté les très longues vagues de fond, la houle venue du cœur de l’océan. Cette ondulation de la mer à peine visible génère ce roulis presque permanent.

Ce roulis n’est pas très gênant, on s’y habitue assez vite, je le perçois comme un agréable bercement. Il faut cependant bien fermer les portes, les placards. Quand tout est bien calé, la vie continue…

Maintenant que l’on s’éloigne de la côte, il n’y a plus de nouvelles, ni télévision, ni radio. La vie du passager, c’est le sommeil, la lecture, les repas, le lavage du linge et la rêverie….

Seuls les horaires des repas sont précis : 07 h 30 / 11 h 30 / 18 h 00.

Les heures de lecture et de sommeil s’entrecoupent et se confondent un peu…

Je commence à découvrir le bateau, le « Bridge » ( la passerelle ). Cela me permets de situer notre position sur les cartes et de parler avec l’officier de « quart ». Chaque officier prend son quart trois fois par jour ( 3 x 4 heures = 12 heures par jour). En haute mer, dans une zone avec très peu de trafic, sans bateau autour de soi, c’est un travail de surveillance à vue et avec le radar. C’est aussi la maintenance des divers documents de navigation : enregistrement de la position du bateau sur la carte et sur un registre, à intervalles très réguliers, soit  à chaque heure ou toutes les deux heures selon les lieux de navigation. Ces documents seront la mémoire de trajet en cas de besoin, de contrôles par diverses autorités.

Les heures de repas sont les moments de rencontres avec l’ensemble des officiers, bien que sur ce bateau le repas ne soit pas cérémonial comme sur le bateau italien. La durée du repas est courte, pas plus de trente minutes. C’est très fonctionnel et sobre ( jamais d’alcool – Thé, café, jus de fruits et eau sont les seules boissons disponibles ). Les officiers ne portent pas l’uniforme en mer ( chemise blanche, pantalons bleu marine, galons et casquette). Cette tenue officielle n’est portée que pendant les escales, dans les ports. En mer chacun s’habille à sa guise, en T-shirt, en short et en sandales.

La restauration est assurée par un cuisinier et un maître d’hôtel. Le repas est pris dans deux salles à manger, celle des officiers et celle du reste de l’équipage. Le maître d’hôtel, birman est très agréable et très discret.

En dehors des heures de repas, du café ou du thé sont à la disposition de tous 24 heures sur 24. C’est un petit confort très agréable.
par Cuzon Pierre publié dans : tysaozon
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